Expatriation et prof de FLE… mon parcours

Je crois que je ne vous ai jamais raconté complètement comment j’en suis arrivée là… ce qui m’a fait quitter le confort parisien, monter dans un Eurostar, un ferry et un avion au-dessus de l’Atlantique. Comment je suis devenue professeur de FLE. 

Prof de FLE : mon parcours

Depuis toute petite, je sais que je veux devenir prof de français. Mes parents soutenaient ce choix tout en questionnant ma capacité à assumer les élèves de ZEP et les banlieues pas terribles. Ce n’est pas grave, en 2006 après un bac littéraire, je suis allée en fac de lettres, à la Sorbonne : licence, master, agrégation, mon avenir était tout tracé.

prof de FLE Sorbonne


J’adore l’université, je me fais d’excellents amis, je m’éclate en thème latin et en version d’ancien français, la littérature, la grammaire et la linguistique me fascinent, tout va bien. En même temps, je fais du bénévolat dans mon quartier dans une association qui s’occupe des enfants en grande difficulté scolaire, tout juste immigrés et non francophones : ça me plaît beaucoup.

En deuxième année de licence, une rumeur enfle : le gouvernement voudrait instaurer la bivalence des profs comme en Allemagne. J’ai seulement 18 ans, le système de la fac me convient parfaitement, j’habite chez mes parents et je ne suis pas encore prête à commencer une carrière comme prof dans l’Éducation Nationale. Je décide donc de m’inscrire en plus en licence d’anglais l’année suivante.

On est en 2008, c’est une année difficile, je jongle entre trente heures de cours réparties à quatre ou cinq endroits différents de Paris, mais c’est une révélation, les lettres m’ennuient, je décide de ne pas faire de master de littérature. Déjà, la peur du mémoire était bien là…. Mais en janvier 2009, la réforme de la mastérisation apparaît : le gouvernement veut repousser le CAPES à la fin du master et supprimer l’année de stage. Mon université fait cinq mois de grève.

Les profs de lettres ne soutenaient pas la protestation mais ceux d’anglais étaient les premiers à aller manifester et envoyaient souvent des emails à tous les étudiants du département. Un matin s’affiche devant mes yeux  : « il y a encore des places pour partir faire de l’assistanat en Angleterre, si vous avez une L2 vous pouvez postuler ».

Je pèse rapidement le pour et le contre et je décide d’envoyer ma candidature. Début juillet, j’apprends que je pars pour York, travailler dans trois écoles primaires. Deux valises plus tard, je m’en vais sans regrets. La grève à l’université s’était très mal finie et l’ambiance dans ma famille était explosive.

FLE York


On est en septembre 2009 et ma nouvelle vie commence. Je découvre les sorties, être loin de ma famille, enseigner, vivre en anglais, avoir un immense groupe d’amis de tous horizons, les voyages et les pubs. J’hésite à rentrer ou rester une année supplémentaire en Angleterre, mais j’ai encore des attaches à Paris, un copain, des amis et surtout mes parents voudraient que je finisse mes études (j’avais quand même présenté mes partiels de L2 d’anglais). Je refais mes valises en juin et je rentre, dépitée. Grâce à mon amie Claire, je décide de faire du FLE, du français langue étrangère. Je ne veux plus entrer dans l’Éducation Nationale, je veux revenir enseigner en Angleterre.

S’ensuit la plus mauvaise année de ma vie, le début de ce malaise français, je ne suis plus à ma place nulle part, ni parmi mes amis qui n’ont pas vécu cette expérience, ni à Paris, ni à l’université. Mes premiers cours de FLE à l’université de Paris IV sont une blague, je vais faire un stage dans une école près d’Opéra. Ce sont mes premiers élèves adultes, chaque lundi matin il y a cinquante étudiants qui écoutent attentivement mes explications. Pas de doute, c’est ça que je veux faire.

Mai arrive, c’est le temps des décisions. J’ai deux licences, mon copain m’a quittée, mes amis m’ont tourné le dos, je réfléchis aux options possibles. Repartir et faire un master par correspondance, trouver un stage ou un travail, rester faire le master en France et partir pour de bon deux ans après ? Je suis tentée par cette option car le master de ma fac n’a pas de mémoire en M2. Mes parents refusent que je parte en stage temporaire, ou je trouve un vrai travail ou je reste à Paris. Ils placent même le travail avant le master, un vrai changement.

Juillet, je décroche un poste à temps plein dans une des plus grosses écoles parisiennes alors que je ne suis même pas encore en master. Le matin je vais tout au bout de la ligne de métro enseigner aux enfants et l’après-midi faire des ateliers de phonétique, civilisation, oral… c’était un bel été. Un après-midi je suis allée grimper les marches de l’Alliance Française pour un entretien d’embauche.

