Histoires Expatriées – ce que j’aurais voulu savoir avant de partir

La première chose que j’aurais voulu savoir avant de partir en expatriation, c’était à quel point j’allais y prendre goût et que ça allait changer toute ma vie. Le plan tout tracé qui s’étirait devant moi, fin de licence, master, concours, Éducation Nationale, vie de prof en banlieue, est tombé à l’eau quelque part entre deux pintes et deux comptines à des enfants en uniforme bleu ou vert en Angleterre.

En 2019, cela fera dix ans que je suis partie pour la première fois et j’aurai passé huit de mes dix années de vingtaine à l’étranger, moi qui pensais que j’allais faire toute ma vie en France et ne comprenais pas du haut de mes 18 ans pourquoi vouloir quitter un pays pareil.

Expatriation choses à savoir avant de partir


Je ne sais pas à quel point je suis préparée ou non, mais je ne suis jamais partie sans travail qui m’attendait et sans toit temporaire sur ma tête. Quand je reçois la confirmation que je pars, j’ai tendance à traîner sur Google un peu, voir les quartiers autour du travail, les cinémas, les attractions culturelles, attacher un guide parfois, trouver des blogs d’expatriés, rejoindre des groupes Facebook (pour lire, jamais pour participer). Je commence doucement les recherches pratico-pratiques sur la banque, les opérateurs téléphoniques, les transports mais je les peaufine en arrivant en général.

Mon organisation s’est affinée au fil des départs, j’aime avoir une centaine d’euros en liquide dans la nouvelle monnaie dans mon sac au cas où, repérer où se trouve le supermarché le plus proche, organiser des rendez-vous dans les premiers jours, parce que je ne suis jamais arrivée dans un lieu sans avoir eu le contact de quelqu’un qui connaît quelqu’un ou sans y avoir retrouvé des connaissances de ma vie d’avant, de l’adolescence ou du master de FLE.

Chaque départ et chaque pays ont été différents, les choses que j’aurais aimé savoir pour l’Angleterre ne s’adaptent pas forcément à celles pour l’Australie, le Canada, la Hongrie ou Jersey. Mais je pense qu’on tourne toujours autour des mêmes thèmes : le travail et ses codes, les finances, la vie sociale, la langue.

Le travail et ses codes

Les Anglais maîtrisent à la perfection le double langage et il faut parfois comprendre l’inverse de certains compliments. J’avais entendu des critiques qui m’avaient été faites mais répétées par une autre collègue, près de deux ans après. Difficile de réaliser le problème et le corriger sans une communication franche et directe… mais j’ai souvent travaillé dans des environnements 100% français, avec des croissants au petit déjeuner et des nappes à carreaux sur les tables, donc il n’y a dans ce cas pas grand-chose que j’aurais voulu savoir avant de partir.

J’aurais peut-être dû lire plus sur la situation économique éducative désastreuse de la Hongrie, cela m’aurait peut-être aidé à anticiper qu’il me faudrait acheter tout mon matériel, et il fallait enseigner sans pouvoir faire de photocopies ni avoir accès à Internet. Mais honnêtement, je ne sais pas si cela aurait changé grand-chose à ma préparation.

Les finances

J’ai toujours eu des contrats locaux, ce qui signifie de payer en général ses impôts dans le pays d’accueil. Les situations ont pas mal varié, de non-imposable parfois à des retours d’impôts pour d’autres. J’aurais aimé découvrir les sites web de transferts d’argent plus tôt, cela m’aurait évité de payer des fortunes de frais de virement à ma banque française. J’aurais aimé recevoir plus d’aide pour déclarer mes impôts à distance une fois certains pays quittés, cela m’aurait évité de courir après des informations ou des documents et de passer des coups de fil à 3h30 du matin car il y a dix-sept heures de décalage horaire entre l’Australie et le Canada.

