Expatriation

Mon auberge espagnole – comment se faire des amis quand on s’expatrie

J’ai décidé de l’endroit de ma seconde expatriation, mais la première et la troisième ont été le fruit du hasard. Et je crois aux coïncidences : si je n’ai pas choisi ma ville actuelle, c’est elle qui m’a choisie. Et même en regardant la carte, ce tout petit point au milieu du Canada, en cherchant le nombre d’habitants (43 000), d’activités (peu), de musées (un), les températures (moins 50 degrés celsius le week-end dernier) je n’ai jamais râlé. L’univers avait fait des projets pour moi.

Quand j’arrive dans un nouvel endroit, j’ai quelques techniques pour rencontrer des gens.

  • l’Alliance Française, qui a des profs de français certes, mais aussi souvent des étudiants locaux qui voudraient un partenaire de conversation.
  • CouchSurfing, même sans avoir besoin d’un logement. J’ai envoyé quelques messages en arrivant, expliquant que je venais de débarquer et que je connaissais personne, et c’est comme ça que j’ai rencontré mon groupe d’amies canadiennes.
  • les assistants de langue ou les étudiants internationaux – ça vaut surtout quand vous êtes jeunes, un peu moins en couple avec enfants.
  • votre travail évidemment (mais ça rejoint le premier point pour moi)
  • peut-être les groupes comme Meet up, mais il n’y en a pas ici.

Dans ma petite ville des Prairies, j’ai rencontré les gens les plus chaleureux du monde, de mon monde. Seulement quinze jours après mon arrivée je passais ma première soirée avec les Canadiens, et un peu plus longtemps pour les internationaux, que je gardais volontairement à distance. Mais là, il est 2h30 du matin, je rentre de soirée et mon coeur déborde d’affection.

Je ne suis pas quelqu’un qui donne son amitié facilement. Ca prend du temps, se construit, se mérite. Mes amies les plus proches se comptent sur les doigts d’une main et les retrouvailles à Paris début mai seront peu nombreuses – aussi parce que beaucoup sont parties, en Afrique, en Irlande, aux Pays-Bas, ailleurs en France. Ma plus vieille amie, je l’ai rencontrée le jour de la rentrée au lycée, il y a onze ans. Avec des connaissances je me confie peu (paradoxal pour quelqu’un qui tient un blog), garde ma vie privée très privée, mes opinions et mes croyances. Peu finalement savent tout de moi. Ce sont des amitiés stables, qui ont grandi, pris racine, ont vu tempête et marées, et durent encore.

Mais eux, mon auberge espagnole, ça a été un coup de foudre. Et quand je les vois, mon coeur déborde d’affection, je crois en l’humain encore, repoussant loin en moi la misanthrope qui n’a pas besoin de personne. Je n’ai pas vu ma famille depuis six mois, à part sur un écran parfois flou, et si ce n’est pas difficile, c’est grâce à l’amour que  je reçois. Coeurs et bras ouverts en permanence.

A nous tous on parle peut-être vingt langues, on boit du café, on se chatouille, on se dispute, on fait de la politique, on entasse des clichés sur nos nationalités, on fait de la linguistique comparée, on parle, tout le temps, on se hug aussi cent fois par soir, on se tient compagnie, on veille, tard et les uns sur les autres, on s’envoie des vannes, on couche parfois, on s’aime profondément.

J’ai pris mon billet, dans deux mois exactement je monte dans l’avion et ses détours, pour atterrir à Roissy le 6 mai. Qui sait quand je les reverrai, mes amis du monde entier, des cinq continents, qui essayent tous de me convaincre d’aller enseigner dans leur pays, du Bangladesh au Sénégal en passant par le Brésil et l’Allemagne. Mon auberge espagnole, des poupées russes, ils m’ont transformée et maintenant chaque minute va compter.

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12 Commentaires

  • Répondre Laura - FarWestCoast

    Bel article !

    6 mars 2014 à 3h13
  • Répondre pomdepin

    L’avantage d’avoir des enfants, c’est qu’on a pas le choix, on est de suite intégré à des groupes: parents d’élèves, Mothers group…ça n’arrête pas! Il y a l’avantage de toujours rencontrer des gens, et parfois de se faire de vrais amis, mais aussi des inconvénients: super Mum par exemple…:)

    6 mars 2014 à 3h28
  • Répondre Lucile

    C’est beau !!! Et je reconnais toutes mes experiences d’expat dans ce que tu as dit! Nostalgia

    6 mars 2014 à 4h19
  • Répondre jaiecrit

    Il est beau cet article, et je me reconnais dedans.

    6 mars 2014 à 5h43
    • Répondre jaiecrit

      Arf j’ai appuyé trop tot et je n’ai pas eu le temps de finir ma réponse. Je disais donc que ca me rappelle mon année aux USA, mon groupe d’amis la bas, nos souvenirs mais aussi notre séparation et cette question, quand est ce qu’on va se revoir. La question qui fait un peu mal car on vient des quatre coins du monde.
      Peut etre qu’on se croisera en France a défaut du Canada ^^ profite de tes derniers moments en tout cas <3

      6 mars 2014 à 5h46
  • Répondre karolinka88

    Il est beau cet article 🙂
    Et ta petite ville n’est pas si petite, moi je n’ai pas d’AF, pas de couchsurfing (enfin personne à Navan), et ça complique drôlement les choses pour faire des rencontres !

    6 mars 2014 à 6h21
  • Répondre ifeelblue

    oh c’est chouette 🙂 que de belles rencontres 🙂

    6 mars 2014 à 6h27
  • Répondre AdrienStricher

    A reblogué ceci sur Le Fabuleux Destin d'Adrienet a ajouté:
    Pour Caro et Lara

    6 mars 2014 à 15h25
  • Répondre Marion Moulin

    très bel article… Qui me rend toute nostalgique!

    7 mars 2014 à 4h15
  • Répondre week-end à 2

    Très intéressant comme article… mon frère s’est expatrié et idem, il a fréquenté dans un premier temps les cercles français, puis de fil en aiguille, a réussi à s’intégrer dans la vie italienne 🙂
    J’avais fait de même en angleterre, comme quoi, tes conseils sont les bons 😉
    Bonne expatriation!

    7 mars 2014 à 9h09
  • Répondre duidelijkclaire

    juste <3
    it's not about place, it's about people… Enjoy every single moment my dear!

    9 mars 2014 à 5h57
  • Répondre my vanity (un)fair

    Je suis la seule étrangère dans une colloc d’allemands ayant vécu toute leur vie dans la ville où on habite. C’est parfois un peu dur. Ils sont gentils, mais ils ont leur vie, leurs amies, leurs délires. Je trouve le plus souvent reconfort au sein de groupe de collègues expat ou d’amis d’amis Erasmus ou même d’allemands d’autres villes. C’est dur de s’intégrer quand on est seul alors autant bien s’entourer (mais va expliquer à tes parents qui te demandent pourquoi tu as si peu d’amis allemands et tant d’amis internationaux ^^)

    1 avril 2014 à 4h02
  • Un petit mot ?

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