Canada

Le stress de l’immigration au Canada

Article mis à jour le

Mon PVT Canada se finit dans une semaine. Je vais fêter mes deux ans à Winnipeg. Deux ans, c’est un double record : c’est le temps le plus long que je passe à un endroit si on exclut Paris et je n’ai jamais non plus occupé un travail si longtemps.

Mais cet anniversaire est un peu en demi-teinte, parce que cela fait trois mois que je stresse comme une folle. Trois mois à avoir peur du pire : des délais et des questions de statut. C’est donc l’occasion pour faire le point sur où j’en suis niveau immigration et pousser un petit coup de gueule aussi.

Le point résidence permanente

Je voulais demander la résidence permanente au Canada, je le savais avant même de revenir vivre ici – si vous êtes nouveau sur mon blog, en fait, j’ai déjà passé un an au Manitoba en 2013-2014 avec un programme d’échange pour jeunes professeurs et j’ai décidé après pas mal de voyages et d’expatriations à travers le monde que c’était au Canada que je voulais vivre. Deux choix s’offraient à moi pour rester : une candidature par la province ou directement par le fédéral. Chacun avait des avantages et des inconvénients.

En passant par la province du Manitoba, il suffit d’avoir travaillé six mois et il n’est pas nécessaire d’avoir un contrat permanent (l’équivalent canadien du CDI). Un emploi en catégorie 0, A ou B dispense de passer le test de français. Et ça, c’était important pour moi, pour une question d’éthique : je suis examinatrice de ce test, je fais passer des candidats chaque mois, l’Alliance Française est le seul centre agréé à  Winnipeg. Je ne voulais pas passer un test au milieu de mes collègues, sur mon lieu de travail, en en connaissant toutes les ficelles.

Au contraire, en passant par Entrée Express au niveau fédéral, il faut avoir effectué un test de langue et également payé pour une équivalence de diplômes. Il faut attendre un an de travail, à temps plein. Mais dans l’enseignement, on n’est jamais à temps plein : les heures sont calculées selon la présence dans la classe mais n’incluent pas le reste (les préparations, les corrections, les réunions, etc). Les contrats ne sont donc pas forcément éligibles. Autre paperasse qui m’a gêné également : obtenir une attestation de ses employeurs des dix dernières années. Je ne suis plus en contact qu’avec deux, beaucoup ne sont plus joignables, cela me semblait compliqué et ne pas fournir ces papiers fait diminuer le score. Car c’est un système élitiste : tous les candidats se voient octroyer un score selon leur profil et seuls les meilleurs sont tirés au sort. Avoir un emploi au Canada ne garantit malheureusement pas d’être sélectionné.

Après pas mal d’hésitations, j’ai calculé que j’étais un peu juste niveau points pour Entrée Express et j’ai choisi la voie de la sécurité : passer par la province. J’ai attendu six mois de travail, ce qui m’a amené en octobre 2017, et j’ai mis ma candidature dans un bassin (comme au PVT !). Il suffit de répondre à un lot de questions sur son âge, ses langues, ses études, sa carrière, etc. Un nombre de points vous est alors attribué et avoir un emploi au Manitoba octroie 500 points d’office. J’ai été tirée au sort le 31 octobre 2017.

Là, il faut maintenant prouver tout ce que vous aviez déclaré et fournir tous vos relevés de notes depuis le lycée, les dates de vos emplois (sans justificatifs), une preuve de votre niveau de français (j’ai mis mon master), etc. C’était assez fastidieux à remplir et j’ai traîné. J’ai envoyé tout électroniquement (aucune trace papier) fin décembre 2017.

J’ai reçu la désignation de la province, une lettre qui confirme que je suis sponsorisée pour la résidence permanente, fin mars 2018, donc avant la fin de ma première année de PVT. L’étape suivante, c’est de tout envoyer au gouvernement du Canada avec des papiers cette fois plus administratifs : les casiers judiciaires des pays où vous avez vécu plus de six mois (beaucoup dans mon cas), l’historique de vos adresses sur les dix dernières années avec les dates au mois près (une vingtaine), pareil pour les voyages (ce qui est impossible de compter de façon exhaustive pour les citoyens européens). J’ai un peu laissé traîner, à tort, et j’ai tout envoyé par la poste fin juin 2018.

