Six mois à Jersey.

daffodils jonquillesSi je postais plus régulièrement, ce serait sûrement plus pratique.

Avec le retour des jonquilles, depuis quelques temps, je me dis que je suis heureuse. Les deux ou trois fois où je me suis fait cette remarque, il s’est ensuite passé une catastrophe, minime ou plus sérieuse.

Mais il y a eu la semaine de vacances, douces et reposantes, où j’ai retrouvé la vie sociale qui me manquait. Samedi on a mangé polonais, hongrois, allemand, espagnol, français, tchèque. Dimanche, j’ai continué la séance didactique et l’ai rendue lundi. Mardi on a mangé des cupcakes, mercredi on a fait une réunion qui m’a fait changer d’avis sur l’année prochaine, jeudi je ne sais plus, vendredi j’ai commencé le second semestre, samedi, avec le chat sur les genoux, encore plus de cupcakes et Donnie Darko.

On parlait de coïncidences, du destin, et après on a fait l’histoire de la Hongrie et un peu de linguistique comparée. Elle a dit plusieurs fois que je pouvais rester dormir. Mais je suis rentrée, et les vacances se sont terminées au commissariat, pour ma colocataire et de la violence conjugale. J’ai eu peur, très peur, et la discussion everything happens for a reason a pris tout son sens. En sortant je regarde autour, toujours un peu effrayée.

Alors ça a été la rentrée, avec du sommeil à rattraper. Dans la salle des profs est affichée une feuille rouge, target 2012, qui stipule 100% de réussite aux GSCE. Ma mission est donc de faire du soutien personnalisé aux élèves les plus faibles, en général des bottom sets – les élèves sont classées par habilités. Cette semaine, j’ai aussi reçu les confidences d’une élève en pleine crise d’adolescence, ses conflits avec ses parents ont réveillé des souvenirs, et ai essuyé des larmes parce que C, après tout, c’est la moyenne. Les résultats des examens blancs des Y12 ont prouvé que le travail ne se voit pas toujours dans les notes, et il est injuste de voir des élèves aussi appliqués obtenir des D ou des E. Mais finalement, malgré le mépris des professeurs autres que de langues, je me sens bien dans cette école, malgré les filles qui me montrent du doigt en ville, malgré les copies à corriger, malgré l’overdose d’adolescentes, je sais que je fais bien mon travail.

Par contre, je vais à reculons dans l’autre école. Je me rends compte maintenant que le professeur que je jugeais médiocre au début de l’année ne l’est pas du tout. Il est absent depuis quelques temps, et dans ce cas, comme engager un professeur remplaçant coûte cher, un planning est préparé et les élèves doivent travailler en autonomie alors qu’ils sont surveillés par n’importe quel prof libre à ce moment-là. J’ai pu constater le désintérêt total de ces professeurs, qui n’essayent même pas de les faire travailler et les laissent discuter football ou maquillage, et écouter de la musique ostensiblement. Le prof en question ne vas pas en croire ses yeux à son retour, et je ne sais pas encore si je dénoncerai la prof qui m’a laissée seule avec eux parce qu’elle avait probablement mieux à faire. Vendredi, sur une quinzaine d’élèves, deux seulement travaillaient et choisissaient de poser leurs questions à la prof surveillante, qui n’a que des connaissances lacunaires en français. L’un des archétypes de l’ado rebelle s’est alors exclamé miss you look bored, et oui, je l’étais. Blessée aussi un peu.

jersey  beachHier nous avons pris notre petit déjeuner à la plage et nous sommes promenées le long d’une des nombreuses  baies. Après, elle m’a envoyé un sms qui annonçait la mort de son grand-père. Ma propre mésaventure, probablement ne pas pouvoir voter aux élections présidentielles car ces bureaucrates idiots ne savent pas lire un formulaire, paraît dérisoire à côté.
Cela va faire six mois que j’habite sur ce bout de rocher, six mois où j’ai quelques fois regretté ma décision, mais on m’a encore promis que l’été serait magnifique. Six mois, et une réunion qui m’a fait réaliser la chance que j’ai, et ce job merveilleux où on m’écoute, où mes collègues ont toujours une idée et un sourire, où je ne suis pas seule pour écrire dissertations et devoirs de FLE, où on me fait assez confiance pour me donner des classes de FOS. Mercredi avec les enfants c’était un moment de grâce, et j’espère qu’il y en aura encore beaucoup d’autres.

