Expatriation

Les relations amoureuses et l’expatriation

J’avais déjà parlé de ce sujet des relations amoureuses et de l’expatriation il y a cinq ans sur mon blog et relire l’article est très révélateur.


Pour moi, expatriation = célibat. Je suis toujours partie – et revenue – seule. Pour moi, l’expatriation, c’était une expérience farouchement autonome et indépendante, que je n’aurais pu partager avec personne.

Enfin presque. À vrai dire, la première année (York, 2009-2010), j’étais dans une relation à distance. On arrivait à se voir environ une fois par mois, pour un week-end ou plus longtemps, soit à Paris, soit à Londres, soit à York. Les voyages étaient faciles à organiser avec les réductions dans les transports et les horaires allégés d’étudiant / assistant.

C’est parce qu’il m’a quitté au printemps 2011 que je suis repartie à la rentrée suivante et ne suis jamais vraiment rentrée en France. Avec cette attache, ma vie aurait été différente. On serait sûrement partis ensemble, mais il aurait fallu se coordonner et s’attendre, parce qu’on était pas au même niveau d’études. Seule, j’étais libre de mes choix et de mes destinations.

Être seule m’a permis de partir sans me poser aucune question.

Le couple comme norme

Ma toute première année à Jersey, je n’avais pas besoin de quiconque. Tout était nouveau, j’avais un master à distance à gérer en plus de mon travail dans les écoles et à l’Alliance Française. J’avais aussi un grand cercle d’amis, une super colocataire, je ne ressentais pas du tout le besoin de me mettre en couple. Satisfaite de mon expérience, j’ai signé pour une deuxième année sur l’île.

Mais au fur et à mesure que les mois passaient, mes copines se casaient petit à petit. Mon cercle social s’est tari et je n’avais plus personne avec qui sortir, priorité était donné au couple. Alors, j’ai essayé, pour me sentir moins seule, moins troisième roue du carrosse, mais ça n’a pas marché. J’avais déjà eu l’acceptation de mon départ au Canada et rien n’était voué à marcher, mon départ était plus important à mes yeux qu’une éventuelle relation.

Et finalement la clé des prochaines années étaient là : primeur au départ.


6 ans de célibat

Cela a donc engendré une grande période de 6 ans de célibat. Je ne voulais aucune attache amoureuse. Et je n’en ai eu aucune, juste un ou deux crushs par ici par là. Être Française permettait d’avoir un charisme irrésistible aux yeux des autres, surtout dans les petites villes. À Melbourne ou à Budapest, il n’y avait aucun facteur exotique.

Entre deux valises et deux billets d’avion, j’étais toujours temporaire. Et surtout : arriver dans un nouvel endroit, s’adapter à son nouvel environnement, découvrir un nouveau système scolaire, apprendre une nouvelle langue (le hongrois) ou les variantes d’une qu’on maîtrise déjà (l’anglais), se faire de nouveaux amis, voyager dans son nouveau pays, tout cela prenait déjà toute mon énergie. Je ne voulais pas consacrer du temps au couple.

Et le changement

Et tout a changé quand je suis revenue au Canada. Parce que mon état d’esprit avait changé. J’étais venue pour rester au Canada. Donc deux mois après mon arrivée, je me mettais en couple. Je le suis encore aujourd’hui deux ans et demi plus tard et mon expérience globale canadienne n’aurait pas été la même sans lui.

Je pense (mais dites-moi si j’ai tort !) que c’est beaucoup plus simple d’être en couple avec une personne de la même culture, de la même nationalité que soi. Pas de couple binational pour moi, on est tous les deux Français de France. Il y a un côté rassurant, on passe ou est passés par les mêmes étapes, les mêmes découvertes. On a les mêmes références culturelles. On parle la même langue. C’est facile.

Esker Grove Walker Minneapolis

Le restaurant du musée d’art moderne de Minneapolis

Les relations amoureuses au Canada

Je n’ai donc pas testé le dating au Canada mais ça a l’air d’être toute une aventure ! Si j’ai bien compris, cela a l’air de ressembler aux les films américains.

On peut fréquenter plusieurs personnes à la fois sans notion d’exclusivité, en les classant dans l’ordre de préférence, first, second, third… etc. Et jongler entre plusieurs relations à la fois pendant un certain temps. C’est au moment où on a « the talk » que les partenaires deviennent exclusifs l’un envers l’autre. Bien sûr, tout le monde ne fonctionne pas comme ça et il y a des relations exclusives dès le début mais c’est quelque chose d’assez courant pour être souligné !

