Voyager seule – l’envers du décor

Je reviens d’un tour organisé de trois jours en groupe – et j’ai beaucoup réfléchi au fait de voyager seule.

J’ai l’impression que je ne fais pas ça bien. Je passe à côté.

Les blogs vous parleront de rencontres, de compagnons, d’amitié, qu’il n’y a en fait jamais de solitude. Il y a toujours quelqu’un à qui parler, dans les transports, dans la chambre de l’auberge de jeunesse, à la table d’à côté.

Je ne suis pas d’accord.

La plupart des voyageurs que je croise ont le nez collé à leurs téléphones. C’est un seuil de tolérance assez bas chez moi. En plus, ils sont européens donc il y a au moins dix heures d’écart entre ici et le Vieux Continent. Soit leur famille est insomniaque, soit ils jouent à Candy Crush ou actualisent leurs réseaux sociaux avec leur fabuleuses aventures… Lors des endroits sans réseau comme Fraser Island ou une partie des Whitsundays, les écrans ne sont pas toujours éteints.

J’ai moi aussi des torts. J’ai dévoré le podcast Serial avec le casque sur les oreilles. J’ai même investi dans une tablette pour rester connectée lors de ce road-trip. Mais je sais aussi laisser mes appareils dans mon sac.

En fait j’ai l’impression d’être de retour à l’école primaire et d’aller de personne en personne pour demander qui veut être mon ami. Comme je ne veux pas demander, je reste seule, j’ai passé l’âge.

Rester entre soi.

Un autre problème du voyage en solitaire, c’est une clique de nationalités. Je pensais qu’il y avait plein de Français en Australie : j’avais tort. Il y en a quelques-uns mais nous sommes en complète minorité numérique par rapport aux Allemands.

Ils sont partout. Et je viens de passer trois jours dans un groupe de six Allemands qui n’ont pas daigné parler anglais. Je ne généralise pas, tout le monde fait la même chose. Mais trois jours de solitude quand les conversations et les rires fusent autour de vous, ça fait mal.

Les Brits restent entre eux, les Germanophones pareil, les Néerlandais aussi. Pourtant, lorsque je croise des Français je ne me jette pas sur eux pour échanger nos vies, impressions de voyage, conseils et retrouver ma langue…

À l’auberge, la nuit avant de partir, je discutais en anglais avec deux Autrichiennes. Une Allemande a entendu leur accent et a fait passer la conversation dans leur langue. Deux jours plus tard, au camp, elle a accouru vers ses presque compatriotes… Retrouver sa zone de confort linguistique et culturelle, est-ce pour ça qu’on voyage ?

Une question de look.

D’un point de vue plus personnel, j’ai l’impression que voyager seule requiert plus d’assurance que je n’en possède en ce moment. Je n’ai pas le corps pour vivre en maillot de bain, mes vêtements de voyage sont moches, je ne sais pas quand je me suis lavé les cheveux pour la dernière fois. Je me sens régulièrement jugée par d’autres backpackeuses pourtant parfaitement soignées, maquillées, avec de jolies robes, des bijoux et une manucure. Dans ma vie de tous les jours oui je suis comme ça. Par quarante degrés et 80% d’humidité de bus en bus et mon sac sur le dos, non.

Les gens qu’on rencontre.

J’avais la vision un peu erronée d’amitiés et de rires. Mais en fait… Je crois que dans l’optique d’une vie rangée parisienne, ça me plairait. Rencontrer plein d’internationaux l’année où j’étais coincée en France m’aurait fait du bien. Mais parler anglais et être avec des gens de passage fait partie de mon quotidien. Les conversations ne durent jamais très longtemps. Tu viens d’où précède le nom, comme si l’origine du backpacker allait le définir par dessus tout. Tu es en Australie depuis combien de temps, quel est ton itinéraire, tu es prof ouah trop cool. J’ai accroché quand même… avec une Canadienne de Winnipeg. Mais mes efforts sont anéantis… Parce que je ne parle pas allemand.

Les paysages que je vois m’en mettent plein les yeux, ce voyage est une réussite de ce point de vue. Mais j’aimerais que le prochain voyage ne soit pas seule et que je puisse (le) partager davantage. Un Interail cet été, des volontaires ? 🙂

voyager seule

12 Commentaires

  1. 17 janvier 2015 / 20h25

    Je me retrouve assez dans ce que tu décris là… Perso, je préfère partager le voyage avec mon homme ou ma famille…

  2. 17 janvier 2015 / 20h25

    Les anglais ne sont pas évident a approcher mais un fois que tu fais partie de leur ami, ils le restent.
    Sinon en effet ce n’est pas trop cool le comportement de chacun. Ou est l’ouverture d’esprit, l’envie de partage si tu restes avec tes compatriotes?!
    Courage Miss 😉

  3. 17 janvier 2015 / 21h32

    aww pas cool… c’est quoi un interrail?? y a peut-être moyen….
    Je pense à toi poulette!! Des bises
    Steph

  4. 17 janvier 2015 / 22h48

    Malheureusement, tout ça dépend des opportunités et du moment. Je me dis toujours que mon expérience dans certains pays n’aurait pas du tout été la même si je n’avais pas eu de belles rencontres et des personnes avec lesquelles partager mes découvertes. Courage!

