Expatriation

Retourner où l’on a vécu

Encore un article expat et retour d’expat ? Mais oui !

J’ai habité dans six endroits dans le monde, dans six villes sans compter Paris : York en Angleterre la toute première fois, puis deux ans à Saint-Hélier à Jersey dans les îles de la Manche entre la France et la Grande-Bretagne, Brandon au Canada, Melbourne et Budapest.

De tous ces endroits, je ne suis retournée où j’avais vécu que deux fois. 

Je pense que je ne retournerai pas à Melbourne. Je ne ressens pas forcément le besoin, et ce n’est pas un manque d’envie, c’est juste une conjonction de facteurs. La pensée des quelques 20h d’avion me laisse douteuse de mon envie de refaire le trajet, j’ai visité en Australie tout ce que je voulais voir, de Cairns à Sydney en passant par Uluru et l’état du Victoria, et je n’ai pas pour projets immédiats de retourner dans cette partie du monde. Après, si j’allais en vacances en Nouvelle-Zélande et qu’il y avait une escale à faire, j’essayerais de choisir Melbourne, pour pouvoir reboire un vrai flat white, observer les gratte-ciels du CBD et voir les quelques têtes connues avec qui je suis restée en contact – les enfants auront grandi et m’auront oublié, mais pas leurs parents.

Je sais que je ne remettrai jamais les pieds à Budapest. Je suis presque prise d’un frisson rien que de l’écrire, de m’imaginer redescendre de l’avion, retrouver le hongrois écrit et parlé partout, remonter dans le bus de l’aéroport. Je suis sûre que tout reviendrait vite, le système des transports et la langue et les habitudes acquises si chèrement mais je serais dans un état de panique presque avancé. Je suis partie en me fâchant presque avec mes collègues dans les écoles, sans laisser aucun visage amical derrière. Rien ne me manque à part les bains thermaux et ça, on en trouve ailleurs dans le monde. Mon quotidien était pénible, mes conditions de travail lamentables, et même si j’ai réussi à trouver du positif et visité la ville de fond en comble, je n’éprouve aucune envie d’y retourner. En partant, j’ai ressenti du soulagement et je préfère rester sur ce sentiment.

Retourner endroits expatriation

Je suis retournée une fois à York, en juin 2011, juste un an après en être partie. Je suis allée relire l’article de blog que j’avais écrit à ce moment-là et j’y ai trouvé pas mal de nostalgie. L’année du retour à Paris avait été très difficile, avec une rupture, des adieux et des choix, et j’avais complètement idéalisé la parenthèse anglaise. Quand j’y suis retournée, j’ai logé chez une ancienne collègue, j’ai passé une journée avec ma tutrice et je n’ai vu aucun de mes amis, puisque tous étaient partis. Je n’ai pas mis les pieds en centre-ville, pas revu les endroits que j’aimais, j’ai juste bu beaucoup de thé à l’anglaise avec du sucre et du lait et passé du temps avec les enfants et les enseignants. J’aurais rêvé d’y retourner pour un week-end comme avant, tous ensemble, mais cela ne s’est jamais fait. Mais ce retour m’a conforté dans l’idée de repartir à un moment où j’hésitais encore à rester à Paris pour finir mes études, donc il a eu un impact positif sur la suite.

Je me débats avec l’idée de retourner à Jersey depuis trois ans. J’ai ouvert Voyages-sncf et le site du ferry plusieurs fois, j’ai calculé des dates, mais je n’ai jamais osé franchir le pas. Je connais encore des gens sur l’île, des amis, des anciens collègues, des anciens étudiants, même si beaucoup ont continué leur chemin et sont partis depuis. J’aimerais les revoir, la mer aussi, reprendre un vrai cream tea et aller danser avec un gin and tonic comme avant. Mais il n’y a plus de comme avant. J’ai vieilli, j’ai grandi, j’ai mûri, sur l’ile et après, et j’aurais peur de revivre à la fois tous ces moments magiques qui m’ont construit mais aussi toutes les gamelles que j’ai prises. Finalement, j’ai choisi de rester avec mes souvenirs et de ne pas y aller.

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Par contre, je suis retournée à Brandon, une quinzaine de jours après être revenue au Canada. Là, c’était uniquement pour les gens, il n’y avait pas spécialement d’endroits où je voulais aller puisque je peux tout retrouver à quelques kilomètres de là à Winnipeg. Je voulais revoir mes amis, les internationaux comme les Canadiens, ces gens qui avaient rendu mon année exceptionnelle et m’ont aidé à prendre la décision de revenir ici au Manitoba plutôt que de tenter ma chance à Toronto ou ailleurs au Canada. Et… j’ai été extrêmement déçue. Les gens ont changé, j’ai changé. La majorité n’a pas répondu à mes messages proposant un choix de dates ou d’heures. Certains sont venus me voir quelques instants avant de s’excuser et de se dire fatigués – ou plutôt vaquer à d’autres occupation plus intéressantes que de voir une ancienne amie qui a fait quatorze mille kilomètres pour les retrouver. Je ne sais pas s’ils continuent d’oublier que je suis là mais je crois que je vais bloquer tout le monde sur Facebook car ça me blesse d’être délaissée ou mise de côté puisque maintenant j’habite à vingt minutes et plus sur un autre continent. Les amis disparaissent trop vite, mais tant pis, cela donne plus de place à ceux qui restent et aux nouveaux qui arrivent.

