Winnipeg

Trois ans à Winnipeg

Je n’étais pas sûre de vouloir faire un nouveau bilan mais en fait, il s’est passé pas mal de choses dans ma troisième année winnipégoise, dont un basculement d’expat à immigrante, une résidence permanente, une nouvelle carrière donc un bilan de mes trois ans à Winnipeg se justifie !

Pour rappel, j’ai choisi de venir vivre à Winnipeg parce que j’avais déjà passé un an au Manitoba et l’expérience m’avait plu. Je suis arrivée en avril 2017 en PVT même si j’avais déjà un job dans mon domaine qui m’attendait.

Si vous êtes curieux, voici mon bilan après 6 mois de PVT, 1 an, 18 mois et 2 ans à Winnipeg !

La fin du PVT

Mon PVT s’est fini le 8 avril 2019 et j’avais demandé un permis ouvert transitoire, qui permet de faire le pont entre un permis expiré et la résidence permanente. J’avais fait la demande début janvier mais les délais étaient fous (environ 4 mois d’attente) parce que le système ne différencie pas les vraies demandes de celles des Pvtistes qui essayent de gratter quelques mois.

Avoir un PVT expiré, ce n’était pas grave, car j’étais en statut implicite. Ça veut dire techniquement pas de statut, pas d’existence, juste une tolérance administrative. Mais heureusement mon statut implicite n’a duré qu’une quinzaine de jours. J’ai reçu une réponse positive à ma demande mi-avril et mon nouveau permis d’un an est arrivé par la poste fin avril.


La RP qui s’accélère

Peu après avoir reçu ce nouveau permis, j’ai aussi reçu l’invitation à aller passer la visite médicale, dix mois seulement après avoir envoyé mon dossier de résidence permanente au fédéral. On est début mai, et trois mois et demi plus tard, ma demande de RP est approuvée.

Quand je reçois le Prêt pour Visa, on est mi-août, je suis dans une chambre d’hôtel de Moncton au Nouveau-Brunswick sur le point de participer à un grand évènement francophone, la Mobilisation Jeunesse du Centre de la Francophonie des Amériques. Le temps de renvoyer les derniers papiers (dont une photo, encore, pourquoi ?) je deviendrai officiellement résidente permanente du Canada début septembre à la frontière du sud du Manitoba, après 23 mois de démarches.


Devenir RP, qu’est-ce que ça change ?

J’ai eu une chance que beaucoup d’immigrants n’ont pas : grâce au permis ouvert, je n’étais pas bloquée dans un job toxique et j’ai pu quitter mon emploi avant de recevoir le sésame de la RP.

Autrement, ma vie a plutôt changé au moment où j’ai quitté le statut de Pvtiste : le permis transitoire m’a rendu officiellement éligible à l’assurance santé provinciale, donc aux mutuelles d’entreprise, et j’ai pu faire toutes les démarches médicales que je n’avais pas pu effectuer depuis cinq ans à cause de ma vie de nomade : bilan complet, dentiste, lunettes. Avec le recul, tout ceci m’apparaît d’une précarité extrême et je regrette de ne pas avoir agi avant pour ma santé.

Être résidente permanente dans le contexte actuel de la crise du Covid-19 me permet également de vivre mon quotidien de façon beaucoup plus sereine. Si je tombe malade, je serai soignée, si j’étais partie à Paris comme prévu j’aurais pu re-rentrer au Canada, si je perds mon emploi je serai indemnisée. Par contre, si la crise était arrivée l’an dernier à la même époque, avec un PVT en cours d’expiration, sans date pour un nouveau permis, sans assurance santé, je serais rentrée en France et aurais mis ma vie canadienne en pause.

Une nouvelle carrière

Pendant cette troisième année winnipégoise, j’ai mis fin à ma carrière de dix ans comme prof de FLE. Les conditions de travail devenaient inacceptables, surtout à la lumière des lois canadiennes tellement prônes au bien-être des employés.

Je passais en moyenne 55 heures au travail, pour un salaire d’environ 40 heures. Et surtout, on devait parfois de l’argent à notre employeur. J’ai travaillé dans des dizaines d’écoles partout dans le monde et je n’avais jamais vu un tel système qui cause stress et jalousie au quotidien.

Donc j’ai démissionné, début mai, pour finir mi-juillet. Le préavis en cas de démission est de seulement deux semaines au Canada mais je voulais prendre le temps de mettre mes affaires en ordre.