J’avais obtenu un poste à Jersey, dans les îles Anglo-Normandes. Moitié assistante de français dans des écoles secondaires, moitié prof de FLE. J’ai su très vite que je voulais rester, et retrouver cette vie de pubs, sorties et amis internationaux a été une renaissance. En même temps je fais mon M1 de FLE à distance avec l’Université de la Sorbonne Nouvelle. Mon chef et mes collègues me confient de plus en plus de cours, me donnent de bons conseils, j’apprends à être prof, pour de vrai. (et je vous ferai un article sur l’île, elle le mérite)

Prof de FLE Jersey


Je décide de rester à Jersey une deuxième année pour finir mon master de FLE. Je suis heureuse, à ma place, mais les hésitations reviennent. Rester ? Commencer une formation pour être prof en secondaire ? Repartir ? Les ados me rendent un peu folle parfois et la pluie joue sur mon moral. Par sécurité, je décide de profiter des opportunités offertes par le statut étudiant et faire un dossier pour partir au Canada. Le choix de la destination a été stratégique : tous les postes sont en université, le seul public qui manque à mon CV. Le mythe est rompu, je ne rêvais pas d’hivers ni de poutine, juste d’améliorer mon employabilité… J’avais aussi décroché un job en Estonie… vous savez ce que j’ai préféré !

Il y a exactement un an je n’étais vraiment pas bien quand j’ai su que je partais au Canada, ici au Manitoba. Je me suis accrochée, l’été a été plein de soleil, d’amies et de plages, et les larmes ont fini par tarir. J’ai pleuré sur le ferry du retour, pour clore deux ans de mon existence. J’étais arrivée jeune et optimiste, je partais avec des compétences, des expériences, mais sans regrets. Prête pour la prochaine étape.

FLE Canada

Fin août dernier (en 2013) je suis montée dans un Paris – Montréal – Winnipeg, et j’ai débarqué dans ma petite ville des Prairies. La semaine prochaine je vais recevoir un email de mon remplaçant, plein d’angoisses et d’appréhension : « dis-moi c’est comment ? » alors que ce sera à mon tour bientôt de tirer encore le rideau, dire au revoir, refaire les valises.

Vous savez que je ne veux pas rentrer en France. Vivre en Amérique du Nord m’a fait sortir de ma comfort zone, je suis prête à ne pas revenir en Europe (même si je pense que j’irai en Angleterre le jour où je voudrais m’installer). Expérimenter l’Asie m’attire tout particulièrement. Et même si être prof de FLE est un peu une galère, il n’y a pas assez de postes pour trop de diplômés ou d’expats déjà sur place. Mais je m’accroche. La roue va tourner, les valises refaites, un billet pris, et l’aventure va continuer. C’est la vie que j’ai choisie.

Cet article a été écrit en 2014. Après le Canada, j’ai enseigné le FLE en Australie, en Hongrie et à Paris, vous trouverez plus de détails en faisant une recherche sur le blog.  Si on récapitule mon parcours, mes études et mes expériences en FLE :

2006-2008 : L1 et L3 de lettres modernes à la Sorbonne
2008 – 2009 : double cursus L3 de lettres modernes et L1 d’anglais
2009 – 2010 : année comme assistante de français en école primaire avec le CIEP en Angleterre + L2 d’anglais à distance
2010 – 2011 : retour à Paris, L3 de licence d’anglais avec mention FLE, stage à Paris et prof de FLE l’été
2011 – 2013 : deux ans à Jersey : prof de FLE à l’Alliance française et assistante dans des écoles. Master 1 et Master 2 à distance avec la Sorbonne Nouvelle.
2013 – 2014 : lectrice à l’université au Canada avec le CIEP et mémoire de Master 2
2014 : 2015 : Melbourne, Australie : prof à l’Alliance Française puis chargée de TD à la fac
2015 – 2016 : prof de FLE dans trois écoles à Budapest en Hongrie avec la Fondation – et j’ai détesté cette expérience.
2016 : prof de FLE à Paris, de contrats précaires en contrats précaires.
2017 : contractuelle dans l’Éducation Nationale comme prof d’anglais !
et à partir d’avril 2017 : prof de FLE en Alliance Française au Canada


Il y a plein de détails, d’informations et d’anecdotes sur mon job de prof de FLE dans le monde dans la catégorie dédiée et c’est par ici pour m’envoyer un mail – poli – si vous avez des questions !

17 Commentaires

  1. Marion Moulin
    28 mars 2014 / 12h49

    Tu as un parcours professionnel vraiment impressionnant pour ton age! Et avec un CV pareil et une telle passion, n’importe qui aurait de la chance de t’avoir 🙂
    Pour moi le FLE ça à aussi été un déclic (enseignement + voyage = combo gagnant), mais pas le fait de vouloir s’expatrier… L’ailleurs m’a toujours attirée!
    L’Asie m’attire aussi depuis des années, d’ailleurs c’est décidé, je vais m’y installer cet été! (Même si je n’ai pas encore trouvé de boulot là-bas, mais ça c’est une autre histoire!)

  2. lauween
    28 mars 2014 / 4h14

    Le mot de la fin, c’est une necknomination version littéraire ?