Je suis presque un peu jalouse des gens qui ont réussi à garder leur groupe d’amis d’Erasmus et s’organisent des retrouvailles annuelles. Et je connais au contraire des personnes qui refusent de mettre les pieds où ils ont vécu, tirant un trait définitif derrière eux la minute où ils s’en vont, sans se retourner, sans se poser de questions. Parce que revenir finalement c’est retrouver ses souvenirs mais aussi faire résonner tous ces et si je n’étais jamais partie qui ne sont jamais bien loin… Mais. Tous ces départs et ces arrivées, c’était un long cheminement de décisions qui ont chacune laissé leur trace, mais je sais que je suis au bon endroit, au bon moment. Et c’est l’essentiel je crois.

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6 Commentaires

  • Répondre Mamzeldree

    J’ai beaucoup déménagé pour les études (en France) puis ensuite aux uks et en Belgique.
    Ton article me parle car j’ai aussi ces gens un peu partout (en Europe). Ceux qui me laissent un goût amer. Parce que je suis restée dans des droits suffisamment pour rencontrer des gens formidables mais pas assez pour passer de pote à ami. D’autres qui sont amis sur Facebook, très réactifs aux publis, mais je ne sais pas s’ils seraient prêts à m’accueillir à bras ouverts si j’habitais à moins de 20 min de chez eux.
    C’est très frustrant parfois. Et parfois je m’en fou. Comme tu dis… Y revenir apporte beaucoup de « et si » et de questionnements sur mes choix passés et à venir.
    Je crois qu’on avance comme on peut, qu’on garde parfois des contacts et qu’ils « sont ce qu’ils sont » : juste des contacts ou pour certains des amitiés manquées. Et il y a ces gens qui nous touchent vraiment et dont on se rappelera toujours… Ceux avec qui on gardera contact. Et peut-être qu’on les reverra… (Et il y a ceux qui evoluent/changent et qu’on ne supporterait plus).
    Au-delà des gens certains lieux me manquent. Typiquement Guildford (un) où j’ai vécu 1 an. S’il ne serait pas passé cet évent j’y serait probablement encore. J’avais tant aimé cette ville. Mais y revenir me rappellerait trop de souvenirs, et pas que des bons.
    Avançons et faisons de nouvelles rencontres 🙂
    Belle expat à toi ! J’ai hâte de lire tes articles sur ta ville et ton expat actuelle 🙂

    28 août 2017 à 1h02
  • Répondre Sabine

    Ah les serials expats, on se comprends si bien ! On est retourné à Ho Chi Minh cette année, après 8 ans.. C’était si bizarre, on y connait plus personne, tellement de choses ont changé, on ne se voit pas du tout y revivre, force est de constater qu’on a vieilli, qu’on a changé au fil des années sans vraiment s’en rendre compte je crois… Pour ce qui est des déceptions avec les amis, vivre ailleurs, partir loin, s’est aussi ne garder que de vrais amis, pas de place pour les autres ! Et puis c’est tout 🙂 Ne nous rendons pas malheureux pour ceux qui ne veulent pas de nous, même si quand on est sensible ça fait vraiment très mal, j’ai été très déçue aussi récemment mais on ne m’y prendra plus ! Alors comme le dit si bien Mamzeldree, avançons et faisons de nouvelles rencontres (sans oublier les vrais amis, ceux qui sont là quoi qu’il arrive, où que l’on soit et vice versa) !

    28 août 2017 à 2h12
  • Répondre lolli15

    Même si tu ne franchis pas le pas du retour dans ces villes, tu garderas à jamais le souvenir merveilleux de ces années loin de la France 🙂

    28 août 2017 à 2h58
  • Répondre Frenchie au Canada

    Je suis retournée en Écosse une l’aire de fois avec mon écossais et en effet c’était très différents des années étudiantes. Ça m’a conforté dans mon choix d’être partie.
    Pour les amis j’ai appris à faire le tri, il y a ceux qui nous accompagnent sur une certain période et ceux qui sont pour la vie

    28 août 2017 à 21h47
  • Répondre Tara B.

    Tu as raison, il faut garder l’essentiel : être là où tu dois être. Mais je comprends combien ça peut être blessant d’espérer retrouver d’anciens amis et de voir qu’eux semblent être passé à autre chose… Time will tell.

    30 août 2017 à 21h05
  • Répondre Claire

    Je suis retournée à Cork, Rochdale / Manchester, Bonn. Le premier a été une grande déception car je m’attendais inconsciemment à retrouver la magie, les deux autres, j’étais prête, on ne retrouve jamais ce qu’on a vraiment vécu.
    Je n’ai pas gardé tant de contacts des endroits où j’ai été mais j’ai quand même gagné des belles expériences, quelques amitiés durables (coucou toi), un amoureux (ben oui quand même).
    Je me rappelle que quand les gens disaient « pourquoi Rochdale ? J’avais pris l’habitude de dire ‘it’s not about place, it’s about people’ parce que j’avais une belle vie sociale ». Aujourd’hui que je n’ai plus beaucoup de contacts avec la majorité donc je dirais « it’s not about place, it’s about the adventures you live » 🙂

    1 septembre 2017 à 2h34
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