Le PACS n’existe pas au Canada mais il y a le statut de conjoint de fait. Après douze mois de cohabitation, les deux partenaires deviennent conjoints de fait et sont considérés exactement comme un couple marié du point de vue légal, financier, fiscal etc, en tous cas aux yeux du gouvernent fédéral. C’est automatique et obligatoire de se déclarer comme conjoint de fait dès qu’on répond au critère.

L’âge moyen du mariage semble être autour de 30 ans mais j’ai rencontré énormément de jeunes mariés entre 20 et 25 ans, notamment dans les petites communautés où l’influence de la religion est forte. Autrement au Canada, le mariage homosexuel est légal depuis 2005.

Et ce sera tout pour cette édition de novembre 2019 des #HistoiresExpatriées! C’est un rendez-vous mensuel créé par l’Occhio de Lucie et le thème change chaque mois. C’est Hilorico qui a choisi de nous faire parler des relations amoureuses en expatriation.

Et dans les autres pays, qu’est-ce que ça donne le rapport entre les relations amoureuses et l’expatriation ?

Un commentaire ?

11 commentaires

  • Salut, Je suis expat en Oz depuis 2003, je vis ~2h a l’ouest de Brisbane.
    Je ne peux m’empecher de te laisser un petit d’approbation lorsque je te lis :
    « Je pense (mais dites-moi si j’ai tort !) que c’est beaucoup plus simple d’être en couple avec une personne de la même culture, de la même nationalité que soi. Pas de couple binational pour moi, on est tous les deux Français de France. Il y a un côté rassurant, on passe ou est passés par les mêmes étapes, les mêmes découvertes. On a les mêmes références culturelles. On parle la même langue. C’est facile. »
    C’est « spot on », c’est EXACTEMENT ca.
    C’est valable non pas uniquement pour le conjoint, mais aussi pour les amis.
    Les gens (y compris d’autres expats) qui n’ont jamais vraiment vecu l’isolement culturel (je parle de ceux qui se regrouppent entre francais) ne peuvent pas comprendre.
    Amicalement
    M

    • Merci pour ton message Mathieu ! Il y a les deux écoles et les deux points de vue… On pourrait débattre longtemps de l’intégration dans un pays, de l’isolement culturel comme tu dis et des solutions. Cette facilité de rester en français / européens, dans le cercle relationnel quelqu’il soit, est moqué par de nombreux expats. Mais chacun voit midi à sa porte.. bonne continuation à toi, cheers mate!

  • je me retrouve totalement dans ton article parce que je vis quelque chose de similaire. Pour l’instant je suis dans la case célibat et ça me convient, comme tu dis ça offre beaucoup d’indépendance. Merci pour ton retour, c’était très intéressant!

  • Je confirme que ne pas avoir les mêmes références peut parfois mener à un peu d’incompréhension ; encore hier j’ai du expliquer pourquoi quelque chose me semblait amusant à mon copain. Au delà de ne pas avoir la même culture, j’ai aussi une expérience différente du Japon en tant qu’étrangère. Mais je trouve que c’est aussi intéressant d’analyser sa propre culture et ses constructions à travers l’autre.
    Donc surement qu’il y a des facilités à construire une relation avec quelqu’un de la même culture/nationalité (ou d’une culture proche de la sienne) ; et même le fait qu’on ait tous les deux habité aux USA, nos expériences sont très différentes donc ça ne nous aide pas non plus. Bref, on apprend beaucoup l’un de l’autre mais cela requiert des efforts, et beaucoup de communication.
    Je te rejoins totalement sur le fait de mener ses projets sans trop d’attaches ; je n’ai eu des crushs que dans des situations où je pouvais me projeter à moyen terme au moins ^^

    • C’est marrant, moi, c’est l’inverse qui m’est arrivé : c’est 3 mois avant de partir vers de nouveaux horizons que j’ai (involontairement) agrandi mon cercle et, après quelques semaines d’hésitations, ait laissé entrer le mec qui m’a tapé dans l’œil.
      Plus de 2 ans de relation à distance (et multi-culturelle) plus tard, je me dis juste que j’ai eu de la chance de croiser sa route au « bon moment » car bizarrement je n’ai jamais voulu rencontrer quiconque, et à n’importe quel moment de mon expatriation.