La vie sociale… française

J’aurais aimé savoir avant de partir la toute première fois que cette expérience me coûterait beaucoup de mes amis restés en France. À ce moment-là, j’avais repris mes études d’anglais et étais pas forcément plus âgée mais plus avancée dans mon cursus universitaire, ce qui m’a permis de partir quand les autres devaient attendre encore un an ou deux. Au retour, le décalage était énorme et j’ai perdu un groupe d’amis dont je me croyais très proche.

Au fur et à mesure, la vie sociale restée en France souffre aussi de la situation. Je peux compter sur les doigts d’une main les gens que j’ai envie de voir quand je suis de retour à Paris. Je ne pensais pas que je perdrais autant mes amis. Depuis un an ou deux, les mariages et bébés ont également fait leur apparition dans les vies de ceux qui sont restés, alors que je continuais d’empiler ma vie dans trois valises tous les dix mois. La faute est sûrement partagée mais je ne m’y attendais pas.

Les langues

Je ne pensais pas que je perdrais autant mon français. Cela dépend des années, c’était bien plus marqué au début de mes expatriations, je faisais du franglais à tout va et ne savais plus vraiment parler français correctement. Là j’ai l’impression que c’est mieux, mon cerveau a re-compartimenté les langues que j’utilise au quotidien.

En ce qui concerne l’anglais… il n’y a rien que j’aurais voulu savoir avant de partir, j’avais déjà un excellent niveau en partant la première fois, à la fois académique grâce à l’université et argotique et quotidien grâce aux séries télé. Britannique, américain, australien, canadien, je m’adapte à tous les accents et à toutes les régionalismes. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut trop anticiper de toutes façons, l’utilisation de mots spécifiques s’apprend sur le tas, cela ferait un peu faux d’arriver en parlant déjà trop local je trouve.

Les échos des autres

Ce que j’aurais voulu savoir avant de partir en Hongrie, c’est la vérité. Les personnes que je remplaçais m’en avaient brossé un portrait idyllique, de tous points de vue (logement, école, vie sociale). J’aurais aussi si dû me méfier un peu des portraits idylliques de l’Australie, ou bien comprendre plus tôt que ce n’est pas grave d’avoir une opinion différente et d’être à contre-courant.

En vrac, je pourrais ajouter les distances gigantesques au Canada et en Australie, le coût prohibitif de l’avion, la barrière de la langue avec la Hongrie, la sensation de claustrophobie sur le Rocher à Jersey, la xénophobie en Hongrie et je suis sûre que j’oublie encore.

Et il y a aussi ce que j’aurais aimé savoir avant de revenir… Le vide administratif, le fait de devoir se battre pour rentrer dans des cases qui ne nous correspondent pas, l’inadéquation du marché de l’emploi français avec mes compétences, l’hypocrisie des employeurs quand dans mon domaine être mobile est une nécessité. J’aurais aimé savoir que je pouvais trouver mieux qu’un contrat payé 11 minuscules euros brut de l’heure, j’aurais aimé trouver d’autres solutions pour ne plus être un fantôme dans mon propre pays et récupérer une sécurité sociale.

Je retiens par contre que toutes ces expériences m’ont aidé à affiner mes choix et à avoir pris la décision finale d’où m’installer en connaissance de cause avec toutes les cartes en main !

Cet article participe au rendez-vous des #Histoires expatriées, organisée par L’Occhio di Lucie et c’est Ophélie qui a eu l’idée du thème de ce mois-ci !

16 Commentaires

  1. 16 avril 2018 / 01229

    Comme je suis d’accord sur tout pour avoir ete en GB (Pays de Galles et Angleterre), en Belgique et aux Pays bas. Rentrer en France est un désastre ou presque… et en étant chômeuse, je ne te raconte pas, je bataille depuis mi decembre avec l’admin…
    Et la perte des amies aussi je connais…..
    Jamais facile cette vie d’expatriee!

    • 16 avril 2018 / 121205

      Oh Bon courage pour ton retour en espérant que tu trouves un travail très rapidement !