6 Commentaires

  1. Bubulle
    26 février 2012 / 16h45

    Ce n'est pas toujours facile et c'est parfois, malheureusement, dans le malheur des autres que l'on arrive à relativiser sur notre propre situation. Je peux t'assurer que l'été à Jersey vaut le coup. Les plages sont belles et agréables. Les Jersey Ice-cream délicieuses. La manies des anglais de manger un sandwish à midi prends tout son sens lorsque c'est sur la plage ou même sur le port en ville. Il y aura beaucoup d'animations, de marchés…Quant aux autres profs, je crois des fois, il est préférable de ne pas s'en mêler pour éviter les problèmes…J'espère que ta colocataire va bien/mieux… C'est effrayant cette histoire.

  2. 27 février 2012 / 8h53

    Ohh, on aurait du parler plus hier. (je me sens un peu égoïste)Donc "rester" ? ;)J'espère que tu vas garder le cap du sourire…Et t'en sortir avec tes monstres en teen 😉

  3. Louis
    28 février 2012 / 17h55

    Te lire est un plaisir.

  4. 28 février 2012 / 12h08

    oh je savais pas du tout qu'il t'était arrivé tout ça!c'est quoi cette histoire de violence conjugale? Ca a l'air effrayant :(Pour le désintérêt des autres profs par rapport aux langues, hier ça a pris tout son sens dans mon école. On a viré la dame qui fait le thé pour notre section et à la place, ils ont pris la salle pour déménager des affaires. Les profs de sciences, maths etc ont toujours leur salle mais elle est à l'autre bout de l'école (sur une pause de 15min, ça ne vaut plus tellement le coup). J'ai tenté de discuter avec une prof de sciences et quand je lui ai demandé si elle enseignait une langue (elle avait un fort accent étranger), elle l'a très mal pris et a tourné les talons!! O__o'Pour la prof qui t'a laissé seule avec les gamins, oui il faut en parler mais ce n'est pas plus mal si tu te retrouves face à la classe en autonomie, au moins ça te fait de l'expérience avec des classes difficiles. Pour les élections, il est pas possible que tu votes par internet si tu es rattachée à Londres? Moi ils m'ont envoyé deux courriers pour me demander si je voulais m'inscrire pour le vote via internet. Il ne te reste plus que jusqu'au premier mars pour le faire, tu devrais regarder sur leur site sur lequel tu peux changer tes modalités de vote: https://monconsulat.diplomatie.gouv.fr/monconsulat/dyn/public/headerPublic/introduction.html

  5. Anonymous
    29 février 2012 / 21h26

    Courage, c'est dans les instants difficiles qu'il faut apprécier ce que l'on a et je suis certaine que tu as conscience au fond de toi de la chance que tu as. Essaie de ne rien regretter et ne pense pas à ce qui aurait pu se produire si tu avais fait un choix différent. C'est stérile. Profite de l'endroit où tu es :)Dagny

  6. 12 mars 2012 / 23h02

    Ah, les profs remplaçants… j'avoue qu'il y a un grand désintérêt généralement, après il peut y avoir des profs avec une conscience professionnelle.. perso autant j'essayais pendant le PGCE, mais en étant titulaire maintenant, la blase attitude te rattrape et t'envahit.. c'est le système malheureusement, puis les gamins qui ne donnent pas forcément envie (car pour eux, un prof remplaçant = la teuf!)

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