Et si ? Ces directions que ma vie aurait pu prendre.

Attention, cet article est hyper personnel !

Un évènement a récemment endeuillé le lycée dans lequel je travaille et m’a fait réfléchir à tout un tas de trucs. Les derniers mots tout sauf prémonitoires que j’avais pu échanger avec certaines personnes maintenant parties ont résonné à mes oreilles de longues heures. Et dans le bercement des transports ou de mes pas, j’ai repensé à mes et si


Ce n’est pas de la nostalgie, je pense toujours que tout arrive pour une raison. Mais aujourd’hui, on va faire la liste de ces tournants, de ces virages pas pris, des choix, des refus, des conséquences.

Statues Degas

Statues de Degas, venant d’une expo à la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague


Remontons en 2006. J’ai 16 ans, je suis en terminale littéraire et je veux absolument aller en hypokhâgne. J’ai à peu près 16,5 de moyenne dans un des meilleurs lycées parisiens, je passe ma vie entre livres et expos, je suis la première de toute ma famille à pouvoir avoir l’opportunité de faire des études supérieures, donc ce sera prépa, c’est sûr.

Et non. Je n’ai pas été acceptée. J’ai donc échoué sur les bancs de la fac, en lettres modernes à Paris IV – celle qu’on appelle plutôt la Sorbonne. Et en fin de compte, j’y aurai passé huit ans et obtenu trois beaux diplômes dorés.

Deux ans plus tard, à l’hiver 2008, je remplis des listes assise dans la cuisine. J’ai décidé de commencer un second diplôme et je pèse le pour et le contre de chaque choix qui s’offre à moi : licence d’italien ou licence d’anglais ? J’ai choisi la seconde, ce qui a ouvert toutes les portes, créé des amitiés qui durent toujours, occasionné une relation amoureuse qui a duré presque trois ans.

Après s’est posée la question de la suite, des concours, du CAPES, du master, de l’agrégation même. Et puis il y a eu la grève de l’université en 2009. Cinq long mois sans pouvoir aller en cours, les portes des amphis restaient fermées, gardées par des rangées de CRS. C’était politique, c’était frustrant, c’était une période étrange où nous les étudiants étions au chômage technique.

C’est cette grève qui m’a décidé à quitter la France. C’est comme ça que je me suis retrouvée expatriée en Angleterre dans une salle de classe pour la première fois. Grâce à cette grève, je n’ai pas passé le concours, aucun concours, et je ne suis pas entrée à vie dans l’Éducation Nationale (je sais aujourd’hui qu’un CDD de quatre mois suffit amplement).

Je voulais rester en Angleterre, je ne voulais pas rentrer en France, déjà. Mais j’avais des amis, un petit copain, une licence d’anglais pas finie. Donc j’ai fait deux valises et j’ai repris l’Eurostar dans l’autre sens en juin 2010 en comptant les jours jusqu’à mon retour. Et si je n’étais jamais partie ? J’aurais un PGCE sûrement, je serais prof quelque part dans le Yorkshire, j’aurais un sublime accent British qui ne se serait jamais teinté de ces inflexions canadianno-australiennes, parce que je n’y aurais jamais vécu…

Et le même dilemme, partir ou rester, s’est posé à la fin de l’année scolaire 2011. M’en aller, faire mon master par correspondance, ou bien subir l’ennui des cours qui ne me ressemblaient plus et d’une vie bien rangée dont je ne voulais pas recoller les morceaux ? Partir, bien sûr, toujours partir. J’ai atterri à Jersey pour une énième rentrée et un second renouveau.

Et si j’étais restée à Jersey ? Certaines de mes amies d’il y a plus de 5 ans y sont toujours, car elles ont trouvé l’amour. Les autres, elles l’ont perdu et leur goût pour ce rocher battu par les vents aussi, ou bien elles ont emmené leur compagnon sous le bras vers d’autres destinations. On m’a proposé un poste dans une super école, on m’a dit des mots d’avenir main dans la main. Mais non.

Je voulais voyager.

Alors, je suis repartie, encore.

Statues Degas


Je me suis retrouvée au Canada. Et si je n’en étais jamais partie ?

Mais il l’a fallu et il y avait quatre destinations sur la table. L’Australie. Hong Kong. La Malaisie. Istanbul. Quatre fenêtres Skype ouvertes, leur lot de grands mots prononcés, pédagogie et didactique et apprenant et blablabla. Je n’avais aucune préférence, chaque destination avait ses avantages et ses inconvénients. Pour de bonnes ou moins bonnes raisons, j’ai reçu trois refus et un oui. Alors j’ai pris la direction de Melbourne.

