Prof de FLE

Je ne voudrais pas redevenir ado.

C’est la minute révélation : comme beaucoup je suppose, j’ai été victime de harcèlement scolaire. J’ai plein d’histoires, plus ou moins intéressantes, plus ou moins pathétiques. Certaines humiliations me suivront toujours et me marquent encore aujourd’hui. Mais pourtant… je suis devenue prof. Chaque matin, j’enfile ma tenue de maîtresse et je vais à l’école. Selon les moments ça change, école primaire, université, lycée, école pour adultes. 

Le passé ne m’a pas empêchée de continuer. J’ai toujours voulu devenir prof, à part une période présidente de la République puis juge, ça s’est imposé, je n’ai jamais souhaité faire autre chose.

Même si je n’avais pas trop d’amis, j’adorais l’école. Et les rentrées. Choisir son sac, sa trousse, avoir de la nouvelle papeterie et passer des heures à décider quel agenda acheter (ça m’arrive encore) (d’ailleurs, un jour, en 4e, j’ai retrouvé mon agenda lacéré, des camarades l’avaient pris dans mon sac et s’étaient amusés à déchirer chaque page une par une)

L’école, c’était un peu ma revanche finalement. Par les meilleures notes. Quand j’ai sauté le CP, la première de la classe détrônée a fait de ma vie un enfer tout le CE1. C’est en ayant les 20/20 que je me vengeais, dans ce système élitiste où les notes tiennent lieu de hiérarchie. Pareil au collège, à l’époque où j’aimais même bien les mathématiques.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir fait de phobie scolaire, d’avoir cessé d’avoir envie d’y aller. L’école, c’était ma vie. Quand je suis entrée en maternelle, je ne pleurais pas le matin parce que mes parents s’en allaient, non, je pleurais à 16h30 car la classe était finie (#nerd) – je n’ai presque pas changé, même si maintenant j’attends impatiemment les vacances, faut pas exagérer.

amelie

Depuis que je suis passée de l’autre côté, j’essaye de toutes mes forces d’être inclusive comme ils disent dans la pédagogie anglaise. Ne pas faire de différences, traiter chaque élève de la même façon tout en s’adaptant à ses forces et ses faiblesses. Et derrière le bureau, je vois très bien qui est le souffre-douleur, qui est moqué, même sans comprendre la langue. Le ton, les gestes suffisent. C’est difficile de reprendre des élèves qui ne comprendront pas le recadrage.

Je les observe. Leur génération est différente de la nôtre. Le harcèlement et les moqueries s’arrêtaient en classe, les relations amicales aussi, alors que maintenant tout continue en ligne. Mais il y a des choses qui ne varient pas, l’odeur par exemple, mélange de tapis de sport, sueur, déodorant et de lotion contre l’acné. Et cette absence totale de discrétion alors qu’on se croit trop malin.

Je ne voudrais pas redevenir ado. Ne pas savoir quoi faire de mon corps, être isolée socialement parce que j’aimais lire et que je ne regardais pas la télé, porter des vêtements informes et craindre le cours de sport. J’aurais bien aimé me planquer derrière les uniformes britanniques, qui donnent une apparence d’égalité – tous mal engoncés dans des habits mal taillés. Dans les faits, l’uniforme ne gomme pas les inégalités, on devine facilement qui change plusieurs fois chaque année et qui porte toujours des tissus usés. Même les cours de sport doivent se faire en tenue réglementaire, sans marques ostensibles.

Cette année m’a pas mal fait douter mais l’école reste mon monde, l’endroit auquel j’appartiens, avec les bons et les mauvais souvenirs qu’elle comporte. Et j’essaye, j’essaye d’inclure et de créer un espace positif de respect et d’écoute en classe et de faire passer un bon moment à tous ces ados (qui ne comprennent que la moitié de ce que je monologue chaque jour…)

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28 Commentaires

  • Répondre Isa

    Un beau texte dans lequel je me reconnais un peu. Tu as une belle plume

    24 mai 2016 à 10h08
    • Répondre Kenza

      Merci Isa, c’est un des meilleurs compliments qu’on puisse me faire !

      26 mai 2016 à 9h27
  • Répondre Ophélie G.

    Malheureusement, je me reconnais dans ce que tu dis vis-à-vis du harcèlement scolaire. Pas en primaire, j’habitais dans un minuscule village, mais au collège, c’était l’enfer. Comme toi, c’est en ayant des bonnes notes que je me vengeais. Bref, je n’aimerais pas redevenir ado non plus.

    Je suis contente de lire que malgré les difficultés auxquelles tu as fait face cette année, tu en ressors avec force. xx

    24 mai 2016 à 10h15
    • Répondre Kenza

      C’est beaucoup plus commun que ça n’en a l’air finalement. Tu as changé d’établissement pour le lycée ensuite ?

      26 mai 2016 à 9h27
      • Répondre Ophélie G.