  5. 17 janvier 2015 / 23h40

    Je me reconnais pas mal dans ce que tu décris. Maintenant j’ai un boyfriend et on vit et voyage ensemble donc forcément je ne me sens pas seule. Mais j’aimais bien voyager par moi même et le referai sûrement lorsque je serai dans un pays plus « abordable » que l’Angola. Moi aussi j’ai eu du mal à discuter spontanément avec des gens. J’avais l’impression que les gens autour de moi ne se connaissait pas et que pourtant ils formaient des groupes comme ça en un claquement de doigt…et moi je restais dans mon coin. Tu en viens à te dire que c’est toi qui a un problème :-/
    Je me suis surtout rendue compte que je ne suis pas une fille de « groupe ». Je me sens plus à l’aise avec une seule personne avec qui je vais pouvoir me montrer moi même et sincère, mais c’est chose rare que de rencontrer une telle personne, seule aussi, quand tu voyages…
    J’ai une amie fan de couchsurfing qui ne dort pas forcément à chaque fois chez les gens mais rencontre des gens juste pour visiter une ville, boire un verre. Je me demande si je pourrais, saurais faire ça, mais pour elle ça marche vraiment bien..A voir..
    En tout cas ce sentiment de petite fille de maternelle « tu veux être mon ami » c’est exactement ça sauf qu’on est plus en maternelle et que j’ai moi aussi parfois du mal à comprendre le mode d’emploi des gens 😉
    J’espère que tu pourras faire d’autres voyages dans de « meilleures conditions ». Peut-être n’as tu pas eu de chance cette fois-ci ?
    Bonne continuation!

  6. 18 janvier 2015 / 1h12

    en même temps, quand tu avais fait ton trip en Amérique du Nord, ça s’était carrément mieux passé non? j’ai souvenir que tu parlais de gens que tu avais rencontrés, etc. Donc peut-être qu’il y a une part de chance, et peut-être que c’était juste CE trip de 3 jours qui était pas top niveau rencontres, mais le prochain se passera mieux! 🙂

  7. 18 janvier 2015 / 7h17

    Interail! OUI OUI OUI! C’est quoi le budget? (MP)

    Sinon, j’espère que tu n’es pas trop dégoûtée de l’Allemagne 🙂
    Viel glück!

  8. lauween
    17 janvier 2015 / 23h08

    c’est drôle comme j’ai pensé la même chose lors de ma première année en Angleterre : les allemands sont très bons en anglais mais ils restent entre eux, tout comme les espagnols, et probablement les français mais c’est quelque chose que j’ai évité comme la peste. C’est étrange la propension des gens à se regrouper selon leur culture ou leur langue, moi j’ai jamais ressenti ce désir, et apparemment ce n’est pas le tien non plus, je pense que c’est ça la véritable attitude d’un voyageur. Et franchement l’apparence qui prime sur le confort d’un voyage, ça en dit long sur la superficialité des gens, mais ce n’est que mon avis. Fous-t’en et enjoy !

  9. 22 janvier 2015 / 18h11

    merci pour le podcast serial, je ne connaissais pas et je suis accro!! si tu en connais d’autres dans le genre, je suis preneuse, car j’ai bientôt fini serial 🙂
    bonne route!!

  10. 28 juin 2015 / 3h56

    C’est marrant que tu vives les voyages en solo comme ca. J’ai fait pas mal de backpackers et à chaque fois y avait quelqu’un pour te parler. Si c’est pas lui c’est moi. Je suis d’accord au début c’est « salut tu vas où » mais rien ne t’empêche d’aborder d’autres sujets par la suite. Un « je vais voir ca, tu veux venir?! » déclenches des amitiés 🙂 xo
    http://WWW.studentsNtravelers.blogspot.com

  11. 2 juin 2016 / 8h46

    Bonjour Kenza!
    Plus d’un an plus tard, ton ressenti a t-il évolué? Pour ma part, voyager seule a été une révélation. Je pensais bêtement que c’était le cas de toute femme seule qui se lance dans l’aventure. Ton article m’a permis de mettre un bémol à cet enthousiasme.
    Par contre comportement que tu décris chez les allemands, je le retrouve exactement avec nos compatriotes français à l’étranger.
    Bons voyages à venir!

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