Et six mois plus tard, je n’avais qu’une envie : quitter l’Australie. J’étais sous contrat jusqu’à la fin décembre et j’ai cherché une porte de sortie. Et il y en a eu une… à Winnipeg. J’ai pris ma plus belle plume virtuelle et j’ai envoyé une longue lettre de motivation qui expliquait à quel point je serai parfaite pour le poste. Je n’ai jamais reçu aucune réponse, pas un accusé, par une proposition d’entretien. J’étais dégoûtée. Mais l’exacte même démarche refaite deux ans après, avec un interlocuteur différent a cette fois marché.

Donc j’ai envoyé un Asie, dans toute l’Asie, de Singapour à la Chine en passant par deux ou trois autres pays. Et si j’y étais allée ? Mais non, j’ai eu peur, du choc culturel, de la barrière linguistique, de la pollution, de prendre une décision précipitée. J’ai tout annulé. Et cette seconde moitié en Australie a transformé l’expérience globale.

Et si cette année, au lieu d’attendre à Paris mon départ au Canada, j’étais allée au soleil en Espagne ? Aurais-je été frustrée comme je l’imaginais de devoir compter les jours ? Pas impliquée dans mon quotidien, dans ma vie sociale ? Mais je le suis relativement peu ici j’ai l’impression. Je lutte un peu comme on dirait en anglais.

Beaucoup de et si ? mais qui finalement tournent tous autour de l’enseignement, de cette vie de prof dont je ne pourrais pas me passer. Pas mal d’anglais aussi, de vie à l’étranger et de départs toujours plus lointains. Je suis contente de ce que j’ai accompli, c’était de toutes façons complètement inattendu dès le départ. Et on va parler Canada dans le prochain article, à la symbolique des trente jours, pour évoquer d’autres et si…

 

25 Commentaires

  1. 7 mars 2017 / 16h11

    Toujours un bonheur à lire, tes billets d’humeur 🙂 On écrirait tous des romans avec nos « et si » … J’ai décidé de répondre à quelques « et si » prochainement. »Et si on rentrait en Guadeloupe, est-ce que je regretterais Paris? », « Et si je la faisais, mon école de journalisme, est-ce que je vivrais mon job de prof plus sereinement? Et si je le quittais enfin? »… Hâte de suivre tes aventures canadiennes 😉

    • 7 mars 2017 / 16h37

      Oui, j’ai vu passer tous tes questionnement sur ton blog ou sur IG 🙂 et effectivement je ne peux que t’encourager à sauter le pas ! Je n’aurai pas vécu l’Education Nationale de l’intérieur longtemps, juste quelque mois, mais ce fil est tellement, tellement ténu…

  2. 7 mars 2017 / 16h28

    C’est super d’avoir un métier qui t’amène à bouger d’un pays à l’autre 🙂 Peut-être trouveras-tu celui qui te convient pour y rester un peu plus longtemps ? Et si c’était le Canada… ? Il y a 5 ans, j’avais aussi un PVT pour le Canada puis j’ai finalement laissé mon ex partir seul là-bas. Il m’aura fallu personnellement quelques années de plus pour avoir le courage de vivre à l’étranger. Sinon, quant à mon ex, il n’est plus jamais rentré en France et a choisi de faire sa vie au Canada. C’est chouette, je trouve.

  3. 7 mars 2017 / 17h03

    C’est super joli ce que tu dis et c’est d’autant plus beau que tes « et si » dévoilés dans ce billet sont pour beaucoup des « si » qui le sont restés car tu as fais ces choix de vie, le choix de construire ta vie à ton image. Un beau parcours en tout cas, qui à forcément eu ses hauts et ses bas comme pour tous le monde, mais qui reste, je trouve, impressionnant. Le Canada sera une nouvelle étape que j’ai hâte de suivre!

  4. 7 mars 2017 / 18h19

    J’adore penser à ces « et si », moi aussi. Et je te comprends beaucoup. Un vrai plaisir à lire, alors bon vent vers ton prochain peut être !