        Oui, j’ai heureusement changé d’établissement, et tout a fini par s’arranger. Mais je suis d’accord avec toi, c’est bien plus commun qu’on ne le pense.

        26 mai 2016 à 16h51
  • Répondre Annabelle

    Moi non plus je n’aimerais pas redevenir ado, quelle période ingrate!
    Courage pour le temps qu’il te reste, tu tiens le bon bout 🙂 Dans tous les cas, j’admire ta persévérance, tu n’as jamais laissé tomber ce rêve de prof et ça c’est beau à voir! J’ai hâte de voir la suite de tes aventures 😉

    24 mai 2016 à 10h42
    • Répondre Kenza

      Ingrat, c’est le mot ! Et oui pour les aventures elles arrivent (pas assez) vite 😀

      26 mai 2016 à 9h28
  • Répondre carrie4myself

    Oula tu as été aussi maltraité que ca a l’école par les autres? 🙁 Tes parents n’ont rien fait auprès de l’école?

    24 mai 2016 à 14h10
    • Répondre Kenza

      Mes parents ont prévenu le corps enseignant mais sans succès. Jamais de preuves, élèves trop malins… Ils sont assez adeptes du « ce qui ne tue pas rend plus fort » et je dois avouer que cette éducation a porté ses fruits aujourd’hui.

      26 mai 2016 à 9h29
  • Répondre Elinka

    L’adolescence, c’est le trait d’union entre l’enfance et l’âge adulte, il faut qu’il soit assez moche pour qu’on ne soit pas tenté de se retourner et de reculer… comme ça pas le choix, on continue d’avancer ! 😉

    24 mai 2016 à 15h27
  • Répondre lolli15

    Je comprend ce que tu veux dire, moi qui suis aussi dans le système scolaire. Malgré les discussions, les recadrages, certains sont victimes tous les jours d’humiliation, de moqueries, il n’y a pas de pause, aucune limite. Et si on a le malheur d’être un peu différent, c’est foutu. Les élèves en SEGPA s’en prennent plein la tête. Et nous, dans tout ce bazar, on fait du mieux qu’on peut 🙁

    24 mai 2016 à 18h30
    • Répondre Kenza

      J’attendais ton commentaire ! Du mieux qu’on peut, comme tu dis. Les élèves de Segpa sont tout le temps avec les autres ? mêmes temps de récréation, de pauses ?

      26 mai 2016 à 9h30
  • Répondre Frenchie in Canada

    Je me retrouve dans ce que tu dis, j’ai moi aussi ete victime de harcelement scolaire du primaire a la fin du lycee. Je crois que la seule bonne annee que j’ai eu etait en terminale car nous etions une petite classe de « nerds ». Bref, tout ca pour dire que je te comprends 🙂

    24 mai 2016 à 19h00
    • Répondre Kenza

      Mais heureusement on a pu mettre tout ça derrière nous 🙂

      26 mai 2016 à 9h30
  • Répondre Lucie

    Comme toi, le harcèlement scolaire, la revanche par les notes, le goût de l’école, l’humiliation, un tout petit groupe d’amis et je pense que ça n’est pas étranger à mon métier actuel de CPE. Et je suis TRES à cheval sur le respect et la tolérance entre pairs, en me disant que j’évite peut être à certains les mêmes expériences que moi.

    24 mai 2016 à 20h23
    • Répondre Kenza

      Amen Lucie ! J’espère aussi, à ma toute petite échelle.

      26 mai 2016 à 9h31
  • Répondre Julie / hors du temps

    Comme toi, je n’aimerais pas redevenir ado. C’était pas marrant tous les jours (un peu comme beaucoup de monde je crois^^) >< (j'imagine que ça doit être encore pire aujourd'hui, avec le harcèlement sur Facebook et cie…) Et c'est chouette que tu sois prof, et que tu essaies d'aider ceux qui sont un peu oubliés ou moqués 😉
    (bref, c'est un joli article!)

    24 mai 2016 à 23h30
    • Répondre Kenza

      Merci Julie ! Je pense que c’est encore pire aujourd’hui pour eux, la pression sociale et des pairs doit être multipliée…

      26 mai 2016 à 9h31
  • Répondre Aurélie

    Pas simple la vie scolaire lorsque l’on est enfant/ado, surtout lorsque l’on est différent des autres. Mais je suis convaincue que les différences que tu évoques, l’intelligence vive, la sensibilité, et qui ont conduit à ce harcèlement dont tu as été victime, sont au final une grande chance une fois que l’on a grandi, qu’on se connaît mieux et qu’on a pris un peu d’assurance. Elles ne rendent pas forcément la vie plus simple, mais clairement plus intense 🙂 Des bises !

    25 mai 2016 à 6h34
    • Répondre Kenza

      Je suis complètement d’accord avec toi ! Ces expériences ne m’ont pas affaiblie, elles m’ont au contraire aidé à me construire en adéquation.

