Prof de FLE

Travailler comme lectrice de français dans une université au Canada

Article mis à jour le

Vous savez donc que je suis au Canada, c’est un point de départ. Je suis partie avec le statut de lectrice de français à l’université.

Le second indice que je laisse traîner c’est que je suis enseignante de FLE. Mais cette année, c’est avec un public particulier : des étudiants du supérieur. J’ai dit au revoir aux enfants en uniforme, aux ados bourrés d’hormones et aux adultes souriants – à Jersey, j’étais à la fois assistante de français et professeur à l’Alliance Française – pour ajouter une ligne à mon CV de prof de FLE (français langue étrangère).

Brandon University

Lectrice de français au Canada ?

Je suis lectrice de français dans une toute petite université, Brandon University, qui n’a que trois mille étudiants, et qui a aussi la particularité d’être l’une des moins chères du Canada. Le coût des études est « seulement » trois à quatre mille dollars par an, ce qui semble déjà énorme pour nous, éduqués à l’université française. Cependant on est encore loin des dix mille livres annuelles des universités britanniques ou de certaines facs américaines.

Sur le campus de l’université il y a, autour d’une place centrale, six bâtiments : musique, bibliothèque, arts, sciences, santé, services étudiants et résidence universitaire. Le gymnase est de l’autre côté de la rue. Traverser le campus prend trois minutes trente en marchant lentement. C’est une toute petite université. À mon grand désespoir il n’y a ni skywalks ni passages souterrains, il faut affronter les moins 30 degrés pour aller travailler (et parfois même les moins cinquante degrés).

Les langues (français, espagnol, langues autochtones) et la linguistique sont au sous-sol du bâtiment des arts, parce que quand même faut pas exagérer, ça n’intéresse personne, où qu’on soit dans le monde. Et les classes ne sont pas pleines.

Les étudiants

Heureusement, les étudiants sont adorables.

Ils pourraient être classés en plusieurs catégories : certains viennent de familles bilingues, du Québec ou du Manitoba. D’autres ont été à l’école d’immersion (cours dispensés en français) toute leur scolarité. Quelques-uns sont de grands débutants qui veulent aller vivre à Montréal, alors que deux ou trois plus âgés en reviennent en parlant couramment français. Tant pis pour l’éthique, certains vont devenir ou sont déjà devenus des amis, et notre langue de communication varie. Mais dans la vie quotidienne, c’est évidemment l’anglais qui règne en maître au Manitoba.

L’enseignement du français à l’université au Canada est extrêmement porté sur la grammaire, comme on l’a apprise à l’école primaire, avec du vocabulaire tout à fait parlant comme prédicat, réciprocité et pronom tonique détaché. Pour un pays officiellement bilingue, je trouve ça un peu paradoxal, et ça ne correspond en rien à ma formation théorique de master, ni à celle pratique de l’Alliance Française. Mais la clé, c’est de savoir s’adapter… 

Dans mon bureau aux murs blancs, je reçois les étudiants qui ont des difficultés ou des questions, je prépare mes quelques cours, je regarde le DVD du labo qui est mieux qu’une version longue de Plus belle la vie et je corrige des copies. Beaucoup de copies. En buvant trop de café pas forcément bon.

Corriger des copies, le job de la lectrice de français au Canada

Les étudiants sont moins curieux de la France que ne l’étaient les ados, mais plus de ma vie en Angleterre. Et des différences de système : l’école, le travail, la santé, la retraite. Finalement c’est lié à la différence d’âge… On ne me demande plus si les One Direction sont connus en France mais à quel taux est l’emprunt étudiant.

J’ai passé cinq ans à la Sorbonne, et encore trois pour mon master de FLE par correspondance, et c’est la maison qui rend fou d’Astérix. Ici dans les universités au Canada, et c’est probablement dû au coût des études, on trouve une administration à l’écoute et des professeurs conciliants. Avoir un bureau et des heures de permanence les incite au lien avec les étudiants. Et à la bienveillance, probablement un peu trop parfois.

Mon statut de lectrice

Et moi comme d’habitude, je jongle un peu entre deux aspects, un statut inégal, n’étant pas une vraie professeur mais leur assistante (sans café ni photocopies mais vous voyez l’idée) et ayant pratiquemment le même âge que les étudiants, qui me traitent avec trop de familiarité ou une trop grande distance. Donc j’espère vivement que ce sera ma dernière année à avoir ce genre de poste, et que je trouverai un vrai emploi de prof à temps plein à la fin de mon contrat…

Comment travailler en université au Canada ?

