Après plus de dix ans de vie à l’étranger, dont six passées au Canada, j’ai eu le temps d’observer les casseroles locales. Si j’étais restée à Melbourne, je vous parlerais de l’obsession pour le café de spécialité et les toasts à l’avocat. En Angleterre, on passerait en revue les tartes à la viande des pubs, et en Hongrie, les soupes mijotées héritées de l’époque austro-hongroise.
Mais au Canada, qu’y a-t-il au menu ? Dès qu’on pose la question, un mot revient en boucle : la fameuse poutine (ce mélange de frites, de fromage en grain qui fait « couic-couic » et de sauce brune). Alors oui, c’est emblématique, mais on n’en mange pas tous les jours non plus. C’est un plat d’hiver, réconfortant, que je ne m’autorise personnellement qu’une fois par an. Si Montréal et Québec se disputent farouchement la paternité de la meilleure recette, l’engouement s’estompe un peu à mesure que l’on va vers l’Ouest. On en trouve à Winnipeg, parfois au centre de concepts entiers, mais cela reste de la restauration rapide, loin de la haute gastronomie.
Le rapport des Canadiens à la nourriture a de quoi faire frémir n’importe quel habitant du Sud de l’Europe. Ici, on mange un peu tout le temps, n’importe où, et les files d’attente dans les foires alimentaires des centres commerciaux ne désemplissent jamais.

Au-delà des clichés, le Canada a vu naître de véritables ovnis culinaires :
Le Canada est une mosaïque culturelle, et cela se ressent dans l’assiette. Plus une communauté est implantée dans une région, plus elle marque la cuisine locale de son empreinte. Dans les Prairies, par exemple, les perogies (ces ravioles d’origine ukrainienne ou polonaise) font désormais partie du patrimoine culinaire courant. De même, il n’existe pas une seule petite ville sans son restaurant sino-canadien.
L’héritage des Premières Nations est lui aussi bien vivant. Le bannique, un pain traditionnel dense, est très populaire, tout comme la viande de bison, que l’on retrouve à la carte de nombreux restaurants, notamment sous forme de burgers. À Winnipeg, le Feast Café Bistro, mené par la chef Christa Bruneau-Guenther (vue dans l’émission Top Chef), s’est d’ailleurs fait une spécialité de cette cuisine autochtone modernisée.
Le saviez-vous ? On consomme aussi du renne, même si, pour des raisons sanitaires, sa commercialisation en magasin est interdite : il faut connaître un chasseur pour en goûter. Enfin, les baies sauvages comme les bleuets ou les baies de Saskatoon sont incontournables, tout comme l’habitude très canadienne de tremper des légumes crus dans des sauces crémeuses à l’heure de l’apéritif.
Au printemps, le Québec vit au rythme des « cabanes à sucre ». On s’y retrouve en famille au milieu des érablières pour de grands banquets où chaque plat, du jambon aux fèves au lard, est arrosé de sirop d’érable. C’est aussi le moment de la tire sur la neige : on verse le sirop bouillant sur de la neige fraîche pour l’enrouler autour d’un bâtonnet et en faire une sucette tiède. Une tradition très de l’Est, que l’on ne retrouve dans le reste du pays que de manière anecdotique, comme au Festival du Voyageur au Manitoba.
À l’année, le brunch du week-end reste sacré partout au pays : les assiettes débordent d’œufs, de crêpes, de bacon et de pommes de terre rissolées, le tout nappé de sirop de table très doux dans les chaînes populaires, ou de véritable sirop d’érable dans les établissements plus branchés.

À l’automne, les villages manitobains organisent des souper d’automne communautaires. Pour moins de vingt dollars, les bénévoles préparent un immense banquet dont les profits financent les projets locaux. Dans l’assiette, c’est un festival rustique : bœuf braisé, maïs en épi, tourtière (la tourte à la viande traditionnelle) et pommes de terre purée, souvent accompagnés de crème sure, clin d’œil aux influences d’Europe de l’Est. Ce n’est pas de la grande présentation, mais c’est un régal absolu.
Impossible de parler de culture canadienne sans évoquer « Tim ». Cette chaîne de restauration rapide, fondée par un joueur de hockey en 1964, est devenue un symbole national au même titre que les chutes du Niagara. Avec près de 4 000 points de vente, la marque est partout : en ville, le long des autoroutes, avec des services au volant constamment pris d’assaut. On ne compte plus les gobelets marron qui circulent dans la rue.
Pour y commander, il faut intégrer un lexique bien précis : un double-double désigne un café avec deux portions de crème et deux portions de sucre, les Timbits sont de petites boules de beignets ronds, et le Roll up est leur célèbre concours annuel où l’on déroule le rebord de son gobelet en carton pour tenter de gagner un prix.
Alors, vous laisseriez-vous tenter par l’expérience d’un déjeuner sur le pouce à la canadienne, ou préférez-vous vous en tenir aux classiques ? Dites-le-moi en commentaire !