Canada

Mon Canada à moi

On me demande souvent si je veux y retourner. Et la réponse est oui, mille fois oui.

Mon Canada à moi ferait grimacer les expatriées de Montréal. Parce que ce pays gigantesque dont la devise est « d’un océan à l’autre » est plus que divers et discuter de la dichotomie Québec vs. Canada pourrait durer des heures. A Montréal j’avais revu une amie rencontrée en Angleterre, on avait fait le même programme d’assistanat de langue, et nos vies dans son pays étaient fondamentalement différentes.

Mon Canada à moi, c’était d’aller chez Tim Hortons à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, parce que dans une petite ville c’est le seul endroit ouvert 24h sur 24 pour les insomniaques – nous dormions le jour et étudions la nuit avec mes amis internationaux. Et avec les copines canadiennes, quand on partait en road-trip, on s’arrêtait au moins trois fois lors du voyage. Les gobelets dans leurs repos adéquats (comment on dit cup-holder en français ?) et la boîte de Timbits au milieu. J’étais pas très douée et en général je finissais toujours avec du café sur moi. Le French Vanilla me manque.

Quand j’étais sur le siège passager, la phrase sur le rétroviseur me fascinait. Objets in mirror are closer than they appear. Je regardais les Prairies défiler pendant des centaines de kilomètres. La première fois qu’on m’a demandé de gratter la vitre gelée, je ne savais pas par quel bout prendre le grattoir – mes amies ont bien ri.

Mon Canada à moi, c’était l’anglais tout le temps. Il n’y avait que peu de francophones et ils avaient un accent dément (le franco-manitobain est dix fois le québécois à l’oreille et à la syntaxe) et très vite j’ai adopté les expressions et les tics de langage, eh. J’aurais dû faire une liste, j’ai presque tout perdu, remplacé par l’argot australien dans mon vocabulaire quotidien.

Mon Canada à moi, c’était les matchs de hockey amateurs dans l’arène qui puait le poisson, la boîte de nuit où on dansait la country, les cocktails à 3 dollars 50, les Caesars, Seven and Seven et le Spiced rum.

Dans mon Canada à moi, tous les mecs avaient une barbe, une casquette à l’effigie de leur équipe préférée, les Jets, les Bombers, parfois un Riders un peu perdu (c’est l’équipe de la Saskatchewan) et un pick-up truck. La chemise de bûcheron n’était pas un accessoire de mode, il y avait de fortes chances pour qu’ils le soient.

Je croisais des bus jaunes d’écoliers, j’allais à Walmart, on mangeait tout le temps des chips avec des dizaines de dips – et de la sauce ranch. Le barbecue par moins 30 n’avait pas gêné le père de ma copine, j’ai survécu au moins 50, à un week-end dans une small town, au blizzard, au décalage horaire, à mon job pas si facile.

Dans mon Canada à moi, le rooftop c’était ma fenêtre au dixième étage du bâtiment le plus haut, il n’y avait pas de trucs underground dans les deux sens, pas de festivals, à moins 40 plusieurs mois il fait trop froid. On trouve plus facilement des perogies ukrainiennes que des produits français, des quarters américains échangés dans ma monnaie, et personne n’y est jamais allé.

A chaque fois que je croise un Canadien et que je dis des étoiles dans les yeux que je vivais au Manitoba, il s’excuse et confesse I’ve never been there. C’est pas grave, c’est l’endroit où les gens ont leur vérité sur leur plaque d’immatriculation : Friendly Manitoba. C’était chez moi, mon Canada à moi.

canada-mitts

Les PVT vont s’ouvrir et je suis jalouse de tous ceux qui vont avoir cette chance que j’avais saisie un peu par hasard, un peu par calcul. Parce que oui, je veux y retourner, mais pas dans ces conditions-là, j’ai trop étudié, galéré, et je suis trop attaché au pays et ses secrets pour placer un tel enjeu sur la rapidité de ma connexion Internet. Je ne suis pas encore prête. Mais mon Canada à moi, ce sont mes amis qui l’ont forgé et sans eux l’expérience serait différente.

Ca va mieux quand même. Je suis moins nostalgique et moins dans le rejet de l’Australie. Lorsque j’ai réalisé que mon étiquette à bagage drapeau canadien avait disparu juste avant de prendre l’avion pour Melbourne, c’étai un signe. On verra bien ce que l’avenir me réserve mais je suis impatiente, comme toujours !

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22 Commentaires

  • Répondre Sara

    Très beau texte qui m’a beaucoup touché et qui m’a encore plus donné envie de venir découvrir ton Canada à toi. Je te souhaite de pouvoir y retourner y vivre un jour… Et qui sait, je viendrais surement te visiter quand tu y seras de nouveaux 🙂

    25 février 2015 à 17h57
    • Répondre Kenza

      Merci Sara ! Je suis sûre qu’on pourra se rencontrer un jour ou l’autre de l’autre côté de l’océan 🙂

      27 février 2015 à 17h20
  • Répondre Miss C

    Difficile de ne pas aimer le Canada, on s’y sent serein je trouve. By the way, j’ai les mêmes moufles !