      26 mai 2016 à 9h32
  • Répondre Léonor

    J’ai eu la chance d’aller dans une école et un lycée de bisounours, bien sûr on se divisait en groupe de potes mais le harcèlement scolaire on ne connaissait pas et ça me choque toujours quand j’entends des histoires comme la tienne (qui aurait l’idée d’aller déchirer une à une les feuilles d’un agenda ? Sérieusement ?! Ca me dépasse tellement c’est méchant et petit). Mais t’as pris une belle revanche, et ça me fait plaisir de savoir qu’il y a des profs comme toi qui essaient d’amener du positif et du respect dans cet univers !
    Très bel article, merci :). Et je suis impatiente de savoir où tu enseigneras l’année prochaine ! (Prague 😀 ? Ils sont pas gentils ici, ils auraient bien besoin de savoir ce qu’est le positivisme et le respect :D).

    25 mai 2016 à 7h50
    • Répondre Kenza

      Les ados sont bêtes… et méchants (sans trop généraliser). Non, je ne viens pas dans ton nouveau chez-toi, seulement en week-end la semaine prochaine, il faut que je t’envoie un mail d’ailleurs !

      26 mai 2016 à 9h33
  • Répondre Pernelle

    Je te comprends tellement, fille de prof et préférant lire à la télé, tout comme toi j’ai souffert au collège. J’ai essayé de rentrer dans le moule pour être plus « normal », mais ça ne suffisait jamais.
    Avec le recul, même si je sais que ces années ont été difficiles, c’est là que j’ai bâti ma personnalité, celle qui s’est épanoui au lycée, et encore plus après le bac: j’assume mes différences et mes centres d’intérêt, j’assume mon corps, et je sais désormais me défendre, j’ai de la répartie, et plus encore de l’empathie pour ceux qui souffrent.
    Cette période difficile à fait sortir le meilleur de moi, les traits de caractère dont je suis la plus fière aujourd’hui 🙂
    Tout comme toi: ces obstacles ne t’ont que rendu plus forte et plus sûre de toi !

    25 mai 2016 à 17h59
    • Répondre Kenza

      Oh tu es de retour, welcome back ! Pareil pour la répartie haha !

      26 mai 2016 à 9h35
      • Répondre Pernelle

        Oui de retour 🙂 Disons que ma vie professionnelle avait légèrement débordé sur mon temps libre !
        Mais ne t’inquiète pas, je n’ai manqué aucun de tes articles, et je suis ravie de voir que depuis quelque temps ils sont plus positifs !

        27 mai 2016 à 0h31
  • Répondre lauween

    Ah l’adolescence… La mienne n’était pas agréable non plus au collège, je n’étais pas harcelée ni victime de « blagues » humiliantes mais j’étais rejetée et ignorée, et ça aussi ça fait mal. Quand une élève de ma classe de 5e à qui je demande pourquoi elle n’est pas sympa avec moi me répond « je ne t’aime pas, je sais pas pourquoi mais je ne t’aime pas », c’est trop d’injustice et d’incompréhension. Comme j’aurais aimé l’uniforme moi aussi ! C’aurait un peu caché à mes « camarades » mon retard sur leur passage à l’âge ado ! Je n’étais pas assez bonne en classe pour me venger avec des 20/20, je porte toujours en moi cette amertume et, j’avoue, un peu de haine et beaucoup de mépris. J’imagine que rejeter leurs demandes d’ajout sur facebook 10 ans après notre dernière classe était une forme de vengeance cependant. Aujourd’hui je suis toujours très mal à l’aise quand mon chemin croise des ados, et pourtant une fois en classe ça ne m’atteint plus, je les vois comme de pauvres êtres perdus dans leur âge ingrat et moi au-dessus de tout ça avec ma décennie de plus (au minimum) et ma vie d’adulte. Mais mon adolescence et une petite partie de mon enfance sont marquées par le rejet et ça ne cessera jamais d’affecter mes relations sociales, même un peu. Je me demande s’il y a beaucoup de personnes qui voudraient retourner à l’âge ado toutefois…

    1 juin 2016 à 10h21
  • Répondre Eva

    Lorsque j’ai change de primaire, j’ai aussi subi un peu harcèlement scolaire pendant mon CM1 / CM2. LA petite nouvelle que j’étais s’est renfermée sur elle-même et à commencé à bégayer ce qui à empirer les choses car on se moquait de moi. Quand le prof m’interrogeait c’était à chaque fois un moment de honte pour moi… Je n’ai jamais rien dit, mon bégaiement est parti au début de mes années lycées mais refaisait parfois surface quand j’étais interrogée à l’oral ou dans les moments de stress.
    Meme en tant que professeur c’est pas évident de déceler ça car les élèves savent parfois être discrets et les victimes restent souvent silencieuses.

    28 juillet 2016 à 15h22
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