Et depuis plus rien – à part un message en août 2018 qui dit que mon dossier a bien été reçu. J’attends.

Au moment où j’ai commencé les démarches en octobre 2017, les délais du fédéral étaient entre 3 et 12 mois. 3 mois pour les candidats à l’extérieur du Canada, 12 mois pour ceux à l’intérieur. Mon copain a fait la procédure entière en 15 mois, de l’inscription au bassin de la province à la confirmation finale. Les délais sont désormais passés à 19 mois… seulement pour le stade fédéral. Plus d’un an et demi d’attente – sachant que les démarches au niveau de la province ont aussi pris un peu de temps, entre trois et six mois.

Et c’est ridicule de devoir attendre plus d’un an et demi. En un an et demi, le statut du candidat au Canada va expirer, mettant le candidat en difficulté (genre moi). Et au contraire, les gens qui postulent pour Entrée Express reçoivent la promesse de voir leur candidature traitée en six mois. Finalement, si j’avais attendu un an et lancé Entrée Express en mai ou juin 2018, le temps de rassembler tous les papiers après l’anniversaire de mes un an de travail en avril, j’aurais sûrement eu une réponse depuis. Je n’aurais pas été non plus dans un flou administratif comme je le suis maintenant. Je regrette énormément… même si je ne pouvais pas prévoir cet allongement énorme des délais de traitement.

Le statut implicite

Le 9 avril, puisque je reste sur le territoire au lieu de le quitter comme sommé sur mon permis de travail, je tombe en statut implicite. Le statut implicite, c’est l’autorisation de rester sur le territoire selon les termes du permis précédent (étudiant, travailleur, etc) en attendant que IRCC délivre une réponse à votre demande de nouveau permis ou de résidence permanente.

Ma demande de résidence permanente va prendre encore des mois, probablement encore un an puisque j’ai un dossier compliqué avec beaucoup d’expatriations et de vérifications à effectuer, donc il me faut un autre permis de travail valide. Je ne peux pas rester dans ce flou légal tout ce temps. Car en statut implicite… il est impossible de quitter le territoire, de faire d’autres démarches administratives ou d’emploi, bref, on n’existe qu’à moitié.

Un PVT ne se prolonge pas. Mais comme IRCC savent qu’ils ne sont pas au top niveau traitement des demandes, ils ont instauré la possibilité d’un permis de travail transitoire – bridging visa en anglais – qui permet un répit d’un an justement pour attendre sa résidence permanente (hors Québec). Sauf que… ce permis ne peut se demander que quatre mois avant expiration du permis en cours. Et les délais de traitement sont d’environ cinq mois. Il y a donc forcément un moment où le candidat va se retrouver dans les limbes… C’est mon cas, là maintenant tout de suite. J’ai envoyé le dossier début janvier 2019, trois mois avant l’expiration de mon PVT. Cette fois-ci, je n’ai même pas reçu de message me confirmant la réception de mon dossier au centre de traitement. Rien du tout. Selon les estimations postées sur leur site, ma demande devrait être traitée d’ici six semaines.

Et il faut alors espérer qu’elle soit complète et que le permis de travail me soit accordé.

À ce moment-là, une énorme chappe de stress s’enlèvera de mes épaules. Parce qu’en retrouvant un statut, j’aurais peut-être aussi les avantages qui me manquent depuis deux ans et qui font de moi une immigrée de seconde catégorie : je n’ai pas le droit à l’assurance santé provinciale. Alors que je vis ici, que je paye mes impôts ici, que je suis employée ici. Et sans sécurité sociale, pas de mutuelle de l’employeur. Je ne suis pas allée chez le dentiste ni l’opticien depuis cinq ans… depuis que j’ai été diplômée et ai perdu mon statut étudiant.