  3. 28 mars 2014 / 1h14

    ça me fait tout drôle de lire noir sur blanc être celle qui t’a donné une idée… (Même pas fait exprès !) Je ne sais pas dans quoi on s’est embarqué mais je suis d’accord avec toi : c’est un métier fabuleux !

    • Mel
      16 janvier 2017 / 21h31

      Coucou,
      Merci pour ce blog intéressant 😉
      Il y a juste quelque chose que je voulais souligner: il y a quelques petites erreurs de grammaire, ce qui est embêtant car vous êtes profs de FLE. (Pas seulement l’auteur du blog mais aussi de la part d’autres profs de FLE dans les commentaires).
      Quoi qu’il en soit, encore j’insiste : ce blog est vraiment superbe. Merci pour votre transparence. Et bon courage pour la suite.

      • Mel
        16 janvier 2017 / 21h34

        J’ai écrit « J’insiste encore » et un peu plus loin, « ce blog est vraiment super » et non pas superbe

      • 16 janvier 2017 / 22h08

        Bonjour Mel et bienvenue ! J’ai relu mon article et j’ai trouvé uniquement un e oublié. Presque irréprochable ! Orthographe et inattention dans le même panier, on se relit pas forcément bien et on clique trop vite, comme votre commentaire 😉 êtes-vous dans le FLE aussi ?

  4. 28 mars 2014 / 1h52

    Oh God !!! JE te l’ai déjà dit mais je le répète, que tu es courageuse !! j’envie cette volonté, cet esprit aventurier, cette ambition que tu as … tu fais les bons choix, tu es épanouie alors continues comme ça 🙂

  5. 28 mars 2014 / 3h55

    C’est drôle comme je me rappelle ce sentiment, cette envie qu’il n’y a pas assez de temps et trop de pays à voir, à vivre… Profite et explore!

  6. 28 mars 2014 / 5h31

    En te lisant, je me demandais pourquoi j’ai toujours voulu partir. Pas de déclic, comme toi, ça a toujours été une évidence. Comme de savoir que je ne rentrerai jamais. Ce n’est pas un rejet de la France, mais la curiosité d’aller ailleurs.

  7. 28 mars 2014 / 16h55

    Cet article m’intéresse énoooooormément puisque je veux aussi faire FLE. J’ai le temps puisque je suis seulement en 1ère année de licence d’anglais mais il me faut un but pour me motiver ^^ Je suis un peu perdue parce que je rêve d’enseigner en Angleterre (Jersey… ouiii un article dessus!), au Canada ou par là mais en même temps je pense que ma famille me manquera et si un jour je décide de revenir et rester en France je vois pas ce que je pourrais y faire ^^
    J’te trouve vraiment courageuse de tout quitter comme ça, à chaque fois, je sais que mon coeur serait brisé en 3000 pièces si j’étais à ta place! Mais comme toi c’est une évidence de partir, j’ai beau aimé mon petit coin, ma région, je n’arrête pas de penser à l’autre côté de la Manche. Je ne me suis jamais sentie aussi bien, libre et vivante que les 3 fois où je me suis retrouvée au milieu de Londres.

    Du coup je suis pas encore une expat’ et j’ai raconté ma vie haha mais oui ça m’dit un article du genre et j’apprends beaucoup de choses en te lisant 🙂

    • 28 mars 2014 / 17h19

      Oh, si tu veux m’envoyer un mail pour que je t’explique un peu comment ça se passe en Angleterre vs le FLE proprement dit, n’hésite pas ! Ravie d’être utile 🙂

  8. 8 mai 2014 / 5h49

    J’arrive 10 ans après mais tu as essayé de postuler sur les annonces du ministère des affaires étrangères ? Ton profil correspond bien aux postes et tu pourrais partir sur des contras de 2 ans.

  9. Bihel Ingrid
    30 avril 2017 / 14h01

    Bonjour Kenza,

    Je viens de découvrir ton blog que j’aime beaucoup :p
    Je suis actuellement en formation à distance à l’Alliance française, et je souhaitais savoir comment tu as obtenu ton poste à Jersey. Mes parents habitent juste « en face », à Barneville Carteret, et ce serait pour moi idéal d’aller travailler dans cette île. Aurais-tu la gentillesse de me fournir des infos ? Merci. Ingrid

  10. Rorah
    13 septembre 2017 / 16h31

    Ayant un master en droit des affaires Marocain et 8 ans de service administratif en fonction publique, je compte changer de carrière et enseigner la langue française à l’étranger. Je me suis renseignée au près de l’institut français qui m’a expliquée que le DAEFLE est plus demandé car plus pratique et plus précis. Par contre, je lis sur le net que le DAEFLE n’est accepté que par l’alliance française et quelques associations privées. Sur 10 mois et à un montant remarquable, pensez vous que ça vaut le coup de le préparer mieux qu’un master FLE question d’être embauchée?

    • 15 septembre 2017 / 15h53

      Bonjour,
      Les informations que vous avez lues sur Internet sont bonnes, le DAEFLE n’est en effet que peu reconnu.

  11. Rorah
    15 septembre 2017 / 18h11

    Merci beaucoup 🙂 bonne soirée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *