Prof de FLE

Les montagnes russes de la vie de prof

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La semaine dernière a été riche humainement et professionnellement. J’ai fini (ou presque : il reste des copies rendues aujourd’hui et trois jours d’examens oraux) mon semestre comme chargée de TD dans une fac de Melbourne. J’ai découvert un nouveau système éducatif, où comme dans les universités au Canada l’étudiant est client et attend un service. A neuf mille dollars l’année, il faut tout délivrer sur un plateau, de la moindre information pratique à l’aide personnalisée.

Mes étudiants ont en moyenne entre 18 et 22 ans. Certains découvrent tout juste la fac, l’autonomie, la vie sans les parents. Beaucoup sont diagnostiqués dépressifs, anxieux, hyperactifs. Pendant les cours, portables et ordinateurs sont sur la table, Facebook allumé. Ils répondent parfois au téléphone en classe, ne s’excusent jamais lorsqu’ils sont en retard. Ca a tendance à m’énerver.

vintage-school


Mercredi, il y avait test d’écoute. Une étudiante a posé une question stupide au moment où l’enregistrement commençait. Puisqu’elle gênait les autres, je lui ai fait signe de se taire. Dans l’après-midi, nous avions un autre cours. Elle est arrivée en retard, café en main, sans un pardon. J’attends qu’elle s’installe, vais la voir et lui explique la tâche à accomplir.

Je continue mon tour de classe et cinq minutes plus tard elle et ses copines n’avaient toujours pas commencé. Notre échange un peu tendu s’est conclu de sa part par un magnifique : what have I done, why do you hate me?! 

Retour à l’école maternelle. On parle bien d’étudiants à l’université ici.

Ma réponse a été sans appel : cette question n’est pas pertinente, viens me voir à la fin du cours. J’ai passé le reste de la leçon un noeud au ventre à me demander pourquoi cela arrivait, à veiller encore plus fort au bien-être des autres étudiants. Evidemment, elle est partie aussi vite qu’elle a pu sans venir me voir.

Le soir, autre classe. Je demande aux étudiants de remplir le questionnaire en ligne d’évaluation de l’unité afin de pouvoir améliorer ce cours. Plus tard dans la leçon de révisions, une étudiante me demande où elle peut retrouver un exercice précis. J’attrape son livre et lui ouvre à la bonne page. Elle me confie alors qu’elle m’a mis Outstanding à l’évaluation.

Les étudiantes asiatiques ont demandé à prendre des selfies avec moi… drôle de sentiment de papresents-teachersser de l’accusation au remerciement si vite.

Le lendemain j’ai remarqué que mes étudiants d’une autre classe avaient un comportement bizarre. Ils m’ont vite fait rentrer dans la salle tout en continuant de traîner dans le couloir et tous se sont absentés à un moment ou à un autre. J’avais pressenti qu’ils préparaient quelque chose, et quelle chose… une énorme carte et deux paquets de Timtam, les biscuits traditionnels australiens.

Il y a des jours difficiles… les heures qu’on ne compte plus, les copies, le travail supplémentaire, les préparations, tout. Mais en même temps c’est tellement, tellement gratifiant.

En Hongrie, je vais enseigner à des adolescents. Ca m’effraie un peu plus, je ne parle pas leur langue, mais je suis prête à relever le défi.

Un commentaire ?

23 commentaires

  • Il y a des jours où ce n’est pas facile, même à l’université effectivement. Les étudiants chiants qui s’y croient ne sont pas uniquement ceux qui payent et se croient tout permis, mais ceux-là sont très pénibles, c’est sûr.
    Heureusement qu’il y a les étudiants charmants qui nous consolent 😉

  • Ah bin le noeud au ventre je l’avais toujours en Angleterre en primaire parce que sur un mot d’enfant leurs parents peuvent te faire virer sans autre forme de procès, ça m’est arrivé et je crois que je n’enseignerai plus jamais au UK pour ça, j’en ai encore des cauchemards.