Si le permis ne m’est pas accordé, je me tournerai vers mon employeur, qui sera en mesure de m’aider. Mais j’aurais aimé éviter tout ce stress. Je suis allée aux États-Unis pour le travail cette semaine : j’ai eu aussi peur qu’on ne me laisse pas entrer sur le territoire américain qu’on ne me laisse pas revenir en territoire canadien. Je ne pouvais pas m’enregistrer en ligne, manque de preuves de votre statut au Canada a flashé sur l’écran. Oui, je sais, et je n’ai pas envie d’avouer que mon permis se termine dans une semaine, je n’ai pas envie d’être coincée dans le no-man’s land de l’aéroport. Une fois au Canada, les machines demandent la durée de votre séjour, en chiffres, il n’y a pas de bouton indéterminé. J’ai hésité entre 0 et 999, mais l’agente des douanes a bien vu l’échéance sur mon permis et m’a cru sur parole quand j’ai dit que j’attendais – parce que je n’avais pas de preuve à lui montrer, n’ayant rien reçu. C’est un horrible cercle vicieux de stress et d’angoisse.

Minneapolis, c’était cool. Et je suis revenue au Canada. J’attends donc. Mais depuis octobre 2017, je commence un peu à perdre patience.

Mise à jour du 2 mai 2019 : j’ai bien reçu le permis de travail transitoire, je suis finalement restée en statut implicite dix jours entre la fin de mon PVT et le jour où j’ai reçu le courriel de confirmation. Et je viens aussi de recevoir l’invitation à passer la visite médicale ! Les choses semblent avancer !

Un commentaire ?

23 commentaires

  • bonjour Kenza
    Nous sommes dans la même situation que toi concernant la RP nous attendons patiemment (depuis 6 mois).
    Nous sommes encore en France et nous devrions passer l’été au Canada pour la 4° année. Mais le Canada nous manque tous les ans nous attendons les mois de juillet et Aout pour partir. Cette année direction Ottawa (en espérant pour avoir un aller simple cette fois )
    A bientôt

  • Salut. Je suis de tout coeur avec toi. Si ça peut te rassurer par expérience (pour permis d’étude cependant) ils mettent à jour la réception des papiers environ au même moment qu’ils traitent la demande. A partir du moment où tu reçois l’avis de réception ça devrait aller vite.

  • Hello !!! Sympa ton article, je pense partir en PVT Canada d’ici quelques années, enfin si j’ai de la chance !!! Du coup si je m’y plais je pourrais avoir besoin de ton article, ça a l’air fastidieux mais ça en vaut la peine !! A bientôt 🙂

  • Hello Kenza,

    Ton article est très intéressant et je compatis avec toi ! Je suis arrivée au Canada (Ontario) en octobre 2018, en permis ouvert, et j’ai chaque jour l’impression de me noyer dans un gouffre administratif. Avec mon conjoint, on envisage de demander la résidence permanente, mais toutes les recherches en ligne, les documents à récupérer (pareil, pas mal d’expatriations différentes), me fatiguent déjà. Je te souhaite bon courage et je croise les doigts pour ton bridge visa. Si ton copain a la résidence permanente, peut-être que le mariage pourrait faire avancer les choses ? (désolée si je mets les pieds dans le plat, mais c’est peut-être une solution à creuser 🙂 ).

    • Ca vaut le coup quand même ! Tu as habité où ?
      Mon copain est même devenu citoyen en janvier. Malheureusement, ça ne me donne pas droit à un permis de travail, juste postuler à une RP par parrainage, mais il faudrait tout recommencer, les délais sont de plus d’un an et je ne suis pas sûre de pouvoir travailler pendant ce temps donc autant rester au stade où j’en suis !

  • Je te « rassure » on a commencé l’entrée express en avril 2018 et la en mars 2019 on doit recommencer TOUT le dossier car il manquait un papier ….. et du coup entre temps il faut repasser nos tests de français et repayer

    Est ce que tu sais si le bridging visa est difficile à avoir ? (Au cas où)

  • Article très intéressant et je comprends ton stress… Courage, la lumière au bout du tunnel pointe le bout de son nez !

    Niveau Entrée Express, c’est finalement les mêmes papiers qu’il faut fournir. Pour info, le justificatif employeur peut être ta dernière fiche de paie puisque toutes les informations requises sur une attestation sont là : nom et adresse de l’employeur, date d’embauche et date de fin.

