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Souvenirs de York, Angleterre

Je copie Jasmin mais après tout j’ai de nouveaux lecteurs (merci) et l’envie de me replonger dans mes souvenirs. La vie canadienne est un peu entre parenthèses et avant d’atterrir ici, il a fallu commencer quelque part. En Angleterre.

En janvier 2009, je me prépare à m’inscrire en master de littérature française et ma vie se trace devant moi : mémoires, agrégation, prof de lettres. Malgré d’énormes conflits familiaux les choses étaient stables : j’avais mon petit ami, un grand cercle autour de moi, toute la culture et les beautés de Paris… Jusqu’à ce que la grève contre la mastérisation des concours commence. J’ai très vite souhaité quitter la Sorbonne, cet univers étouffant et ne jamais entrer dans l’Éducation Nationale. Un email est arrivé par hasard dans ma boîte : il reste des places pour l’assistanat au Royaume-Uni, si vous êtes en L3 veuillez contacter Mme Machin.

Je me rappelle encore mon étonnement mêlé de cette certitude qui ne m’a plus quittée : il fallait que je le fasse. Sans y avoir jamais pensé avant, c’était simplement évident. Partir. Vivre en Angleterre. J’ai pris le téléphone et appelé ma mère ainsi que le petit ami en question. Je ne me souviens plus de la teneur des conversations mais quelques minutes après je commençais le dossier.

Très vite j’ai été acceptée et début juillet, au milieu du Marais, l’indicatif attendu s’est affiché. +44. Pour la première fois j’ai entendu la voix de Carolyn, qui allait m’accompagner chaque jour du reste de l’année, qui allait m’apprendre à enseigner, me guider, m’écouter, me gâter.

Je suis donc partie à York, North Yorkshire, à deux heures en train de Londres et d’Edimbourg. C’était comme d’habitude un choix un peu au hasard. J’y ai débarqué fin septembre 2009 avec deux valises.

York pictures

Par où commencer ? Ca a été l’année de l’indépendance, loin de mes parents, à gérer les courses, les factures et le ménage pour la première fois, et en version originale. Passer des heures en ligne avec British Telecom. Les bagarres avec mes colocataires, parce que ma chambre était le placard à balai d’Harry Potter. J’allais travailler dans trois écoles primaires avec du baume au coeur, connaissant par coeur chacun des trois cents prénoms. J’avais déjà un peu enseigné, mais j’ai confirmé que j’adorais ça. Avec ou sans gueule de bois. Leur tendresse était contagieuse.

Nous étions une quinzaine d’assistants, de toutes nationalités, à sortir tous les soirs, à vivre à l’anglaise ou presque – j’étais encore très française à l’époque, je ne mettais pas de talons et ne connaissais pas les vertus du fast-food post-cuite… Ca jonglait, virevoltait, ça couchait, se trompait, se moquait, ça vivait. Notre hymne c’était Don’t stop me now (cause we’re having such a good time).

Il y avait toujours des billets de train sur mon bureau : Edimbourg, Glasgow, Liverpool, Manchester, Leeds, Londres, Whitby, le Yorkshire et ses recoins. Découvrir ce pays où très vite je me suis sentie at home.

Rentrer a été une déchirure. Quelque part entre deux cocktails, deux leçons et deux fish and chips, il reste une partie de mon coeur. L’adulte que je suis aujourd’hui et qui fait ses choix de vie est née au pied de la cathédrale, en rentrant d’une soirée trop arrosée au petit matin, peut-être celle ci-dessous où vous pouvez voir ma tête au milieu. C’était il y a quatre ans. C’était génial.

York pictures

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7 commentaires

  • Salut Kenza ! C’est fou, je suis ton blog depuis 2 ans mais je viens juste de tomber sur cet article en suivant le lien depuis le dernier RDV #HistoiresExpatriées… Et là, le choc, parce que c’est presque mot pour mot ce qui m’est arrivé : le parcours tout tracé, la vague envie de parcourir et le mail surprise de la secrétaire qui rappelle que ce sont les derniers jours pour faire une demande d’assistanat, amenant la décision brutale de tout quitter pour aller s’installer en Angleterre !
    Bon, en l’occurrence, ça ne fait que 2 ans et j’y suis restée, en Angleterre. Derby d’abord (le coin paumé mais où on était 7 assistantes à se serrer les coudes) et puis York maintenant. Mais c’est incroyable de voir à quelle point certaines circonstances peuvent être similaires pour mener à la vie d’expat ! Bon courage à Winnipeg en tout cas, ça n’a pas l’air évident tous les jours même si tu as quand même l’air de beaucoup t’y plaire 🙂

  • J'aurais tellement mais tellement aimé avoir des primaires pour mon année d'assistanat, le mien n'est pas un mauvais souvenir, mais pas aussi enrichissant que ce que je souhaitais alors j'ai un petit pincement au coeur en lisant cette brève revue de ce qui semble avoir été une super année d'assistanat. A-men !

  • Tu ne m'as pas copiée, mon article t'a inspirée voilà tout! Je trouve ça toujours chouette de lire les expériences de personnes ayant vécu à l'étranger. A chacun son histoire, n'est ce pas? 🙂

  • ça me rend toute mélancolique cet article… C'est drôle parce que moi aussi, je repense souvent à cette annnée là en ce moment avec un peu de nostalgie… Même si mon point de départ, ce fut plutôt Cork.J'ai été très heureuse en tout cas d'avoir été un peu dans ton année de York et que nos chemins font plus que se croiser à nouveau 🙂

  • C'est drôle j'avais l'idée de faire le même genre d'article ces temps-ci ! Je crois que l'assistanat, ou Erasmus, ou les deux, ça change une vie 🙂