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Le mois de mars 2020

Article mis à jour le

Quel mois de mars !

Je n’ai pas su réagir au début de tout ça. Poster ? Pas poster ? Garder une once de futilité pour la bonne humeur ou bien garder un silence gêné ? J’ai choisi la seconde option. Mais je crois que je suis en train de prendre mes marques doucement, parce que je commence à réaliser qu’on sera coincés un moment et parce que plus tard, je voudrais sûrement relire tout ceci.

Le mois de mars avait commencé normalement.

La Winnipeg Art Gallery ouvre ses portes gratuitement chaque second dimanche du mois (et j’ai littéralement hésité un instant à mettre la phrase au passé). En mars, c’était entre deux expositions et la collection permanente n’est pas très fournie mais cela permet d’admirer des sculptures inuits tout en se moquant de l’art contemporain.

WAG Winnipeg

Au théâtre, j’étais allée voir Women of the Fur Trade, une pièce très Fringe qui met en scène trois femmes, une femme de soldat anglais, une métisse amoureuse de Louis Riel et une autochtone, enfermées dans un fort. C’est le genre de pièces où il n’y a pas besoin de beaucoup d’accessoires ni de jeux de lumières, et où les références à Keanu Reeves alternent avec des citations historiques. C’était… bizarre !

Women in Fur Trade play

Et puis les nouvelles ont commencé à arriver, des différents coins du globe.

Début mars, je m’étais enfin décidée après des semaines d’hésitation : je comptais aller à Paris autour de Pâques, parce que je vais fêter mes trois ans à Winnipeg la semaine prochaine et je ne suis pas rentrée en France une seule fois depuis mon retour au Canada. J’ai eu une énorme baisse de moral cet hiver et un retour aux sources me semblait une jolie façon de repartir. J’avais fait valider mes congés, trouvé des billets d’avion à 800$ aller-retour, tout était prêt, je n’avais plus qu’à cliquer sur acheter.

Mais à mon travail, où les déplacements sont fréquents parce que les clients sont internationaux, des avertissements sur les voyages commencent à circuler et les annulations sont lancées. Le 6 mars, je décide ne pas aller à Paris et de rester tranquillement à Winnipeg.

La vie suit son cours et moi les actualités et je regarde même le Journal de France 2 pour la première fois en trois ans. Le 12 mars, le premier cas est déclaré au Manitoba. Et à partir de là, tout s’accélère. Dès le vendredi 13, tout est annulé : concerts, spectacles, pièces de théâtre, événements sportifs, les bibliothèques et les infrastructures municipales ferment leurs portes.

Il n’y avait encore aucune consigne officielle mais ce week-end était tellement calme que les restaurateurs commencent à licencier dès le lundi 16, par manque d’activité. Pour moi, le télétravail est optionnel le lundi 16 mais devient obligatoire dès le mardi 17. Mon chef vient m’apporter clavier, moniteurs, souris à domicile.

Le Manitoba n’a encore rien interdit formellement, sinon les rassemblements de plus de dix personnes, la fermeture des commerces non-essentiels à partir du 1er avril et la fermeture des écoles à durée indéterminée. Je suis contente de vivre au Canada pour ça, les gens sont respectueux et conscients, le confinement s’est imposé de lui-même plutôt que devoir l’être par le gouvernement.

J’ai entamé ma troisième semaine de télétravail et je suis sortie exactement six fois en trois semaines : deux fois pour des rendez-vous médicaux, deux fois pour aller chercher à manger, deux fois pour des promenades.

Assiniboine Forest

Et on attend. Mes plans sont tombés à l’eau, mais tant pis, j’en ferai d’autres quand la situation s’améliorera. En ces temps troubles, je suis quand même grateful. Grateful de ne pas être malade et que mes proches aillent bien. D’avoir gardé mon emploi. De ne pas être seule mais bien accompagnée. D’avoir reçu ma RP – l’an dernier à la même époque mon PVT allait expirer, je n’avais pas d’assurance maladie canadienne et j’étais en stress absolu. Je serais d’ailleurs sûrement rentrée en France si le virus s’était déclaré l’an dernier.

Je vais bien. Je réfléchis doucement à l’après, et je suis aussi contente d’avoir mis le doigt sur un souci de santé. Ma baisse de moral de cet hiver, outre le temps tout gris et l’absence totale de ciel bleu inhabituel pour les Prairies, c’est parce que j’ai une carence en vitamine B12. Fatigue chronique, difficultés de concentration, sautes d’humeur, manque d’endurance, j’avais une pléthore de symptômes qui auraient pu renvoyer à beaucoup de choses. Je vous raconte ça parce que j’ai l’impression que c’est une carence méconnue en dehors des sphères végétariennes (la B12 se trouve dans les produits d’origine animale) et je ne le soupçonnais pas avant diagnostic.

Et c’est tout pour l’instant. J’espère que vous allez bien !

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9 commentaires

    • La D normalement on en a pas mal (l’avantage d’avoir plus de 300 jours de soleil par an malgré le froid) ! Porte-toi bien Carrie, je pense à toi en attendant impatiemment ton article chaque vendredi 🙂

  • Période particulière… tant que l’on reste en bonne santé (et qu’on garde son job), ça devrait aller, pour le court-terme au-moins…
    J’ai aussi dû faire des analyses comme toi (mes seules sorties d’ailleurs), du fait de symptômes inhabituels… et j’ai donc une bonne carence en fer (je ne mange pas de viande). Ce qui explique aussi mes coups de fatigue de ces derniers temps.

    Sympa les photos de l’expo.
    Prenez soin de vous !

    • C’est exactement ça : santé + job et on verra après, et même si le job ne suit plus, tant pis, la santé d’abord !
      Bons compléments alimentaires 🙂
      Et prends soin de toi aussi !

  • Contente que tu ailles bien! On s’en souviendra, de ce foutu vendredi 13 où tout a basculé…

    Je suis les nouvelles dans tout le Canada et le Manitoba a l’air relativement okay pour le moment. Pourvu que ça dure! Je suis aussi heureuse qu’on se soit pas confinés à la maison aussi strictement qu’en France, tant qu’on respecte le physical distancing, ce qui est plus facile à faire ici qu’en Europe.

    Stay healthy!

    • You too! Oui, c’est assez fou de voir que les gens finalement se sont confinés d’eux-mêmes, ce qui évite les mesures drastiques, au moins pour l’instant. On est un peu en statut quo ici…