Assistante de français : behind the scenes

Si vous me lisez, vous le savez : je suis assistante de français. C’est-à-dire que je travaille dans deux établissements secondaires au Royaume-Uni, aux côtés des enseignants. Dire que c’est mon métier paraît un peu fort, par contre, comme en anglais, c’est mon job, je le fais à temps presque plein depuis deux ans et j’en connais les ficelles par cœur.

Avant j’ai aussi été assistante de français en Angleterre, mais dans une école primaire. C’était bien sûr complètement différent de ce que je fais aujourd’hui. C’est avec le même programme, le CIEP, que je pars au Canada d’ailleurs. Ces deux dernières années, j’ai été une assistante « privée » et je pense que ça fait une différence, notamment en termes d’emploi du temps et de tâches.

J’ai travaillé seize heures par semaine dans une école privée de filles. Ça se répartissait en une heure de correction de copies, une ou deux heures de soutien avec des filles bilingues, trois heures de Y10, deux heures de Y11, deux heures en classe avec les Y12, deux heures en classe avec les Y13 et le reste en conversation – préparation à l’examen oral avec les lycéens.

Pour les futurs assistants, et pour les autres : il y a cinq ans de secondaire au Royaume-Uni, de l’année 7 à l’année 11. Le français est la langue vivante la plus populaire. Les examens de fin de scolarisation obligatoire s’appellent les GCSE (General Certificate of Secondary Education) et il faut en passer minimum cinq : anglais, maths, physique, biologie, chimie. Le français est donc une option, rendue obligatoire ou non selon les écoles. Dans mon école privée, ça l’était, il y a donc chaque année cinq classes de Y10 et cinq de Y11, classées par « habilités », des meilleurs élèves aux plus faibles.

L’assistant s’occupe en priorité donc des classes qui passent le GCSE en français. L’examen est en quatre partie : deux oraux et deux écrits minimum, et à la fin une compréhension écrite et une compréhension orale. En tant que locuteur natif, l’assistant a donc majoritairement pour fonction de corriger la phonétique des élèves, lorsqu’ils pratiquent leurs paragraphes en petits groupes. Les fameux paragraphes… on les connaît avant eux, et on ne comprend pas pourquoi apprendre une page est si difficile, quand le par coeur n’existe pas… Après selon votre efficacité, votre talent ou vos collègues, vous pouvez être amenés à littéralement partager la classe et faire des activités de lexique, de grammaire, ou des compréhensions écrites avec un groupe pendant que le prof fait la même chose avec l’autre. J’ai plus fait ça que du travail en petit groupes.<

Il y a des jours où on vous envoie les meilleurs élèves pour les pousser, leur donner du vocabulaire sophistiqué, du subjonctif et des mots de liaison. Il y a des jours, très fréquents dans mon autre école, où on vous envoie les cancres du fond de la classe pour qu’ils ne perturbent plus le cours. Vous savez, les garçons d’1m80 qui font beaucoup plus vieux que leurs quinze ans et qui eux aussi se demandent ce qu’ils font là. Si vous avez de la chance, vous aurez une salle attitrée, sinon préparez-vous à faire cours où il y a de la place : par terre, dans le couloir, sur la terrasse lorsqu’il fait beau !

Avec les collégiens j’ai donc fait du soutien. Mais le soutien peut aller jusqu’à faire des remplacements, des leçons de grammaire, donner des cours particuliers aux meilleurs élèves comme aux pires – et quelquefois, souvent, on m’a répondu lorsque j’arrivais en classe « désolée je n’ai pas besoin de toi aujourd’hui, il y a examen / sport / orage / poney…. » la règle de ma collègue italienne c’est « always have a book in your bag! »

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Après il y a les lycéens. Officiellement j’ai été assistante. Officieusement j’étais prof, responsable de la préparation à l’examen oral. Chaque semaine on partageait la classe et je faisais une carte, un des éléments de l’examen. Les élèves étaient censés venir me voir, en groupe, une demi-heure par semaine pour préparer les questions de l’examen. Je n’ai jamais eu besoin de préparer quoique ce soit sinon des questions, encore plus de questions. Je corrigeais leurs écrits et surtout remplaçais les profs lorsqu’ils n’étaient pas là -ce qu’un assistant n’est pas censé faire. Mais je me considère comme une prof, donc ça ne m’a jamais dérangé, sinon d’être payée une misère, surtout pour mon travail avec les Terminales. En Y13, on étudie deux sujets culturels : une région, une période historique, un film, un artiste, un livre français ou francophone. Dans mon école, Monet et Maupassant. Donc j’ai donné des cours de littérature et des cours sur la peinture.

