Expatriation

Rentrer en France

Je crois que ça commence à l’aéroport.

Pas avant, pas avec l’agenda qui s’est rapidement rempli ni avec la valise pleine de souvenirs de notre nouveau pays, de délicatesses culinaires qui passeront peut-être le contrôle des liquides. Sur le trajet, sourire mi-figue mi-raisin, parce qu’on a deux maisons et que notre coeur va se séparer un peu. Il y a toujours des appréhensions : mais comment ça va se passer ? il ne va pas faire trop froid ? je n’ai pas le temps de voir Machin, ne va-t-elle pas se vexer ? l’horloge avance et le cheminement dans l’aéroport aussi.

Hier j’ai pris un EasyJet Budapest-Paris, embarquement dans un entrepôt un peu triste, mais tout d’un coup le choc : tout le monde parlait français autour de moi. Ce moment étrange où tout d’un coup toutes les conversations sont parfaitement compréhensibles, sans barrière de la langue, sans concentration, c’est se retrouver projeté dans l’intimité de tous ces gens. Et puis ils essayaient de resquiller la file, de doubler et de se pousser, pas de doute, j’étais au bon endroit.

Rentrer à Paris


L’avion était vieux et minuscule, le couple à côté de moi rempli d’agressivité et de mots durs l’un envers l’autre, fronçant les sourcils parce qu’une jeune femme derrière riait et les empêchait de se concentrer (sic.). L’équipage français faisait des annonces, oui areu rédi tou go tou Pariss no. Allons-y.

J’avais reçu un mail parlant du rétablissement des contrôles aux frontières mais non, personne n’a vérifié mon identité, le terminal 2D n’est pas pratique, chassé-croisé de messages et de wifi qui saute dès la porte franchie. Mon frère est venu me chercher et nous sommes rentrés. La route est familière.

Arrivés dans l’appartement, ça sent la maison. Rouvrir les placards pour redécouvrir ses affaires, avoir oublié tel et tel truc. Je ne sais plus dans quel tiroir sont les choses qui n’ont pas bougé depuis vingt ans et ma main cherche l’interrupteur un peu trop  haut sur le mur. Remarquer tout de suite les nouvelles choses, retrouver les habitudes, le goût de la baguette faite par mon frère le boulanger, les effluves qui sortent de la salle de bains en même temps que leurs propriétaires, la façon dont le parquet craque annonce qui marche dessus.

Les enfants par la fenêtre que je peux comprendre, le français partout, l’ombre du Sacré-Coeur pas loin.

Je suis rentrée ♥︎

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