  2. 16 avril 2018 / 121206

    Pour ce qui est du francais moi c’est le contraire, plus je suis au Canada plus mon francais se dégrade ! C’est fou j’en perds mon francais je fais des phrases des fois du gros n’importe quoi ! Et qui me le fait remarquer ? Ma famille quand je rentre en france ! Ici c’est du gros Je menfoutisme lol

    • 22 avril 2018 / 170506

      Moi je continue de faire attention, c’est trop important (et épineux ici haha)

  3. 16 avril 2018 / 170558

    Sur le plan pratique, j’aurais aimé savoir que s’inscrire à l”ambassade comme Française à l’étranger était plus que conseillé! J’ai été appelée à être jurée en France, une fois… ça a pris du temps avant que l’administration comprenne que je n’y habitais plus. Oups.

    J’ai aussi été surprise de voir à quel point j’ai vite perdu mes amis en France. Ça serait peut-être arrivé de toute façon même si j’étais restée, puisque la plupart étaient des amis de lycée et que les gens changent dans la vingtaine. Mais, ça me fait toujours bizarre de rentrer en France et de ne voir absolument personne, sinon la famille.

    • 22 avril 2018 / 170505

      Je n’en suis pas encore là, il me reste quelques très bonnes amies de l’université et les autres, ce sont des amies rencontrées grâce au blog à vrai dire ! Mais oui je me souviens de ton histoire de juré…

  4. Anaïs
    16 avril 2018 / 180642

    Je me reconnais trop pour la vie sociale (je m’y attendais un peu mais quand même) et le franglais!

  5. 16 avril 2018 / 190753

    Pareil pour les distances canadiennes et le prix des billets d’avion, c’est dur à vivre parfois…
    “… ou bien comprendre plus tôt que ce n’est pas grave d’avoir une opinion différente et d’être à contre-courant” : exactement ! ça m’a aussi pris des années avant de m’en rendre compte.

  6. 18 avril 2018 / 111141

    c’est très intéressant d’avoir ton ressenti très bon article ! Gros bisous de France

  7. 19 avril 2018 / 20235

    Ah ah, j’ai pas prononcé une phrase correcte depuis belle lurette !! Je mélange tout, j’ai l’impression d’avoir 5 ans… Le pire je trouve c’est qu’en France ont crois que je le fais exprès !! Bref le reste de mon cerveau fonctionne pas trop mal alors ça va :D. Je te rejoins pour la vie sociale, après je me dis que les années en plus de l’éloignement sont passées par là, il ne faut pas tout mettre sur le dos de l’expatriation !
    😀

    • 22 avril 2018 / 170501

      Oui c’est vrai tu as raison !

  8. 19 avril 2018 / 60645

    Apres 7 ans au Japon, j’ai aussi perdu mon français. Je le ressens surtout quand je dois faire des traductions et malheureusement, je fais encore souvent des fautes d’inattention sur mon blog… Puis, plus ou moins comme toi, je parle parfois le franponais car, je l’avoue, la langue japonaise a des mots pour certaines situations et état d’esprit qui nécessiterait une phrase en français. De ce fait, entre Français du Japon, il nous arrive régulièrement de placer quelques mots japonais dans nos conversations.
    Concernant les ami/es, même si j’étais restée en France, la vie aurait fait que je me serais quand même éloignées de certains ami/es. Avec la distance, ceux que j’ai envie de revoir lors de mes retours sont ceux avec qui je communique régulièrement et avec qui j’ai su resté proche.
    Je ne connaissais pas les #Histoires d’expatriées, c’est intéressant, si j’ai le temps j’aimerai aussi rédiger un article sur ce thème.

    • 22 avril 2018 / 170501

      En fait, le thème change tous les mois, tu peux le voir sur ce groupe Facebook et tout est expliqué sur le blog de Lucie ! Ce serait cool que tu participes aussi.

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