En vrac j’ai aussi essuyé des larmes, eu des fous rires, parlé chiffons, fait du thé et des photocopies, surveillé des examens, blancs ou réels, corrigé des examens, accompagné la visite de l’école française jumelée, fait de la grammaire, encore plus de grammaire, regardé un film avant Noël, répété la prononciation des millions de fois, chassé les élèves qui sèchent, parlé parfois jusqu’à cinq heures sans arrêt, joué à des jeux stupides, parlé musique et vernis à ongles, et pris des initiatives comme disent mes collègues…

J’ai aussi travaillé quatre heures par semaine dans une école très difficile, officiellement la troisième pire du Royaume-Uni. Cette fois-ci le français est optionnel donc les gamins qui en font ne sont pas trop affreux. Là le travail était moins intéressant : prendre les plus faibles et répéter, répéter, répéter ces textes qu’ils n’allaient de toutes façons jamais apprendre. Par contre, être Française et s’habiller comme je m’habille auprès de ces ados bourrés d’hormones a du positif (des admirateurs à peine cachés) et du négatif (des sous-entendus sexuels, jusqu’aux gestes récemment)…

Avec eux j’ai accompagné une sortie scolaire, corrigé des centaines de copies, et surtout discuté, de la France, de la vie, de mon travail, de Jersey, de l’avenir, de leur vie. J’espère que je n’oublierai pas cette classe de Y10 du vendredi midi.

Je pourrais en parler des heures. Mais cet article se fait assez long. En commençant les adieux, recevant des cadeaux et des cartes, répétant doucement que « next week is my last », et en entendant K me demander si j’étais vraiment sûre, et si je ne pouvais pas rester juste une seule année de plus pour elles et pour les aider à avoir leur bac, j’ai un pincement au coeur. Pour tous les jours où je suis allée à l’école à reculons, il y a autant, sinon plus, de moments de grâce. Et je me souviendrai de ces derniers.

6 Commentaires

  1. Jojo
    21 juin 2013 / 15h18

    Très bien cet article 🙂 Je m'attendais bien aux côtés positifs et aux moins bons! Je te tiendrai au courant via mon blog quant à ma propre expérience :pDes bisous (quelle chance le Canada!)

  2. Bubulle
    21 juin 2013 / 16h34

    La troisième pire école du R-U est réellement à Jersey? à St Helier?Tu as raison, il faut se souvenir du bon pour continuer à avancer… Bonne chance pour la fin sur l'île.

  3. 23 juin 2013 / 22h15

    "Il y a poney", ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu ça :)Au plus je lis les blogs d'assistants de langue, au plus je me dis qu'être assistant en fait c'est être tout et rien à la fois – un peu comme le carré blanc au Scrabble. Il n'empêche, qu'est-ce que j'aimerais être assistante de langue !"Enjoy" tes derniers moments au RU 🙂

  4. Guylaine
    29 juin 2013 / 12h15

    (Tu n'es pas obligée de valider ce commentaire)(Juste que je viens de recevoir ta carte et je t'en remercie, comme le contact effectivement se perd de plus en plus, je pensais pas que tu allais y penser, je suis surprise et. Peu importe. A mon tour de te souhaiter un joyeux anniversaire et que cette nouvelle année de vie, que cette nouvelle vie à venir soient à la hauteur de tes espérances et qu'il y aura toujours encore plus de choses inimaginables, toujours plus). Un bon début d'été à toi.Guylaine)

  5. Guylaine
    9 juillet 2013 / 9h53

    Dis, ton adresse mail Yahoo n'existe plus ? J'avais une petite question à te poser et je voulais t'en parler ailleurs qu'ici mais j'ai un retour de mail sur ma boîte de quand les adresses n'existent plus :'(.

  6. KarineD
    6 avril 2017 / 22h48

    Coucou K! Suis contente et en même temps déçue moi qui voulais me reconvertir en prof FLE ou FLS.
    En effet déçue dans le sens où je pensais prendre cette voie et finalement… non trop de points négatifs et contente parce que j’ai évité de commettre une erreur de reconversion.
    Bonne continuation en espérant que tu trouveras bientôt une stabilité.

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