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4 jours de francophonie en Acadie

Article mis à jour le

Je viens de rentrer de dix jours de vacances passés dans les provinces maritimes (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick et Île du Prince-Édouard), et surtout de 4 jours à Moncton, au Nouveau-Brunswick, pour la Mobilisation Jeunesse du Centre de la Francophonie des Amériques.

Normalement, ce n’est pas trop mon genre de participer à ce genre d’évènements. Je préfère rester tranquillement derrière mon clavier, assise sur mon canapé, une tasse de café pas loin – exactement la façon dont je suis en train d’écrire maintenant !

Comment je me suis retrouvée à Moncton

J’avais vu l’appel à participer au printemps, je crois. Un organisme, le Centre de la Francophonie des Amériques, cherchait des jeunes de moins de 35 ans francophones, partout en Amérique, pour participer à un rassemblement, le premier du genre, autour de deux volets : la communication ou le tourisme. Il fallait comme pré-requis travailler dans l’un de ces domaines, ce qui n’est pas mon cas. Donc j’ai fermé la page et j’ai oublié le projet, ne me sentant pas légitime à poser ma candidature.

Mais l’appel à participer s’est retrouvé dans ma boîte mail une seconde fois un peu plus tard, et j’avais avancé sur mon cheminement depuis. Il était possible de poser sa candidature comme entrepreneur : mon blog est bien une petite entreprise, ou en tous cas une initiative donc ça pouvait correspondre. Je parle de tourisme en français, j’avais envie de me faire connaître un peu plus et d’apprendre de nouveaux outils, alors j’ai rempli le formulaire et envoyé un CV et une lettre de motivation.

Et j’ai été choisie, avec 16 autres jeunes venant de partout dans les Amériques : Mexique, Argentine, Louisiane, Maine, Boston, Chicago, Yukon, Calgary, Yellowknife, Ottawa, Québec, Nouveau-Brunswick, Haiti. On a tous un point commun : on parle français et on a des initiatives autour du français et de la francophonie dans nos vies. On est engagés. Et on nous a, à de nombreuses reprises, félicité de cet engagement, que d’avoir posté notre candidature pour cette formation est le premier pas vers plus.

À vrai dire, je ne m’étais jamais spécialement vue comme une personne engagée, mais en fait… J’ai étudié la langue et la littérature française, j’ai enseigné le français à des gens qui ne le parlent pas pendant dix ans, je blogue en français, je vis en milieu minoritaire, il y a bien une importance de la langue dans ma vie dont je n’avais jamais vraiment pris conscience… jusqu’à cette semaine à Moncton.

La Mobilisation Jeunesse du Centre de la Francophonie des Amériques

Le rendez-vous était fixé au mardi 16 août, dans un hôtel de Moncton. J’étais déjà sur place puisque je venais de terminer mon road-trip dans la région, mais avec un peu d’appréhension sur les prochains jours. Dans quoi est-ce que je me lançais ?

Mais tout s’est enchaîné très vite. On a vécu une semaine ensemble, entre « jeunes » (jusqu’à 35 ans on est encore jeunes donc) mais aussi avec le personnel du Centre, nos formateurs, nos intervenants. C’était un peu un camp de vacances géant, mais sur une thématique de travail quand même et avec des moments sérieux et émouvants.

Qu’est-ce qu’on a fait à Moncton ? On a passé quatre jours « intenses et intensifs ». Le programme de la Mobilisation Jeunesse était chargé sur le papier, avec des conférences et des ateliers de 8h30 à 20h30 tous les jours et il l’a été en réalité aussi. On avait un mélange d’ateliers spécifiquement sur le tourisme, avec des intervenants spécialisés, mais on a aussi pu participer au Congrès mondial acadien, au Rendez-vous des villes francophones et francophiles d’Amérique, on a assisté à des conférences, rencontré des tas de gens et de personnalités.

Dont Justin Trudeau, le Premier Ministre du Canada.

Mobilisation Jeunesse du Centre de la Francophonie des Amériques

Mais Justin Trudeau n’est pas la seule rencontre dont je me souviendrai. D’autres instants resteront dans ma mémoire : le poème de Zachary Richard, celui de Céleste Godin, les compte-rendus des Louisianais sur la situation chez eux et leurs luttes, les mots de Mélissa Mollen Dupuis, la conférence de l’écrivaine Antonine Maillet  – que je vous mets ci-dessous – sur les origines des différences entre le français de France et le français à l’est du Canada. Regardez, ce n’est pas très long (35 minutes) et c’est aussi drôle que fascinant.

L’Acadie et le Grand Tintamarre

Je ne connaissais pas vraiment l’histoire de l’Acadie et des Acadiens avant de me rendre dans les Maritimes et j’ai adoré en apprendre plus. J’avais visité le site historique de Grand Pré la semaine précédente (et j’en reparlerai) et c’était inspirant de tisser des ponts entre le passé et le présent, voir comment les Acadiens se battent encore aujourd’hui et commémorent l’histoire de leur peuple.