  • Un article super intéressant 🙂 Et c’est génial que tu as fait ce dont tu avais besoin au moment propice. Tu as bien raison, le mieux c’est de s’écouter dans la vie

  • C’est peut être une tendance des jeunes, mais au Québec dans la moyenne ville ou je suis, j’entends beaucoup parler de relation libre…
    Le flirt est aussi beaucoup plus long. Je n’ai vu personne qui voyais plusieurs personnes en même temps, mais avant de dire qu’on est en couple, j’ai l’impression que ca peut prendre du temps. Avant ça, c’est juste une fréquentation. La nuance est fine, mais je trouve qu’elle est la.
    A l’inverse, comme toi, parmi les personnes qui viennent plus de la campagne (ou pourrais même dire brousse), j’ai aussi observé des gens qui parle de réussite à travers le mariage, la maison et les enfants. Comme si c’était l’objectif ultime de la vie qu’il fallait atteindre, mais surtout montrer aux autres.
    Pour ce qui est des difficultés des couples franco canadien, je pense que c’est surtout une question de code. J’étais déjà en couple avant d’arriver, mais ce que j’ai perçu des relations homme-femme est assez bien expliqué dans cet article (https://quebec.huffingtonpost.ca/pierre-chaigneau/peu-de-couples-franco-quebecois_b_2727311.html). En gros ça parle surtout du fait que l’homme « idéal » n’est pas le même, tout comme les comportements pour exprimer qu’on apprécie quelqu’un ou les place de chacun dans le couple… Tu as probablement une perception différentes en tant que femme. Et concernant le côté exotique, ici au Québec, c’est un peu tout ou rien… Je trouve que les gens ont tendance à « complexer » par rapport à la France. Du coup, c’est régulier d’être victime de « racisme » ou au contraire d’être un peu mis sur un pied d’estale.
    Voila. Plein de petite perception et réaction à ton article, mais dans un précédent tu disais que tu voulais plus d’interaction 😉
    Bonne journée !!

  • Dans un send oui le biculturalisme c’est compliqué pour la compréhension parfois mais en même temps je trouve que cela rend plus patient dans la relation!

  • Je te confirme que ça doit être super plus simple d’être en couple avec quelqu’un de la même culture (pas forcément la même nationalité) que toi. Ça fait longtemps que je suis avec Feng (15 ans de mariage, on se connaît depuis plus longtemps que ça…), donc mes expériences avec des Français datent un peu, mais c’est sûr que mélanger trois cultures à la maison (française, chinois, canadienne) est parfois un exercice périlleux. Et faut pas que ça soit tabou de le dire! Évidemment, c’est aussi super, on sort de sa comfort zone et au final, on apprend à devenir tolérant, ouvert, à casser les dogmes de sa propre culture. Mais faut pas oublier les grands moments d’incompréhension, de solitude, la difficulté au début de s’exprimer dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle, le bagage familial, etc.

    Je ne changerais pas mon couple. Je me tape parfois la tête contre les murs. Les deux dans la même journée, des fois 😆

  • J’ai été en couple avec un Français et depuis dix ans, je suis en couple avec un Allemand (on a même trois enfants ensemble) et en effet, ça serait parfois plus simple d’être en couple avec un Français. Même si nous parlons couramment la langue de l’autre, il y a parfois des incompréhensions, des moments où je trouve qu’il exagère (ou il trouve que j’exagère), etc. En en discutant ensuite à tête reposée, on se rend compte que ce sont en fait plus des différences culturelles que de personnalité. Ces différences se remarquent encore plus quand on a des enfants et qu’on commence à débattre de l’éducation que l’on souhaite leur donner, de l’équilibre entre les deux langues, les deux cultures, etc.
    Dans notre cas se rajoutent en plus nos différences d’origine. Il est né et a quasi toujours vécu à Hambourg (où nous habitons), je suis née et ai grandi dans un petit village nivernais avant de partir faire mes études dans différentes villes, il vient d’un milieu bourgeois, je viens d’un milieu ouvrier, etc.
    Mais en échangeant beaucoup, on réussit à comprendre les différences… même si elles nous exaspèrent.

  • Ton article est très intéressant !
    J’ai eu le même ressenti au début de mes expatriations… En partant tous les 6 mois/1 an, je n’avais pas envie de me caser, je n’étais pas dans ce but de me poser, et toujours partir c’était aussi des pleurs et des peines probables… Et dès que je me suis posée ça a changé. Mais je suis contente d’avoir pris ce temps « pour moi » et mieux me connaître!
    🙂