    Concernant les délais, y’a de l’allongement aussi pour l’Entrée Express. J’ai un ami qui en est à 10 mois d’attente…

    • Ah ok ! c’est bon à savoir pour les 10 mois… pour les papiers, c’est très franco-français. En contrat local partout (Australie, UK, Hongrie etc) je n’ai jamais eu un seul papier récapitulatif de mes salaires ou de mes dates d’embauche. Ils n’auraient pas trop aimé le papier tout en hongrois d’ailleurs 😀

  • Quand j’ai commence a lire ton article j’ai tout de suite pense au statut implicite! Mais c’est vrai qu’avec, impossible de voyager a l’etranger… Tout est long, j’ai galere a renouveler ma carte de RP.
    Bon courage

  • je suis dans la même situation, j’ai eu la désignation en décembre 2017, et l’accusé de réception du DF en juillet 2018, depuis RAS ! Les délais sont hallucinants ! notre vie est en mode “pause ” on n’arrive plus à avancer ni faire quoi que ce soit ! on attend le fameuse RP ! Courage.

  • Je comprends tellement ce que tu vis… J’ai envoyé ma demande au Québec pour la résidence permanente en mai 2017… En novembre je suis passée en statut implicite. J’ai réussi a faire une demande de prolongation de statut de 1 an, que j’ai reçu en fin janvier. Mais quel stress. Je suis incapable de faire des plans sur le long terme, chaque jour quand j’ouvre ma boîte aux lettres j’espère y trouver une lettre d’immigration Canada…
    Courage ! On va avoir mérité notre St Graal !

  • Wow ok je viens d’apprendre à quel point les systèmes provinciaux sont différents…. Ou alors je n’ai pas tout compris… Ici en BC avec un PNP validé par la province on reçoit une lettre que l’on peut porter à la frontière pour étendre son permis et obtenir un permis de travail valide jusqu’à la décision finale de IRCC. Je crois qu’on peut aussi faire la procédure via son compte IRCC en demandant un bridging permit. N’as-tu rien reçu de tel?
    Tu devrais peut-être demander une mobilité francophone pour 2 ou 3 ans histoire d’être tranquille. Ce permis de travail va te lier à ton employeur, mais tu seras sûre d’avoir un permis de travail valide … et tu peux recevoir ce permis en moins d’un mois selon les délais d’attente… La mobilité m’a sauvée d’un probable refus de bridging permit.
    Eh dis donc le MB est rude pour le système de santé avec les immigrants !
    Sinon je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas fait PNP + entrée expresse car il y a un “chemin” qui fonctionne par ce biais si tu as un emploi qualifié. le PNP t’aurais donné les points manquants. Puis les évaluations des diplômes est facile. Et il te serait resté le test de français à faire dans une autre AF au Canada ou aux USA… J’espère que ta situation va se débloquer bientôt. Si ça peut te rassurer j’ai rencontré pas mal de gens dans cette situation et ça finit bien surtout quand on a l’option de la mobilité.

    • Alors ! Dans l’ordre : oui justement le permis transitoire c’est le open bridgint permit. Ma demande est en cours depuis début janvier, je redevrais recevoir une réponse d’ici encore 6-8 semaines. Je ne suis pas sûre que ce permis puisse se demander à la frontière, et je ne voulais pas prendre le risque de devoir re-rentrer en visiteur et perdre mon statut implicite. Quant à la voie PNP + Entrée Express… c’est une option au MB depuis seulement 3 mois haha. Et pour en bénéficier, il faut avoir un numéro de référence Entrée Express avant tout contact avec la province. Donc mort pour moi, rien qu’en termes de délais. Ils sont en retard sur beaucoup de choses ici.

  • Tu as toute ma sympathie, les délais sont devenus hallucinants. Et quand je vois le stress de la demande de PVT maintenant (pour les Français, du moins), avec cette histoire de quota, de tirage au sort… :-/

    Même “à mon époque”, en 2004-2005, les délais étaient très longs dès qu’on faisait sa demande depuis le Canada. Ce n’est pas pour t’enfoncer, hein, juste pour dire que visiblement, ça n’a pas changé.

    Je te souhaite que tout se dénoue rapidement. Et tu verras, une fois ta RP en main, tout ce stress s’oubliera très vite.