C’est le grand dilemme qui taraude la majorité des candidats au départ, qu’il s’agisse d’un projet de PVT (Permis Vacances-Travail) ou d’une expatriation à long terme. Souvent, ce sont les quotas très stricts et le tirage au sort du bassin canadien qui poussent les déçus à se rabattre sur les grands espaces australiens, sac sur le dos. Alors, comment trancher entre ces deux géants ?
Bien qu’ils partagent de nombreux points communs, ces deux pays affichent des visages bien différents. J’ai posé mes valises à Melbourne il y a trois mois, après avoir passé huit mois dans la campagne profonde du Manitoba. Depuis, le destin m’a ramenée de l’autre côté de l’Atlantique : je vis de nouveau au Canada, où j’ai d’ailleurs décroché ma résidence permanente. Ce comparatif est donc le fruit d’un ressenti purement personnel et subjectif, basé sur mes propres escales.
Le Canada et l’Australie partagent les mêmes racines institutionnelles. Ce sont deux monarchies parlementaires membres du Commonwealth, structures fédérales obligent. Qu’on parle de provinces d’un côté ou d’États de l’autre, le principe reste identique : un gouvernement central (qui siège respectivement à Ottawa et à Canberra) cohabite avec des exécutifs locaux.
Petite nuance culturelle : les Canadiens me semblent un poil plus attachés aux ragots de la famille royale britannique. Lors de mes séjours, les discussions sur la succession au trône ou le déménagement ultra-médiatisé d’un certain couple princier ont passionné les foules. À l’inverse, mes étudiants australiens voyaient Buckingham Palace comme une réalité lointaine, presque abstraite.
Ce sont deux pays neufs. Le Canada moderne est né en 1867, l’Australie en 1901 (en oubliant évidemment trop souvent l’histoire millénaire des peuples autochtones). Forcément, le Vieux Continent et ses pavés chargés de siècles d’histoire semblent bien loin lorsqu’on se promène dans le Vieux-Montréal ou à Québec. C’est de cette jeunesse que ces deux pays tirent leur dynamisme économique et leur ouverture d’esprit.
Le multiculturalisme y est la norme. À Toronto comme à Melbourne, un habitant sur deux est né à l’étranger. Contrairement au modèle d’intégration que l’on connaît en France, les immigrés ici revendiquent fièrement leurs origines, même après plusieurs générations. On se définit volontiers comme d’origine irlandaise ou norvégienne, et ce melting-pot culturel fait partie intégrante de l’identité nationale.
Côté pratique, on paie en dollars et on parle anglais. L’orthographe reste fidèle aux normes britanniques, même si les accents penchent nettement du côté américain (l’anglais australien me rappelle d’ailleurs parfois les sonorités du Texas !). Rappelons tout de même qu’au Canada, le français est une langue officielle, présente bien au-delà des frontières québécoises.
Professionnellement, la culture de la gagne prédomine. On ne souffre pas de l’obsession française pour les diplômes ou les grandes écoles : la méritocratie fonctionne à plein régime, pour le meilleur comme pour le pire. En revanche, le marché du travail peut s’avérer rude pour les Pvtistes. En Australie, la règle des six mois maximum chez le même employeur ferme pas mal de portes qualifiées. Au Canada, décrocher son premier emploi de bureau sans “expérience canadienne” préalable relève parfois du parcours du combattant.

Le rapport à l’espace est démesuré. Traverser le Canada en bus ou prendre un vol intérieur de quatre heures pour relier Melbourne à Perth fait partie du quotidien. Face aux tarifs prohibitifs des transports internes, beaucoup de locaux préfèrent d’ailleurs s’offrir un voyage à l’étranger plutôt que de visiter leur propre pays.
C’est sans doute là que le fossé est le plus grand. Au Canada, via les réseaux d’hospitalité ou de simples messages d’arrivée, il ne m’a fallu que deux semaines pour me bâtir un cercle d’amis, composé de locaux et d’expatriés.
En Australie, l’accueil m’a semblé beaucoup plus tiède. En trois mois, je ne me suis liée d’amitié qu’avec une seule Australienne (mon hôtesse à mon arrivée). Le flot continu de voyageurs de passage a sans doute blasé les locaux : être française n’a absolument rien d’exotique à Melbourne. J’ai même été confrontée à des difficultés discriminatoires pour trouver une simple colocation, finissant par atterrir dans un logement de fortune saturé de touristes européens.
Après avoir survécu à un hiver historique au Manitoba, où le thermomètre a frôlé les moins cinquante degrés, les dix degrés de l’hiver de Melbourne m’ont semblé bien doux. Mais attention au soleil australien : situé sous le trou de la couche d’ozone, il brûle intensément dès les premiers rayons.
Cette météo influence grandement les styles de vie. Ayant vécu dans une région canadienne très marquée par des communautés religieuses traditionnelles (comme les mennonites), j’ai trouvé les Australiens beaucoup plus décomplexés. Les tenues ultra-courtes et la bière à la main en pleine rue sont monnaie courante, alors que l’affichage publicitaire pour les magasins d’alcool serait impensable dans les provinces canadiennes les plus puritaines.
La question des Premières Nations est traitée de manière très différente. Le musée de Melbourne m’a profondément marquée par sa dureté et sa lucidité. Contrairement à ce que j’avais pu observer au Canada, l’Europe y est frontalement pointée du doigt pour les ravages de la colonisation. L’existence d’un passeport aborigène témoigne de cette reconnaissance identitaire forte.

L’Australie affiche des salaires séduisants, mais le coût de la vie y est exorbitant, en particulier le logement. Le Canada reste globalement plus abordable au niveau des loyers selon les villes, même si les salaires y sont un peu moins élevés. Dans les deux cas, voyager à l’intérieur du pays pèse lourd sur le budget.
Melbourne mérite amplement sa réputation de ville culturelle et agréable. Pourtant, trois mois m’ont suffi pour comprendre que je n’y ferais pas ma vie. Trop loin de l’Europe, trop déconnectée. Mon cœur est resté de l’autre côté du globe.
Je compte bien profiter de mes derniers instants ici pour admirer les paysages de carte postale — Uluru, l’Opéra de Sydney, la Grande Barrière de Corail — avant de poursuivre ma route vers l’Asie ou le Pacifique. Mais si je devais choisir mon véritable point de chute, le pays des caribous l’emporte haut la main. C’est là-bas que je me sens chez moi.
Et vous, vous êtes plutôt team grand froid canadien ou sessions de surf en Australie ? Racontez-moi vos expériences en commentaire !