Enseigner le français à l’étranger #2 : en Équateur

Pour le second volet de cette rubrique sur l’enseignement du français à l’étranger où vous avez la parole, on part en Équateur et plus précisément dans la capitole, Quito. D’ailleurs, merci pour vos retours et vos mails pour participer ! j’essaye de respecter un semblant de calendrier et une alternance Europe / reste du monde mais tout le monde apparaitra, c’est promis.

C’est Angélique, fidèle lectrice, qui nous raconte son quotidien de prof et d’expatriée aujourd’hui. Moi, je ne fais que retranscrire, donc je ne serai pas en mesure de répondre à vos questions.

Tu habites en Équateur. Pourquoi ce choix ? Est-ce ton premier pays d’enseignement et d’expatriation ? Si non, où as-tu vécu ?

Bonjour Kenza. Tout d’abord merci de m’avoir invitée ce mois-ci à participer à ta nouvelle rubrique.

L’Equateur ? J’ai toujours envisagé l’Equateur, même si mon parcours est atypique. Issue d’un Bac L, je suis partie en fac de langues à Lyon dans le but d’être prof d’espagnol. J’ai rencontré mon mari qui est équatorien en 2007, l’année du bac, et nous nous sommes mariés l’année d’après. Lui ayant toujours voulu aller vivre dans son pays, il fallait bien trouver quelque chose, mais pas question de partir sans bagage universitaire. C’est donc avec persévérance (quand on veut on peut) que j’ai mené études, boulot et famille en même temps (car oui nous avons eu deux enfants entre temps !).

En 2011, dernière année de Licence, je décide de suivre l’option FLE proposée par ma fac, sait-on jamais, ça pourrait servir un jour… Rentrée en Master, j’ai eu de gros doutes quant à mon avenir professionnel : suivre un master FLE… qui ne prépare pas au concours de l’enseignement et dont les débouchés en France sont très limités ou suivre un master espagnol enseignement ? La raison l’a emporté, j’ai donc suivi un Master LCE espagnol mention enseignement où j’ai pu avoir une toute première expérience de classes en collège ZEP. J’ai tenté de passer le CAPES d’espagnol deux fois en vain…. En 2014, je me réinscris en Master MEEF pour pouvoir présenter une troisième fois le concours et pour pouvoir postuler au programme du CIEP en Équateur.

L’Équateur, est donc mon premier pays d’enseignement et d’expatriation (depuis octobre 2015) et la première fois que je quittais la France et ma famille pour une si longue période. Tout quitter quand on a déjà une famille et des habitudes dans un pays, c’est difficile, on est plus tout seul à se gérer, il faut gérer les autres aussi (école, visas, santé, logement, budget avion …). Ce n’est pas de tout repos.

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Comment as-tu obtenu le poste que tu occupes actuellement ? Et comment es-tu tombée dans le FLE ?

Le poste que j’occupe actuellement à l’Université Centrale de Quito, en Équateur, dans la filière Plurilingue, je l’ai obtenu en postulant au programme du Ciep, qui propose chaque année d’envoyer des étudiants « enseigner » ou plutôt assister un professeur français local ou natif.

J’ai donc postulé en novembre 2014 pour l’Équateur, en remplissant un dossier sur Internet et en passant un entretien pour évaluer mon niveau d’espagnol (B1 minimum pour postuler). J’ai obtenu une réponse fin avril 2016, me disant que j’avais été placée sur liste principale mais que la décision d’affectation dans les différentes villes dépendaient de chaque université. J’ai eu des entretiens par Skype avec deux Universités : celle de Latacunga et celle de Quito. Finalement, début juin j’ai eu mon affectation à Quito. À la Plurilingue, les étudiants étudient à la fois l’anglais et le français pour être eux-mêmes enseignants de langues. Mais je ne suis pas du tout assistante ici, j’ai une vraie place de prof (il en manque…) avec ce semestre deux classes de niveau 7 (B1.1) et un projet blog. C’est une super expérience même si notre première année a été assez catastrophique au niveau de l’administratif et des salaires, cette année ça risque d’être plus facile.

En parallèle, je suis depuis 2015 un master FLE à distance avec l’Université de la Réunion afin de valider mes compétences et acquérir une formation théorique.

 

Quelles sont les spécificités éducatives de l’Équateur ? Est-il difficile de venir y vivre et enseigner ?

L’Équateur est un petit pays coincé entre la Colombie et le Pérou, gouverné par Rafael Correa et qui compte à peu près 16 millions d’habitants. Mais la crise ne l’a pas épargné, elle a même touché le pays de plein fouet en décembre 2015 à cause de la chute du prix du pétrole. Les tremblements de terre à répétition cette année (2016) sur la Côte n’ont pas arrangé la situation financière du pays et tout le secteur public a été touché, se voyant dans l’incapacité de payer ses employés.

