Prof de FLE

Vie de prof : Typologie des étudiants

Article mis à jour le

Il y a une semaine, j’ai signé en six exemplaires un contrat de « professeur pour une session » et depuis, j’enseigne à l’université pour de vrai. Madame le professeur. Je suis donc devenue ma propre assistante car je dois continuer mes tâches de lectrice (j’ai expliqué mon travail dans cet article), que je me confie moi-même… préparer / enseigner / corriger / noter / préparer / enseigner / corriger / noter / préparer / enseigner / corriger / noter / préparer / enseigner / etc, etc, etc.

Le mardi et le jeudi j’ai deux classes avec qui je travaillais déjà, dont je connais bien les étudiants, et le mercredi soir j’enseigne à une classe composée de visages connus et inconnus. Et la semaine dernière, même si on est encore au début du semestre c’était examens et films, autrement dit l’occasion parfaite pour étudier leurs comportements.

Typologie des étudiants :

Hermione class

– l’étudiante un peu fayote qui fait toujours parfaitement ses devoirs, m’envoyant même un message à 22h30 pour confirmer qu’elle a noté le bon numéro de page et est déçue de n’avoir que A et pas A+.

le sportif bilingue qui s’est inscrit parce qu’il pense que c’est facile d’étudier le français, s’assied entre le milieu et le fond de la classe (pas trop près, pas trop loin) garde son casque autour de la tête et doit mendier stylo et feuilles.

le musicien relax qui ne parle que de ça, a du mal avec la ponctualité et boit trop de café. Mon objectif pour ce semestre c’est de le soudoyer : qu’il arrive en cours en retard avec un café, OK, mais j’en veux un aussi.

le beau gosse qui étrangement s’intéresse et pose plein de questions. Il n’a pas manqué une seule classe.

la paresseuse qui se croit bilingue parce qu’elle était en école francophone entre ses six et dix ans et utilise ce prétexte pour ne pas faire ses devoirs ou pire encore, sécher.

le sécheur professionnel qui baisse la tête et rase les murs en me croisant dans les couloirs.

la serial texteuse qui ne quitte pas son téléphone. Je viens d’enseigner deux ans à des ados, je me suis retenue in extremis de lui confisquer son portable comme au collège.

le flemmard dont la tête disparaît derrière son écran d’ordinateur et puisqu’il a eu 10/100 au dernier test, je doute qu’il soit en train d’étudier.

– l’étudiante au niveau trop faible qui passe les deux heures de cours les sourcils froncés à essayer de comprendre ce que je dis et note religieusement le moindre de mes gribouillis au tableau.

le malpoli qui part en milieu de cours sans s’excuser.

les timides qui parlent tout bas tout doucement avec des petites voix et que je dois faire répéter trois fois.

la stressée qui a oublié de faire la phrase 8 de l’exercice B page 35 est-ce que c’est grave ?

le négociateur qui a trop de travail, trop de devoirs, trop de vie sociale et qui essaye d’obtenir un délai, une diminution des devoirs, une absence excusée, que le contrôle soit repoussé… tout est bon à prendre.

– celles qui résistent : le français en classe, l’anglais la seconde où elles sortent de la salle.

Et pourtant… ils sont de loin les étudiants les plus adorables que j’aie jamais eus (c’est normal, ils sont Canadiens) et je me verrais mal faire autre chose ! Prof un jour, prof toujours ?

Un commentaire ?

19 commentaires

  • Sympa cet article. Et toi tu étais quel type d’étudiante alors ? Moi entre la timide, la stressée et la flemmarde, j’hésite. Que de qualités n’est-ce pas 🙂 Quoique j’ai bien dû avoir ma période un peu fayote mais pas au point de harceler mon prof quand même. Tu reçois des textos le soir, seriously ?

  • ça me fait forcément sourire…
    Moi, le profil que j’ai découvert chez mes étudiants et qui me laisse complétement sans voix c’est le « madame, ce que vous écrivez au tableau, vous allez le mettre sur natschool (plateforme de partage des profs aux élèves) ? » et quand tu réponds non, il dégaine son portable et photographie ton tableau… euh, ok…

  • Hahaha, on les a tous rencontrés, d’un côté ou de l’autre du pupitre ! En référence à celui qui est derrière son écran à regarder tout sauf ses cours, de l’autre côté ça donnait souvent ceci quand j’étais au Canada : A-FFLI-GEANT. Le site des élèves qui s’ennuient. Ca me déprimait, même du côté élève…

  • J’en suis qu’à ma troisième semaine de cours à l’université, j’ai encore du mal à définir des profils, mais l’accro au téléphone j’ai déjà repéré et il combine ça avec la fainéantise et la mauvaise volonté et il est colombien.
    Encore un changement d’interface ? Ca me dit quelque chose 😉
    Tu restes au Canada grâce à ce contrat ?

  • Haha, excellent! Moi , en fac, j’étais la timide accro au téléphone^^ (Bon, par contre, je n’étais pas en fac de langues^^)

  • Génial! Finalement, j’ai de la chance de faire les primaires…mais j’en ai quand même quelques un, la stressée, la petite fille modèle, le glandeur, le clown…

    • Oh oui ! Le dur à cuire, l’intello, celle qui fait un transfert d’affection, le ou la curieuse qui pose un millier de questions, celui tout fier dont le parent lui a appris cinq mots de français… J’ai fait du primaire aussi – en fait j’ai tout fait, de la crèche au primaire en passant par les ados, les adultes, les fonctionnaires, l’université, les bilingues, les multi nationalités, c’est pour ça que j’aime mon boulot !

  • Tu me fais rire, car dans la dernière école j’avais des élèves de toute nationalité et donc chez nous les typologies étaient très liées au nationalité.
    La japonaise à la place du timide,
    l’hispanophone accro au téléphone,
    l’italien qui connait déjà tout
    ….
    Par contre même si c’était des adultes, je n’avais aucun scrupule à prendre les téléphones après un avertissement et même si « mais y a un dictionnaire dessus ».