Expatriation

10 ans d’expatriations

Il y a un anniversaire que j’ai complètement oublié de célébrer fin septembre : celui de mon tout premier départ à l’étranger, mes dix ans d’expatriations. En 2009, il y a dix ans, je prenais trois valises et deux trains pour rejoindre York en Angleterre.

Cette année-là, j’ai découvert la vie à l’étranger, la vie en VO, l’enseignement du français, les amitiés multi-culturelles, les moeurs britanniques, les pubs et les pintes, les love and les cups of tea. Un aperçu de cette décennie.

Centre-ville York

Le centre-ville médiéval de York.

10 ans d’expatriations

J’avais vingt ans et tout était fantastique sous l’ombre de la cathédrale. Sans cette année qui a tout lancé, je ne serai pas au fin fond du Canada aujourd’hui à trente ans, et je n’aurais pas eu cette belle carrière de dix ans dans l’enseignement du français langue étrangère partout dans le monde.

Parce qu’après cette première année, j’ai tout enchaîné et traversé la planète. York – Jersey – Brandon – Melbourne – Budapest – Winnipeg. Ma vie était belle partout (sauf peut-être à Budapest dont je garde un souvenir très mitigé) et malgré les destinations plus ou moins exotiques, il y avait une certaine constance dans ma vie et ma routine : aller en cours, enseigner le français, boire des cafés, prendre des photos, écrire sur mon blog, partir voyager.

Sur ces dix dernières années, j’en ai passé plus de huit à l’étranger.


Welcome to Winnipeg

Mais on est en 2019 et dix ans d’expatriations plus tard, ma liste de destinations s’arrête là : j’ai reçu ma résidence permanente canadienne. Il n’y aura pas de valises à faire dans un futur plus ou moins proche, plus de CDD, plus de contrats à durée d’années scolaires, plus de visas ni de billets d’avion.

J’ai un appart, des meubles, un CDI, j’ai fini le ballet des départs et j’ai même arrêté ma carrière dans l’enseignement. On verra ce que l’avenir me réserve et le temps que je passerai à Winnipeg. Mais pour l’instant, j’y reste.

Winnipeg


Celle qui reste

Et justement, c’était tellement facile de partir. Être celle qui reste, comme un titre d’un épisode de Friends, c’est beaucoup plus difficile.

Winnipeg ne plaît pas à tout le monde, et c’est parfaitement compréhensible. La ville demande un temps d’apprivoisement, par exemple les horaires fous dans l’Alliance où j’étais empêchent d’avoir une vie sociale et d’en profiter, on tombe assez rapidement dans un cercle vicieux parce que sans amis on ne sort pas et sans sortir on ne rencontre personne.

Séparations, meilleures opportunités professionnelles, déménagements, fins de contrat, lassitude, j’ai vu partir trop de gens depuis que je suis ici. Pour certains, le lien ne s’est pas créé. Pour d’autres, on a pris le temps de se découvrir, de s’apprécier. Des stagiaires de l’autre côté de Skype, de l’autre côté d’instagram ou de Pvtistes qui sont devenus des visages quotidiens, pour des soirées jeux, des tasses de thé ou des restos.

Winnipeg est une plaque tournante. On vient pour un moment, pour un stage, pour un poste, pour avancer dans sa carrière. Et on part. Et je préférais être de l’autre côté de la barrière. Je suis venue ici dans une optique d’installation et de longue durée, j’étais fatiguée des relations à la date de péremption dictée par des visas et des billets d’avion. Je ne voulais même plus rencontrer de gens et préférais la solitude. Mais finalement avoir changé d’avis sur ma trajectoire ne peut pas forcer les autres à en faire de même.

Cette décennie de voyages et d’enseignement m’a façonné et je ne serais pas la même personne aujourd’hui sans toutes ces expériences. Je ne suis plus une expatriée, je suis une immigrée maintenant. Et finalement, outre le changement de mots, j’ai l’impression que j’ai un peu plus de mal à me retrouver maintenant, c’est presque comme avoir une nouvelle identité puisque ma vie était faite de départs et de valises. Maintenant que je suis devenue résidence permanente, il faut que j’apprenne à vivre en ayant vidé mes valises et en sachant que ce n’est plus temporaire. Cela demande un ajustement !

Un commentaire ?

5 commentaires

  • Je suis admirative, tu as dû avoir du courage pour te lancer dans cette aventure il y a 10 ans. Je te suis depuis des années maintenant et je trouve génial tout ce que tu as vécu, accompli en 10 ans. Bravo pour tout ça ! Et tu vas voir, tu vas avoir un temps d’adaptation à cette nouvelle vie plus sédentaire mais je suis sûre que tu vas trouver ton bonheur. Et si cela ne te convient pas, pas de regrets, tu seras allée au bout de ton idée 🙂

  • C’est une nouvelle étape c’est sûr, mais je suis sûre que tu vas la traverser avec brio, et puis de toute façon rien n’est figé… Poser ses valises quelque temps, quelque part, n’empêche finalement pas de les refaire par la suite. Alors joyeux anniversaire d’expatriation, & enjoy Winnipeg !