Pour venir en Équateur, vous disposez de 90 jours légaux sur le territoire, après quoi vous avez besoin d’un visa professionnel (j’ai un visa d’échange culturel) que vous pouvez obtenir en faisant valider votre master ici en Équateur par le SENESYT.

L’enseignement ici commence à 5 ans et est « obligatoire jusqu’à la fin du collège, tout en sachant que les enfants ont le droit de travailler à partir de 14 ans. L’éducation est très différente d’une zone à l’autre et reste dans l’ensemble assez mauvaise, dû au manque de moyen et à la mauvaise formation des enseignants. Le critère zone rural/zone urbaine joue aussi pas mal.

Au niveau de l’Université en Équateur, il y a quatre types d’établissements :
– les universités publiques (scolarité gratuite au niveau licence depuis 2012),
– les écoles polytechniques publiques qui forment principalement des ingénieurs,
– les universités semi-privées qui bénéficient de certaines subventions de l’État, telles que les
universités catholiques ou des universités soutenues par des organismes internationaux
– les universités privées ou instituts de formation qui sont réservés aux classes aisées de la
population, en raison des frais d’inscription élevés.

Les universités sont classées par catégorie de A à D, selon différents critères (qualité de l’enseignement, connaissances acquises par les étudiants, capacités de recherche au sein de l’université, infrastructures, statut des professeurs, efficacité du fonctionnement de l’université etc). Nous avions été prévenu par la coordinatrice de l’ambassade en arrivant : les profs de français ont un niveau assez bas, à cause du manque de formation et du manque de moyens (en Équateur le doctorat est plutôt rare).

Pour enseigner en Équateur, généralement les instituts préfèrent une personne qui est déjà sur place. Il est possible de postuler en public, en privé mais aussi dans les écoles françaises comme la Condamine à Quito ou l’école J. de Jussieu à Cuenca.

Travailler dans la filière plurilingue c’est quand même super car les étudiants sont motivés et curieux, ils préfèrent avoir un prof natif plutôt qu’un prof local. Et le niveau des étudiants n’est pas si mauvais que ça comparé à d’autres endroits.

En ce qui concerne la vie en Équateur : ce n’est pas le paradis, loin de là et le dollar fait que la vie n’est pas si « pas chère » que ça, même si beaucoup de produits restent accessibles. Ici, il y a pleins de petites épiceries et il est donc facile de faire ses courses (sans aller au supermarché… car niveau budget il faut compter la même dépense qu’en France). À titre d’exemple, j’ai fait mes courses en supermarché la semaine dernière pour 50$ (45€) pour à peu près une semaine et demie. Il faut s’habituer à acheter en petites quantités et un peu tous les jours, c’est la grande différence.

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Et sinon, ton ressenti sur ton pays ? y travailler, s’y intégrer, se faire des amis, au niveau de la langue etc ?

Le pays est accueillant une fois qu’on comprend comment il fonctionne. Pour nous au départ c’était un peu difficile et ça le reste parfois. La différence aussi, c’est que le pays compte trois cultures différentes qui n’ont rien à voir entre elles. Finalement, on s’habitue à tout. Les gens sont toujours prêts à rendre service, à aider même s’ils paraissent froids au départ.

Au niveau du climat, il n’y a que deux saisons, la saison chaude d’avril à fin septembre et la saison froide d’octobre à mars qui correspond à un début de printemps chez nous avec les giboulées de mars. Il fait rarement froid même si les nuits sont fraiches.

L’espagnol est la langue officielle du pays et les langues indigènes sont co-officielles dans les communautés. Pour moi pas de problème, car j’ai fait un master d’espagnol, les gens ici parlent doucement et avec très peu d’accent.

Je ne me suis fais aucun ami natif, pour l’instant. Cela reste difficile et mon emploi du temps ne le permet guère. Nos collègues de travail sont gentils mais ça reste dans le domaine pro.

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As-tu un blog ? des réseaux sociaux ? quelque chose à ajouter ?

J’avais ouvert un blog avant mon départ et je continue à y poster des articles assez régulièrement. Vous pouvez me retrouver sur facebook sous le même nom et m’envoyer un message.

Pour ceux que ça intéresse, nous avons ouvert deux blog de classe : La langue française vue à travers nos yeux et À la découverte de deux cultures.

Je n’ai qu’une chose à ajouter, vive le FLE et les expériences à l’étranger. Je recommande à tout le monde de réaliser cette expérience et de sauter le pas.

6 Commentaires

  1. 6 novembre 2016 / 14h11

    Témoignage très intéressant, j’aime beaucoup cette rubrique 🙂

  2. 7 novembre 2016 / 20h24

    Toujours chouette de découvrir les pluralités du FLE, j’adore l’idée de cette rubrique 🙂

  3. Mel
    16 janvier 2017 / 21h59

    Bravo Kenza!
    Et Bravo à Angélique! Quelle volonté de fer: mener des études, travailler et gérer une famille, tout ça en même temps, waouh! Chapeau!
    Je vous souhaite mesdames beaucoup de succès.

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