La recherche de job à Winnipeg

Je n’étais pas pressée de retrouver un travail parce que je voulais faire une pause. Mais j’ai quand même tout de suite refait mon CV en mettant en valeur les compétences de coordination que j’avais acquises (parce que je n’étais plus seulement prof, j’étais aussi coordinatrice pédagogique) : gestion d’équipe, création d’horaires, service clients, organisation de sessions d’examen, etc. Et je suis allée sur Indeed et j’ai tapé le mot-clé le plus original du monde : French.

Pourquoi vouloir un job avec du français ? Parce que c’est ma force finalement, parce qu’il y a plus de jobs qui demandent de parler français que de gens pour les combler ici au Manitoba et parce que mon CV comptait un master d’enseignement et dix ans de carrière comme prof et c’est tout. J’ai choisi la facilité, parce que la compétence de parler français, je l’ai.

J’ai postulé à trois emplois aux mois de mai-juin et j’ai eu deux entretiens immédiatement après envoi de ma candidature donc c’est un bon ratio. Assistante marketing dans une grosse compagnie d’assurances n’a pas fonctionné, chargée de relation clientèle pour un site web qui propose des ressources en ligne aux profs d’anglais non plus.

Mais alors quel job j’ai obtenu ? Je vous avais dit que je faisais du marketing dans les jeux. En vrai, je suis chef de produit dans les jeux à gratter. C’est un domaine de niche, à cause de la sécurité inhérente aux gains, et il y a une imprimerie à Winnipeg avec des clients internationaux. Mon travail consiste à m’assurer qu’un courriel de commande se transforme en x millions de tickets, qui doivent quitter l’entrepôt plusieurs mois plus tard. Et c’est pas mal !

Et Winnipeg ?

Trois ans à Winnipeg plus tard, je n’ai toujours pas de regrets d’avoir fait ce choix pour mon PVT. Vivre au Manitoba m’a permis d’obtenir la RP facilement, de changer de carrière  sans encombre et d’obtenir d’autres opportunités, comme  décrocher un job de blogueuse pour Tourisme Riel, l’Office du Tourisme du quartier francophone. J’ai encore plein d’idées et d’ambitions pour la suite.

J’ai fait du bénévolat au festival de théâtre du Fringe pour la première fois, j’ai reçu mes premières prestations contre échange d’article (le tour des Murales du quartier du West End, où vous pourrez apprendre par exemple que James Bond était de Winnipeg !), j’ai pris un abonnement annuel au théâtre, je suis allée deux fois à la Winnipeg Art Gallery, j’ai traîné dans le quartier de la Bourse (the Exchange), j’ai passé une excellente journée au Festival du Voyageur, j’ai profité des journées du patrimoine locales.

Par contre, en cette troisième année, j’ai fêté mes 30 ans bien entourée mais j’ai encore dû dire au revoir à beaucoup de monde, parce que personne ne reste à Winnipeg. Après 3 ans, je me sens déjà comme une survivor. Et comme c’est une ville où il est difficile de se faire des amis, avoir une vie sociale commence à devenir un défi, avec ou sans confinement.

Et ailleurs ?

Pour cette troisième année à Winnipeg, le bilan voyage est un peu moindre que les années précédentes. On est beaucoup moins partis, mais motivés par les 150 ans du Manitoba, l’acquisition d’un drone et l’envie d’aider le tourisme local, quand la crise sera finie, on devrait retourner sur les routes.

Entre avril 2019 et mars 2020, je suis allée deux semaines dans les Maritimes et un jour et demi à Montréal pour le travail. Pas de voyages à l’extérieur du Canada autrement. Et au Manitoba, on a :

Je ne promets pas de bilan à quatre ans, sauf en cas d’aventures extraordinaires ! Mais en attendant, je vais continuer à explorer le Manitoba et vous en parler ici tout en parlant de francophonie chez Tourisme Riel aussi ! Est-ce que je resigne pour trois ans de plus à Winnipeg ? L’avenir nous le dira !

J’en profite donc pour annoncer que je lance une newsletter mensuelle, qui remplacera les courriels après chaque article et qui sera envoyée autour du 15 chaque mois.

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À bientôt !

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3 commentaires

  • En vrai personne ne reste très longtemps au Canada tout court… certes encore moins dans les Prairies mais même à TO c’était la valse… je connais des gens qui sont là bas depuis plus de 10 ans par contre mais bon comme dhab c’est pas très courant.

    6 ans a Calgary, tu te rends compte ? 2 maisons et quasi 2 enfants plus tard. Ça ne me rajeunit pas… toi tu es encore super jeune du haut de tes 30 ans hahaha ! Bon anniversaire ! Et puis viens me voir à YYC si tu veux. C’est pas très loin 🙂

  • J’ai oublié de te souhaiter un bon cananniversaire !!!!
    C’est bien tout ça parce que c’est plein de positif !!!
    BRAVOOOOO !