Poutine, sirop d’érable et « double-double » : qu’est-ce qu’on mange vraiment au Canada ?

Après plus de dix ans de vie à l’étranger, dont six passées au Canada, j’ai eu le temps d’observer les casseroles locales. Si j’étais restée à Melbourne, je vous parlerais de l’obsession pour le café de spécialité et les toasts à l’avocat. En Angleterre, on passerait en revue les tartes à la viande des pubs, et en Hongrie, les soupes mijotées héritées de l’époque austro-hongroise.

Mais au Canada, qu’y a-t-il au menu ? Dès qu’on pose la question, un mot revient en boucle : la fameuse poutine (ce mélange de frites, de fromage en grain qui fait « couic-couic » et de sauce brune). Alors oui, c’est emblématique, mais on n’en mange pas tous les jours non plus. C’est un plat d’hiver, réconfortant, que je ne m’autorise personnellement qu’une fois par an. Si Montréal et Québec se disputent farouchement la paternité de la meilleure recette, l’engouement s’estompe un peu à mesure que l’on va vers l’Ouest. On en trouve à Winnipeg, parfois au centre de concepts entiers, mais cela reste de la restauration rapide, loin de la haute gastronomie.

Le rythme des repas : un choc culturel pour les Européens

Le rapport des Canadiens à la nourriture a de quoi faire frémir n’importe quel habitant du Sud de l’Europe. Ici, on mange un peu tout le temps, n’importe où, et les files d’attente dans les foires alimentaires des centres commerciaux ne désemplissent jamais.

  • Le matin : On déjeune sur le pouce, souvent au volant ou en arrivant au bureau, le gobelet de café à la main.
  • Le midi : La pause déjeuner se résume fréquemment à un sandwich avalé devant son écran d’ordinateur.
  • À l’école : Pas de cantine pour les enfants. Les parents préparent chaque matin une boîte à lunch. Les petits mangent donc froid, même lorsque le thermomètre affiche des températures polaires.
  • Le soir : Le souper se prend en famille extrêmement tôt, souvent dès 17h30 ou 18h. Conséquence logique : la soirée se prolonge souvent par des grignotages devant la télévision.

Les vraies curiosités locales

Au-delà des clichés, le Canada a vu naître de véritables ovnis culinaires :

  • La pizza hawaïenne : Contre toute attente, l’association jambon-ananas a été inventée en Ontario dans les années 1960.
  • Les barres de Nanaimo : Originaires de Colombie-Britannique, ces douceurs sans cuisson superposent une base biscuitée à la noix de coco, une crème pâtissière épaisse et une couche de chocolat craquant.
  • Les queues de castor : Une pâte frite étirée en longueur, servie chaude et garnie de sucre, de cannelle ou de pâte à tartiner. On trouve des kiosques dédiés un peu partout.

Une cuisine forgée par le multiculturalisme

Le Canada est une mosaïque culturelle, et cela se ressent dans l’assiette. Plus une communauté est implantée dans une région, plus elle marque la cuisine locale de son empreinte. Dans les Prairies, par exemple, les perogies (ces ravioles d’origine ukrainienne ou polonaise) font désormais partie du patrimoine culinaire courant. De même, il n’existe pas une seule petite ville sans son restaurant sino-canadien.

L’héritage des Premières Nations est lui aussi bien vivant. Le bannique, un pain traditionnel dense, est très populaire, tout comme la viande de bison, que l’on retrouve à la carte de nombreux restaurants, notamment sous forme de burgers. À Winnipeg, le Feast Café Bistro, mené par la chef Christa Bruneau-Guenther (vue dans l’émission Top Chef), s’est d’ailleurs fait une spécialité de cette cuisine autochtone modernisée.

Le saviez-vous ? On consomme aussi du renne, même si, pour des raisons sanitaires, sa commercialisation en magasin est interdite : il faut connaître un chasseur pour en goûter. Enfin, les baies sauvages comme les bleuets ou les baies de Saskatoon sont incontournables, tout comme l’habitude très canadienne de tremper des légumes crus dans des sauces crémeuses à l’heure de l’apéritif.

Le temps des sucres : l’institution du sirop d’érable

Au printemps, le Québec vit au rythme des « cabanes à sucre ». On s’y retrouve en famille au milieu des érablières pour de grands banquets où chaque plat, du jambon aux fèves au lard, est arrosé de sirop d’érable. C’est aussi le moment de la tire sur la neige : on verse le sirop bouillant sur de la neige fraîche pour l’enrouler autour d’un bâtonnet et en faire une sucette tiède. Une tradition très de l’Est, que l’on ne retrouve dans le reste du pays que de manière anecdotique, comme au Festival du Voyageur au Manitoba.

À l’année, le brunch du week-end reste sacré partout au pays : les assiettes débordent d’œufs, de crêpes, de bacon et de pommes de terre rissolées, le tout nappé de sirop de table très doux dans les chaînes populaires, ou de véritable sirop d’érable dans les établissements plus branchés.

Qu’est-ce qu’on boit au Canada ?

  • Le Caesar : Véritable institution dans l’Ouest, ce cocktail inventé à Calgary mélange de la vodka, du tabasco, de la sauce Worcestershire et du Clamato (un jus de tomate coupé au bouillon de palourdes). Servi avec un grand bâton de céleri et du sel de céleri sur le rebord du verre, c’est très surprenant… et personnellement, je n’ai pas accroché !
  • Le vin de glace : Un flacon liquoreux d’exception, élaboré à partir de grains vendangés gelés directement sur la vigne. C’est délicieux, très sucré et particulièrement onéreux.
  • Le Caribou : Un breuvage corsé d’hiver à base de vin rouge, de whisky et de sirop d’érable, traditionnellement servi dans un verre sculpté dans la glace.
  • Le Slurpie : Une boisson glacée aux couleurs chimiques et fluorescentes dont Winnipeg s’est autoproclamée capitale mondiale, hiver comme été. Une expérience dont je me passe volontiers.

La tradition des « Fall Suppers » au Manitoba

À l’automne, les villages manitobains organisent des souper d’automne communautaires. Pour moins de vingt dollars, les bénévoles préparent un immense banquet dont les profits financent les projets locaux. Dans l’assiette, c’est un festival rustique : bœuf braisé, maïs en épi, tourtière (la tourte à la viande traditionnelle) et pommes de terre purée, souvent accompagnés de crème sure, clin d’œil aux influences d’Europe de l’Est. Ce n’est pas de la grande présentation, mais c’est un régal absolu.

Le cas Tim Hortons

Impossible de parler de culture canadienne sans évoquer « Tim ». Cette chaîne de restauration rapide, fondée par un joueur de hockey en 1964, est devenue un symbole national au même titre que les chutes du Niagara. Avec près de 4 000 points de vente, la marque est partout : en ville, le long des autoroutes, avec des services au volant constamment pris d’assaut. On ne compte plus les gobelets marron qui circulent dans la rue.

Pour y commander, il faut intégrer un lexique bien précis : un double-double désigne un café avec deux portions de crème et deux portions de sucre, les Timbits sont de petites boules de beignets ronds, et le Roll up est leur célèbre concours annuel où l’on déroule le rebord de son gobelet en carton pour tenter de gagner un prix.

Alors, vous laisseriez-vous tenter par l’expérience d’un déjeuner sur le pouce à la canadienne, ou préférez-vous vous en tenir aux classiques ? Dites-le-moi en commentaire !