Downsides de vivre à l’étranger

J’ai tendance à plutôt présenter les moments carte postale de ma vie d’expatriée. Et souvent ma vie est une carte postale, faite de soirées, de moments géniaux, d’amis chers, de paysages et de voyages. Les rires et les découvertes. Parfois elle ressemble aussi une sitcom avec des rires pré-enregistrés quand il m’arrive certaines galères ou situations cocasses. Être au milieu de deux professeurs d’au moins quatre-vingt-dix ans qui discutent des meilleurs endroits où trouver des orchidées sauvages, danser la country sur Shania Twain dans ce qui était pourtant le club le plus hype de la ville. Et j’adore ces moments.

Jeudi soir on m’a demandé « what is the most amazing thing you’ve done? » et je ne savais pas trop quoi répondre. Je n’ai pas sauvé de vie, sauté en parachute, escaladé de montagnes – sinon les miennes. Donc j’ai dit « piling up single tickets going further and further and not buying the return home » (où est home est un autre débat, un autre article)

Cette semaine n’a pas été facile. C’était le verso de la carte postale que j’ai laissé d’autres écrire pour moi, pour une fois. J’ai reçu des critiques, directes ou non, essuyé des déceptions et eu presque des regrets. C’est un peu comme d’habitude, parier pile ou face.

Et puis j’ai repris mon livre, Canada, de Richard Ford, et les mots ont fait écho plus que jamais.

(Changer de ville) me donna l’impression de vivre une vie réelle, plutôt qu’une vie au point mort, la demi-vie d’un individu perdu dans le désert de la Prairie, enfin à l’abri, certes, mais perdu toujours, sans espoir que les choses rentrent jamais dans l’ordre.

J’habite dans les Prairies, là où les paysages s’étendent à perte de vue, où il fait jusque moins cinquante l’hiver, mais les couchers de soleil y sont magnifiques.

Canadian sunset Prairies

J’habite dans les Prairies, où il n’y a rien à faire, en haut d’une tour, et je souffre de la solitude et du décalage horaire.

Je n’ai jamais fait autant attention à mes amies que cette année. Mais je suis six ou sept heures derrière elles, et à des milliers de kilomètres des moments de leurs vies. Je lis leurs messages, les mots et leurs émotions plus ou moins dissimulées, et je ne peux rien faire, à part trouver un moment pour aller sur Facebook ou Skype, et boire ce thé qu’on aurait pris ensemble, devant des caméras interposées. L’inverse est valable également. La tristesse s’immisce lorsque la nuit s’allonge en Europe.

Cette vie que j’ai choisie, de voyages, de billets d’avion, c’est comme pour tester mes limites. Et malgré mes milliers de projets – dans mes insomnies, je fais une bucket liste des choses à faire avant vingt-cinq ans, avant neuf mois, je ne suis pas capable d’assurer « oui, je serai là pour ton mariage », je prie des dieux imaginaires pour que rien n’arrive à ma famille, et j’ai l’impression que c’est un peu d’humanité qui s’en va, d’être partie si loin.

4 Commentaires

  1. Steph
    13 octobre 2013 / 13h25

    awww Kenza <3Tu sais, comme tu es dans nos coeurs de toutes façon, bin en fait tu es toujours là, où que tu sois!

  2. Jessica
    13 octobre 2013 / 17h27

    Courage, courage!Même si je ne suis pas venue seule, dès fois la solitude me ronge…à un moment j'ai même craqué mais bon faut vite se remettre sur pied et ne pas trop y penser en s'occupant… Comme je n'ai pas encore de travail (aheum), je passe souvent mes journées à la bibliothèque… on y est peut-être seuls mais entourés de livres ^^ Moi, ça m'aide à chasser ces moments de tristesse…

  3. 15 octobre 2013 / 20h13

    Ma Kenza, les km c'est dur, et j'imagine le décalage horaire (je n'ai vécu que lors de mon passage éclair en Colombie mais ça ne compte pas vraiment)… Et oui, on fait ce qu'on peut pour réduire les distances, pour être là… Et je suppose que tu n'as pas mille amies qui se marient prochainement donc : j'aimerais que tu sois là, parce que tu es importante dans ma vie et dans mon idée de faire participer les proches à ce moment important, je te vois très bien – tu veux me mettre du vernis rouge bordeaux ? – oui, je veux du vernis rouge bordeaux… Mais bref, je connais l'âme qui t'habite, celle de prof de fle en vadrouille et j'attendrais ta réponse le temps qu'il faudra (ouais, on n'a pas de traiteur donc tu peux même me dire deux jours avant) et si tu ne peux pas être là, je comprends et tu seras de toute manière un peu là… <3

  4. 14 novembre 2013 / 19h37

    tellement vrai tout ça…je me suis particulièrement reconnue dans: "je prie des dieux imaginaires pour que rien n'arrive à ma famille" …

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