  5. 7 mars 2017 / 18h21

    J’ai eu la même réflexion que toi il y a quelques temps sur mon blog … pour ma part, basée sur mon enfance en grande partie empreinte de déménagements que je n’ai pas choisis car « imposés » par la vie de mes parents … mais au final, j’en viens à la conclusion que malgré tous les « et si » qui peuvent me traverser la tête, c’est ma vie là qui me plait, avec toutes les étapes passées comme elles se sont passées …

  6. Stephanie Bedou
    7 mars 2017 / 19h39

    Bonjour Kenza,

    Je suis comme toi pas mal de destinations au compteur et beaucoup trop de et si? EN ce moment je vis avec difficulté de passer d’une situation très bien (Canada toi même tu sais 😉 ) à une situation bof et tout le temps j’entends et si et si et si et si ça me rend folle!!!
    En plus je trouve que ça crée la difficulté de passer à autre chose car ça amène de nouveaux et si (cette fois hypothèses au future) …
    Et si ça va pas? Et si j’avais su ? Et si j’avais pu? Et si j’avais réfléchi? Et si on me dit non? ET si j’y arrive pas? …..

    C’est un peu un disque rayé.
    Je trouve que c’est une question intéressante que tu soulèves avec cet article, c’est une des difficultés de la vie d’expat (et surtout jeune expat quand on crapahute à droite à gauche tous les 9 mois), une conséquence psychologique je pense. A trop bouger il y a la pression que tout soit parfait pour nous, il y a un peu le rejet de l’échec et on a un peu trop en tête l’idée que l’herbe est plus verte ailleurs…

    Bref très bon article Kenza j’espère que tes et si se transformeront en « j’ai bien fait de »….

    Bises
    Steph

    • 7 mars 2017 / 21h00

      AH ! Mais ça y est, je te place du groupe FB des assistants ! Tu es où cette année ? Tu veux pas participer à ma rubrique d’entretiens de profs ? 🙂
      Je suis complètement d’accord avec ce que tu dis, j’en ai déjà pas mal parlé, mais j’espère que l’herbe sera verte comme il faut, et blanche l’autre moitié de l’année !

      • Stephanie Bedou
        8 mars 2017 / 14h47

        Salut! Oui c’est moi ! 😀
        Je veux bien y participer, pour l’instant j’ai surtout fait lectorats/assistanats donc pas vraiment prof-prof si ça t’intéresse toujours 🙂
        Là je suis assistante en Angleterre dans une école privée 🙂

  7. 7 mars 2017 / 19h41

    Tu as vraiment un beau parcours en tout cas ! Ce n’est jamais facile de prendre des décisions mais du peu de vécu que j’ai, je n’ai pour l’instant regretté aucune de mes décisions car chaque choix m’a fait grandir, le plus dur je trouve c’est finalement ces périodes de transitions, d’inactions où on attends pour passer d’un point A à un point B comme toi à Paris en ce moment en attendant le Canada !

  8. 7 mars 2017 / 22h17

    Ce billet est touchant. Tes choix t’ont permis de devenir la personne que tu es, de te construire… Se sont les choix faits (et non les « et si ») qui te permettent aujourd’hui de partir vivre une belle expérience au Canada… Un nouveau choix de vie, qui te mènera là où tu veux bien le suivre !

  9. 8 mars 2017 / 0h28

    Beaucoup de questionnement et de « et si » pour moi aussi en ce moment surtout après mon retour pour voir mon frère. Mais au final je crois bien que les déceptions au court de mon parcours m’ont emmené au bon endroit

  10. 8 mars 2017 / 3h11

    Il a une certaine logique dans ton parcours, des passions qui se dessinent bien. Et puis, ta as bien tracé ta route en fait!

    Je ne joue jamais au jeu des « et si ». Je ne sais pas pourquoi… j’ai du mal à avoir des regrets. En fait, je n’avais pas de parcours type en tête, donc j’ai l’impression de construire ma vie au fur et à mesure plutôt que d’essayer de suivre une voie 🙂

  11. 8 mars 2017 / 4h04

    Quelle belle expérience ! Aucun regret, tu as une chance folle d’avoir pu suivre le chemin qui te semblait le mieux pour toi 🙂 J’ai hâte de lire la suite de tes aventures !

  12. 8 mars 2017 / 6h44

    Il est vrai que notre vie aurait pu être totalement différente suivant les choix que l’on fait. Cependant, je pars du principe que tout arrive pour une bonne raison. Si tu étais restée au Canada avant, peut être que tu ne t’y serais pas plu ou tu te serais demandé « mince, j’aurais dû explorer le monde et partir faire du fle en Australie ou en Hongrie! ». 😉

  13. 8 mars 2017 / 10h57

    J’adore ce genre d’article « récap' » ! les « et si » qui virevoltent et semblent à l’instant vécu tout chambouler (ou risquer de chambouler), et puis on fait un move, on avance, on ne sait pas trop, et en fait c’est génial, ou pas. On fait un autre move… et hop. Un jour on s’arrête et on voit le chemin parcouru avec un grand sourire !

