Winnipeg

2013-2018 : le Canada et moi

Il y a cinq ans aujourd’hui, j’atterrissais au Canada pour la première fois !

Je n’avais aucune idée de ce que j’allais trouver au Manitoba, dans ce coin du pays exactement au milieu où le CIEP m’avait envoyé par hasard, parce que j’avais coché “pas de préférence géographique” sur le formulaire de candidature. Je me souviens de l’atterrissage, des plaines à perte de vue, de la gentillesse des gens, de l’orage qui suivait la voiture dans les Prairies, des lignes droites, de l’absence de piétons dans les rues, des distances, de l’air climatisé au centre commercial. Et c’est assez drôle de relire mes premières impressions de 2013 ici.

Mon premier jour au Canada était étrange. J’étais arrivée pendant un long week-end, sans connexion Internet. À minuit, j’avais rejoint mon lit, épuisée. J’étais réveillée tôt le lendemain, avant sept heures. J’ai pris une douche, mis une jolie robe turquoise et un petit sac rouge et suis descendue explorer la résidence universitaire à la recherche d’un café. La cafétéria n’avait pas encore rouvert pour la rentrée et la machine à café était en  panne. J’avais croisé un étudiant décoiffé qui m’avait aidé à comprendre que non, il n’y avait aucun café de dispo ni près ni loin et quand il a su que j’étais la nouvelle assistante de français, il avait switché tout de suite. J’avais sorti une pièce et appelé à la cabine téléphonique la prof qui était venue me chercher la veille.

Elle m’a emmené chez elle puis au supermarché. Arriver entre les pick-ups et les religieux en habits traditionnels sur un parking gigantesque devant un magasin énorme dont le drapeau flotte au vent m’avait étonné. So Canadian.  Je ne me souviens pas du reste de la journée, je crois que j’avais dû dîner chez elle encore parce qu’il n’y avait pas de nourriture à l’université et je n’avais qu’une chambre sans cuisine. Le mardi, quand j’ai pu faire installer Internet dans ma chambre, j’ai pleuré sur Skype et je me suis demandé ce que je faisais là et si ce n’avait pas été une erreur de quitter le Royaume-Uni.

L’année d’assistanat est passée, j’ai quitté le Canada, et j’y suis revenue. Parce qu’après tous mes voyages, toutes mes expatriations, j’ai su finalement que c’est ici que je voulais vivre pour plus longtemps qu’entre deux valises. Et je suis revenue le 9 avril 2017 avec un PVT et je parle de cette arrivée-ci dans cet article.

J’ai acheté un mug Canada la semaine dernière. C’est un peu inutile parce que j’y vis maintenant, mais ça m’a rappelé les années d’attente entre le départ et le retour où je collectionnais plein de trucs, des mugs aux trousses, pour me souvenir que ça avait existé, me rappeler des bons moments et garder un peu l’espoir que oui, j’y retournerai et que tout ça redeviendrait réalité.

Et oui, c’est ma réalité. Même si j’habite à Winnipeg et que j’en suis assez contente au fond, parce que j’ai passé six jours à Toronto en août qui m’ont conforté dans le choix que j’avais fait.

Mais donc, même si j’ai atterri pour la première fois au Canada, il y a cinq ans, finalement j’y ai habité huit + dix-sept mois donc deux ans au total maintenant.

Et pendant ce temps, j’ai fait pas mal de trucs quand même :

  • vivre l’HIVER, le vrai, en majuscules
  • sortir dehors par -50 degrés et non il n’y a pas de faute de frappe
  • visiter pas mal de villes d’est en ouest et au centre
  • et deux parcs nationaux
  • faire des feux
  • manger de la poutine
  • voir à l’état sauvage des orignaux, des ours, des serpents, des castors, des bisons, des chiens de prairie
  • gratter la glace à l’intérieur de la vitre d’une voiture (oui oui)
  • manger des smores
  • regarder des matchs de hockey des Jets, l’équipe de Winnipeg, à la télé et dans l’arène
  • regarder la finale des Jeux Olympiques de hockey à 3h du matin
  • consommer trop de café de Tim Horton’s
  • me baigner dans des lacs
  • glisser sur des plaques de verglas un certain nombre de fois
  • aller au Dakota du Nord et au Minnesota, entre autres.

J’ai changé en cinq ans, je troque volontiers mes robes-bottines pour mes chaussures de marche et je n’aime plus vivre dans de trop grandes villes. J’ai adopté la politesse et la bienveillance d’ici, je tiens les portes, souris aux inconnus mais j’ai encore du mal avec le small talk. Je vais me promener dans un parc quasiment chaque week-end, en toutes saisons, et c’est pas grave de faire deux heures de route aller pour y arriver. Ça ne me dérange plus non plus de manger à 18h30.

Pour la suite, je rêve de Churchill, des provinces maritimes et des Rocheuses. Ca devrait pouvoir se faire d’ici les cinq prochaines années. Je n’ai pas appris à conduire encore mais je compte m’y mettre l’an prochain. Ma demande de résidence permanente est au stade fédéral et je patiente.

Je suis encore au stade lune de miel de mon expatriation, je commence à voir certains aspects moins reluisants de la vie ici mais je ne veux pas partir. Et je viens d’en parler à mon copain, qui m’a dit “heureusement finalement. Si tu n’avais jamais été à Brandon, je ne serais jamais tombé sur ton blog et je ne t’aurais jamais connue”. Ce retour était meant to be.

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