Les Acadiens, ce sont les descendants des Français qui sont arrivés sur la côte est de l’Amérique du Nord en 1604 (avant de la fondation de Québec) pour s’installer et cultiver la terre. Mais en une centaine d’années, le bout de territoire sur lequel ils vivaient a changé treize (!) fois de mains entre la France et l’Angleterre au fil des guerres et traités. Malgré un serment de neutralité, les Anglais ont fini par les considérer comme dangereux et les ont chassés en 1755. C’est le Grand Dérangement.

Tintamarre Dieppe 2019

Le Grand Dérangement est commémoré le 15 août, jour de la fête nationale acadienne, avec le Tintamarre. C’est assez simple : il faut porter les couleurs du drapeau (bleu, blanc, rouge, et jaune pour l’étoile) et marcher tout en faisant du bruit. Pour se rappeler qu’on existe, qu’on a survécu, et montrer qu’on est encore là. C’est un moment qui m’a beaucoup ému, seule avec mes pensées parce que la cacophonie ambiante empêchait de tenir la moindre discussion.

La francophonie hors Québec

Le fil rouge de notre première journée de la Mobilisation Jeunesse du Centre de la Francophonie des Amériques, ça a été les propos de Denise Bombardier. En octobre 2018, cette journaliste québécoise a déclaré à une heure de grande écoute que plus personne ne parle français à l’extérieur du Québec et que les francophones sont en pleine assimilation (plus d’infos ici). Ses propos avaient causé un tollé partout au Canada et fait vivement réagir la communauté francophone.

Cette semaine et les initiatives du CFA montrent que ce n’est pas vrai. On parle français en dehors du Québec, même si beaucoup l’ignorent. Il y a des villes au Nouveau-Brunswick où le français est la langue maternelle de 98% de la population et on compte 33 millions de francophones en Amérique.

Combien de personnalités reconnaissez-vous sur cette photo ?

Et puis,

D’un point de vue purement personnel, j’ai reçu la confirmation que ma demande de résidence permanente était acceptée juste avant de commencer cette semaine de folie, mardi matin. Le Canada m’a dit oui, je peux rester vivre définitivement dans ce pays que j’ai choisi. Je ne sais pas encore ce que me réserve l’avenir mais je vois cela comme un joli signe.

Et je suis extrêmement reconnaissante au Centre d’avoir vu mon potentiel et cru en moi. Une petite blogueuse du Manitoba n’est pas forcément un acteur majeur du tourisme au niveau d’un continent entier ni un porte-parole de francophonie, mais j’avance à mon rythme sur mon coin d’Internet et ces quatre jours de Mobilisation Jeunesse du Centre de la Francophonie des Amériques auront sûrement des conséquences dans ma vie. Alors, je vous dis merci ❤️

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6 commentaires

  • C’est génial tout ça !!!
    je sais pas si je t’ai déjà dit mais quand j’avais 6 ans je suis allée en Acadie et on a ramené un cd de chansons qui parlent de l’histoire et du traumatisme des acadiens et je m’en rappelle toujours.
    La conférence est trooop cool, c’est comme tu dis, instructive et tellement drôle à écouter.
    Et une fois encore : c’est troooooooop chouette la RP !!!!!!!!

  • Que des bonnes nouvelles !! Félicitations pour la réponse de l’Etat je suis super contente pour toi 🙂 Le 1err ministre canadien rien que ça ! Eh ben, ce fut mouvementé ces vacances 😀

  • Merci Kenza pour le partage.
    Ce séjour a été intense alors !

    Pourrais-tu en dire plus sur la Louisiane ?
    C’est un État que j’ai visité, et ses problématiques m’intéressent.

    Resteras-tu en contact avec certains participants ?
    L’enseignement du français a t il été évoqué ?

    Ouf, ça fait plein de questions, et j’en ai encore en stock mais il faut savoir être raisonnable 😉

    • Salut ! Alors, oui, on a beaucoup parlé de la Louisiane et de l’enseignement du français. La mairie de Lafayette fait partie des villes fondatrices du réseau des villes francophones, et ils essayent de mettre en place des initiatives sur le tourisme francophone. On a passé beaucoup de temps avec un ancien directeur du Codofil et actuel président de l’AF aussi. Je t’invite à suivre la page FB de TéléLouisiane, qui veut être le premier diffuseur de contenu en français louisianais et ils diffuseront bientôt le documentaire « Theo’s Choice » sur le boom de l’immersion et le retour du français en Louisiane (je l’ai vu, il est génial). Et oui, on va rester en contact !

      • Je prends note ; merci pour cette réponse detaillée. Je vais voir pour ce documentaire alors.

        Si l’on ne participe pas à ce genre d’évènements, il n’est pas vraiment possible d’être correctement informé au sujet de tous ces projets et initiatives.

        Cela ne t’a jamais tentée de faire prof de FLE en Louisiane pour 1 an ?
        C’est en tout cas une possibilité que je garde en tête, ca pourrait être intéressant (I guess).

        Concernant les autres participants, est-ce que tu peux nous dire si certains travaillent sur des projets à connaitre ? Est-ce que certains connaissaient ton blog ?

        Ca devait être chouette de rencontrer et d’échanger avec tout ce beau monde 🙂