  • De nos jours, que l’on est 15 ou 20 ans ou même 30 ans, je crois que tout est à peu près pareil niveau comportement et respect (malheureusement)… Les gens n’aiment pas l’ordre, l’autorité, devoir des comptes etc.. mais Oh on est à l’école dans ton cas, alors basta. Impose toi, sois toi même et fais ton métier comme tu sais si bien le faire, ce sont à eux de se remettre en question 😉

    • Tu as raison Ginnie ! je pensais que c’était culturel (spécifique aux Anglo-Saxons) mais c’est sûrement universel… en tout cas pour notre génération !

  • J’hallucine un peu… j’aurais pu écrire le même billet… concernant mon année à travailler avec les ados en Angleterre!!! je n’aurais pas cru que ca se passe comme ca dans une université australienne… Profite bien de ces dernieres semaines à Melbourne en tout cas!!!

  • Ces montagnes russes, je les connais bien pour les « pratiquer » depuis 7 ans et la vie de prof, c’est tout à fait ce que tu décris. Des moments de bonheur intense, d’autres de frustrations / d’incompréhensions / d’énervements ! 🙂
    Une de mes classes m’a offert un bouquet de fleurs et une carte il y a quelques semaines, j’étais vraiment très émue et touchée, et des émotions comme ça, ça rattrape tous les mauvais moments 😉

  • Quel beau billet!

    Issue du domaine de l’enseignement aussi (à l’époque enseignante spécialiste en musique présco-primaire-secondaire, je suis aujourd’hui dans les domaines de la périnatalité et de la rédaction/révision linguistique), je trouve ce texte très touchant.

    Les ados, c’est vraiment bien (en tout cas, c’était ma clientèle préférée dans le système scolaire). Ils sont allumés et savent nous surprendre, je les adore! Et puis bon, il y a les récalcitrants, mais il y en a à tous les âges, non? ;).

    Wow, en Hongrie! J’ai hâte de suivre tes aventures là-bas.

    P.S. Jalouse de la boîte de Timtam 😛

    • Merci Bianca ! Tes domaines ont l’air extrêmement intéressants. Mais je t’échange les Tim-tams contre un bon French Vanilla de chez Timmies !

  • Pas d’inquiétude. Ne pas parler hongrois c’est pas gênant. En 3 ans j’ai jamais appris et je suis pourtant restée 3 ans. Et puis les ados c’est drôle, c’est attachant. Ça va bien se passer, j’en suis sûre!

  • Bonjour Kenza!
    Et oui ce noeud au ventre, je l’ai bien connu aussi parfois. Mon public était ado et en te lisant j’ai pourtant l’impression de voir les mêmes. Ce qui était le plus difficile pour moi quand j’étais prof c’était de faire attention à ne pas trop m’investir. Pas dans mon boulot bien sûr, mais dans mes émotions car travaillant avec de l’humain, j’avais tendance à vouloir le mieux pour les élèves, les encourager, les faire bouger. Mais certains sont opaques à ça et peuvent t’en faire voir de toutes les couleurs, parfois sans raison..Eux au bout de 2 jours ils ne s’en souviennent plus, toi, tu te demandes ce que tu as fait. Dur dur..Mais les beaux moments comme les fins d’années et les petits mots ou les petites cartes, c’est top! Il ne faut retenir que ça!!

    Autre sujet, mais, tu as refait le design de ton site non? Super clair, j’adore.

    • Oui j’ai changé de design, contente que ça (te) plaise !
      Je suis d’accord pour l’investissement. Je pense tout le temps à mes classes, avant, après, le soir, j’en rêve même la nuit. Et tu as raison pour la mémoire de poisson rouge de l’adolescent… tu n’enseignes plus ?

  • Tu n’imagines pas a quel point tu me conforte dans mon boulot, enseigner aux primaires et que aux primaires! Mais avec ton expérience, ça devrait quand même être plus facile même avec des ados. Il n’y a pas beaucoup de différence entre un gamin de 15 ans et un de 18 qui s’y croit.

    • Je pense qu’avec les enfants, on évite certains problèmes de discipline et la « récompense » est tout de juste plus tangible. Même si en même temps, ils oublient vite… Mais j’ai aussi eu des enfants, surtout en Year 6 avec des attitudes ! Miss I don’t need to learn French, everybody speaks English… avec le bon accent du Yorkshire !