J’ai obtenu ce poste de lectrice de français au Canada via le programme d’échange du CIEP. Pour postuler, il faut être étudiant l’année précédant le départ et avoir une licence de lettres ou langues, ainsi qu’un niveau B1 en anglais. Toutes les conditions se trouvent sur le site du CIEP. C’est assez concurrentiel, il faut fournir un dossier de candidature, une lettre de motivation, une lettre de recommandation ainsi qu’une évaluation de langue.

D’autres articles sur le FLE ou la vie au Canada ?
– mon bilan après 8 mois de travail à l’université
– mon parcours complet de professeur de FLE
– une FAQ sur enseigner le FLE

Un commentaire ?

22 commentaires

  • Bonjour ! J’adore ce genre d’articles très sympa et personnels à la fois. Je suis étudiante en deuxième année de Master en langues et littératures françaises et romanes en Belgique. C’est mon grand rêve de partir au Canada et je compte faire un Master complémentaire en FLE l’année prochaine. Aucune infos données, par contre, quant aux possibilités de postes à l’étranger dans mon université… 🙁 Auriez-vous des infos et des conseils pour moi ? Je vais déjà commencer par regarder sur le site du CIEP. Merciii !

  • Salut! est ce que tu conseillerais d’être lectrice après déjà quelques années de travail en tant que prof de FLE? j’ai déjà quelques années d’expérience et un Master fle validé mais j’envisage de reprendre mon cursus d’anglais arrêté à la licence, et comme j’aurai à nouveau le statut étudiant, postuler pour un poste de lectrice. Mais après avoir été prof, j’ai peur d’ètre frustrée (mais je voudrais vraiment avoir l’occaz de travailler en fac!) A bientot j’espère!

    • Bonjour ! Ca dépend vraiment des universités dans lesquelles tu tombes. Si tu fais le programme du CIEP au Canada, c’est moitié-moitié, il y a des postes où tu ne fais que de la permanence et de la correction de copies (le mien) et d’autres avec de vraies responsabilités. Je te conseillerais plutôt les stages MAE, il y a plus de choix et ce sont normalement de vrais postes !

        • Je te dis des bêtises, les stages MAE sont accessibles qu’en master de FLE… Faut que tu regardes du côté du CIEP ou de ton université quand tu auras recommencé !

  • Bonjour,
    Je postule au Canada par le CIEP. Je voulais savoir au niveau de tes voeux régionaux qu’avais-tu choisis? As-tu eu un poste dans une région que tu souhaitais?
    Je ne suis pas encore sûre de mes choix régionaux (BC, Nova Scotia, PEI), as-tu eu de bons échos pour toutes les postes des régions?
    Merci 😀
    Bon courage pour la suite!

  • Bonjour Kenza!

    Est-ce que je peux te demander ce que tu as fait exactement comme études? FLE ou autre chose? J’ai moi-même été assistante de français en Angleterre 1 an et je donne cette année des cours de français pour adultes. Je n’ai pas de diplôme de FLE mais je me tate vraiment à passer une certification… Je suis un peu perdue en fait, car je ne sais toujours pas si c’est ma vocation!

    Bref, super ton blog en tout cas, je pense te suivre un petit moment ! Bonne continuation!

    Laure

    • Bonjour !
      Oui effectivement j’ai un master de FLE ainsi que deux licences, une en lettres et une en anglais. Merci pour tes commentaires et encouragements !

  • Salut !
    Je suis actuellement lectrice à Glasgow en UK et j’ai postulé pour un poste de lectrice au Canada via ma fac, j’espère de tout coeur être prise mais la compétition est rude et mon prof m’a dit que j’avais un avantage qui est aussi un inconvénient : j’ai déjà eu la chance de partir :/
    Je me demande donc comment tu as eu ce poste ? Candidature spontanée ou partenariat ? Je souhaite vraiment (vraiment) partir au Canada car j’ai pour ambition d’y émigrer définitivement un jour …
    J’ai un M1 Pro FLE validé et je vais tenter le M2 par correspondance l’an prochain 🙂
    En tout cas je vais suivre avec attention tes aventures 😀

  • Je te souhaite de trouver un poste =) mais en tout cas, ton expérience, malgré ses quelques déceptions, a l’air trop chouette ! Je suis jalouse haha