    25 février 2015 à 17h59
    • Répondre Kenza

      Elles sont incontournables ! Oui, en sécurité, et avec un sentiment d’appartenance aussi que je ne ressens pas du tout en Australie.

      27 février 2015 à 17h21
  • Répondre pomdepin

    J’espère pour toi que tu y retourneras, mais ça fait plaisir aussi de voir que tu commences à apprécier l’Australie.

    25 février 2015 à 19h13
    • Répondre Kenza

      Merci Pompdepin ! J’avais besoin de voyages et de vacances je crois 🙂

      27 février 2015 à 17h21
  • Répondre Thibault

    Reviens! On t’attend au MB! Mais t’es pas obligée de retourner à Brandon hein 😀

    26 février 2015 à 2h16
    • Répondre Kenza

      Si je reviens, l’immigration par le MB est la voie que je choisirais je pense ! Merci en tout cas, c’est dommage qu’on se soit ratés l’an dernier !

      27 février 2015 à 17h22
      • Répondre Thibault

        Si tu reviens, on rattrapera cette erreur 😉

        28 février 2015 à 2h10
  • Répondre Let It Snow

    Ton texte m’a fait quelque chose… j’y ai reconnu un peu de mon Canada. Un jour, j’aurai suffisamment de recul pour prendre conscience de tout ça.

    26 février 2015 à 2h45
  • Répondre Jasmin

    Il est joli ton Canada à toi 🙂

    26 février 2015 à 3h51
    • Répondre Kenza

      Mais oui, et tu en as fait partie aussi !

      27 février 2015 à 17h22
  • Répondre Laure

    C’est peut-être l’un de nos projets de découvrir un peu le Canada avec mon compagnon… Mais c’est difficile de faire des plans et de se lancer pour le moment, on est pas mal bien installés en Allemagne…
    Tu nous conseillerais le Canada pour partir y travailler et vivre peut-être 1 an ou 2 ? Tu sais si les Français là-bas ont leur place pour le travail et vivre leur vie ?

    En tout cas je comprends cette nostalgie et je la trouve assez terrible. Je pense aussi qu’on est rentré dans un âge (25-30ans) oú on se rend compte du temps qui passe et les années commencent à passer bien trop vites, tout comme les souvenirs qui se succèdent…Chaque fois que je dis « l’année dernière en Angelterre… », et que je dois me reprendre avec « ah non, il y a 2 ans en fait », ça me fait toujours un choc !

    Bref, merci pour cet article, c’était très sympa de partager ton expérience au Canada.^^

    26 février 2015 à 20h05
    • Répondre Kenza

      I feel blue set en train de faire une série d’articles sur la vie au Canada, va y jeter un oeil ! Ton compagnon est français aussi ? Le Canada, c’est plus une histoire de chance. Il faut le PVT pour y partir, un permis de travail ouvert de deux ans qui coûte seulement deux cents dollars MAIS c’est un système de loterie. Il y a 7000 places pour plus de 50000 candidats, connectés en même temps pour déposer leur dossier en ligne. C’est difficile à obtenir, encore plus pour un couple. Après, il y a autant de façons d’organiser son voyage que de voyageurs ! Québec vs Canada anglophone, petits boulots vs travail dans sa branche, routine vs vie itinérante.. Le site Pvtiste a toutes les informations sur comment partir et la situation du marché du travail.

      27 février 2015 à 17h25
  • Répondre Laure

    PS: tu pourras effacer ce commentaire : je ne sais pas pourquoi le lien d’un de mes articles s’est mis à la fin de mon précédent commentaire…c’est une nouvelle option de commentaire…? Dsl du coup =(

    26 février 2015 à 20h07
    • Répondre Kenza

      Oui c’est une nouvelle option, ne t’excuse pas ! 😀

      27 février 2015 à 17h26
  • Répondre carrie

    Tres tres beau texte, jolie nostalgie 😉

    26 février 2015 à 20h33
    • Répondre Kenza

      Merci Carrie !

      27 février 2015 à 17h26
  • Répondre unefamilleawinnipeg

    coucou,

    super ton article qui nous donne encore plus envie vivement notre départ et qui sait peut-être se rencontrer un jour au manitoba:)

    28 février 2015 à 4h52
  • Répondre LucileMB

    Cup holder = porte goblet 😉 Feel free to come explore AB it’s my Canada!

    19 août 2015 à 17h39
  • Répondre Elisa

    C’est drôle, j’ai un peu le même Canada que toi 🙂 Avec un accent franco-ontarien à couper au couteau et des Tim’s à tous les coins de rue. On ressent une grosse différence entre les personnes qui vivent à Montréal, Toronto, etc, puis les autres. La dernière fois, j’ai fait une blague avec le fameux eh! à mes amis de Toronto et ils n’ont pas compris… 😀

    4 août 2016 à 23h31
    • Répondre Kenza

      J’ai tellement, tellement hâte d’y retourner !

      7 août 2016 à 11h54

    Un petit mot ?

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