    Bravo pour ton parcours en tous cas ! 🙂
    Tu as déjà bien crapahuté et tu as l’air épanouie dans ce que tu fais et où tu le fais ! 🙂

  14. 8 mars 2017 / 11h36

    Oh la la ! Je sais que c’est une question qui ne se pose pas mais ma petite curiosité aurait bien envie de savoir quel âge as-tu car, souvent, tes réflexions résonnent en moi, des réflexions qui m’amènent à mon moi d’il y a 10 ans environ…

    Mais tu sais, Kenza, les et si… j’y pense encore.

    Des bises

    • 8 mars 2017 / 11h38

      Ah mais, je crois avoir trouvé la réponse, c’est ça, 10 ans de moins ! hahaha ! Un jour, tu arrêteras de vadrouiller, je te le dis 😛 Entretemps, profite profite profite, savoure parce que ces moments sont précieux et tu ne les vivras qu’une seule fois !

  15. 9 mars 2017 / 12h40

    Très bel article… J’ai la même philosophie de vie, je pense également que tout arrive pour une raison précise et j’ai mal à ressentir de la nostalgie (que j’associe généralement au regret).
    Avec tous ces voyages, toutes ces expériences, ça doit être assez fou de se dire que ta vie aurait pu être vraiment différente si, à un moment donné, tu t’étais arrêtée !
    Continue ces articles en tout cas, j’adore te lire et ça résonne beaucoup ici 🙂
    xx

  16. 9 mars 2017 / 18h16

    Très intéressant , j’admire ton courage de partir voyager, seule qui plus est 🙂

  17. 9 mars 2017 / 19h19

    Oh j’adore ton article ! Je suis comme toi, je pense que tout arrive pour une raison. On doit tous prendre beaucoup de choix dans la vie, certains sont plus difficiles que d’autres et je suis sûre que d’autres choix auraient pu nous faire vivre d’autres belles aventures… Mais pour moi, le principal c’est que l’on se sente bien dans le moment présent, ça rend tous nos choix très bons :).

  18. 10 mars 2017 / 11h44

    Ah, on ne refait jamais l’histoire de toute façon, donc on ne peut pas savoir ce qu’il en serait si on était restée ou partie, ou allé ailleurs ! Toutes ces expériences, bonnes ou mauvaises, font de nous les personnes que nous sommes, et sont des leçons pour la suite 🙂
    J’ai hâte de lire ton article sur le Canada !

  19. 16 mars 2017 / 0h08

    Super cet article, tu es très attachante ! Et donc tu es docteur, je pensais être la seule blogueuse du coin à me destiner à ce diplôme 🙂
    Je vais chercher dans tes articles mais je suis curieuse de savoir pourquoi tu n’as pas aimé l’Australie ?

  20. K.
    18 mars 2017 / 18h56

    Mais quel article!! Je ne peux que confirmer. Et je pense que tout les jeunes expats’ ont été confronté à tout ces « et si? ». Merci en tout cas pour ce bel article que m’amène à me rendre compte que non je ne suis pas la seule qui ne cesse constamment de me questionner et me demander « si j’ai pris la bonne décision ». Je suis moi même actuellement dans un moment de doute. J’ai mon PGCE. Je travaille en Angleterre depuis deux ans. J’y habite depuis plus de 4 ans, mais je m’ennuie dans ma vie ici et le système d’éducation anglais s’effondre… J’ai donné ma lettre de démission. Je termine fin juillet. Et je me demande bien ce que je vais faire. et si j’étais en train de faire une belle connerie?
    Merci de nous faire partager tes expériences 🙂

    K.

  21. Lisa
    17 avril 2017 / 5h14

    Jamais de et si dans ma vie car je suis comme toi, je pense que rien n’arrive par hasard. Du coup pas besoin de m’imaginer ce qu’aurait pu etre ma vie autrement 😉

    (Lisa, pas loin de 7 ans au Canada, deux provinces et un léger retour en France suite à un VIE raté aux USA. De retour au Canada depuis 2014 avec citoyenneté et bébé)

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