Humeurs

Ma France à moi

Il faut s’éloigner pour mesurer la valeur de ce qu’on a laissé derrière soi. Et permettre au temps de faire son oeuvre, tout en s’imprégnant d’autres systèmes, d’autres cultures pour mieux appréhender la France, depuis l’autre côté de la Manche ou de l’Atlantique pour moi.

Mon travail, c’est un peu de la représenter la France, de la vendre. Les profs de FLE sont comme des Offices de Tourisme ambulants. On vient vous parler de minuscules petits villages dans la campagne normande, d’étranges mets provençaux et du métro parisien en supposant que vous connaissez les moindres recoins de votre pays d’origine. Ce pays dont vous faites vivre la langue et la culture en classe chaque jour. Vous incarnez la France. J’essaye du mieux que je peux, et avec mon frère, qui est boulanger, on formerait une super équipe à l’étranger, on pourrait ouvrir une école de langues-salon de thé !

Récemment j’ai dû mettre la santé de côté, parce que les coûts s’additionnent et que mon assurance canadienne ne couvre pas ce dont j’ai besoin. Les collègues américains m’expliquent la réforme Obama et ses implications. A Jersey, je n’oublierai jamais le jour où je suis sortie du cabinet, après qu’on m’ait demandé cinquante livres pour une prise de sang, facture reçue en même temps qu’un email d’une amie distillant plaintes et critiques sur Paris, les Parisiens, la France, les Français, le système, les administrations. Alors je pense à la Sécurité Sociale, même à son déficit, et à la chance qu’on a.

Ma France à moi, c’est celle qu’on nous a montrée dans les dernières éditions du Petit Journal de Canal+ et la marche de Maxime Musqua, reproduisant la Marche pour l’Egalité de 1983 (dont je n’avais jamais entendu parler avant l’émission). Ils sont partis de Vénissieux la semaine dernière pour arriver à Paris hier (mercredi) rejoints par des centaines d’anonymes en chemin. Et c’est la première fois depuis longtemps que je regrette de ne pas être en France, pour les rejoindre, marcher, avoir froid avec eux. Entonner la Marseillaise sous le drapeau. Parce qu’il y a encore un peu d’espoir.

Je suis partie, sans projet de retour. L’avenir me dira si je reviens, s’il me faudra ré-apprivoiser les rues parisiennes, reparler français au quotidien, reprendre les mauvaises habitudes. Mais j’espère que je n’oublierai pas ce que j’ai pu voir et apprendre ailleurs, pour enrichir le ici. Où que ce soit.

Arc-en-ciel-Montmartre

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11 Commentaires

  • Répondre Steph

    Mais c’est pas le land of free health care le Canada?? j’ai dû louper un truc!

    22 novembre 2013 à 7h34
    • Répondre Proserpinne

      Ah non pas du tout ! Il n’y a même pas de cotisation à la Sécurité Sociale, il faut souscrire des assurances privées…

      22 novembre 2013 à 13h02
  • Répondre ifeelblue

    comme je me reconnais dans cet article!! (bon à part le truc du petit journal car je n’ai pas suivi l’histoire!) c’est vraiment quand on perd quelque chose qu’on se rend compte de sa valeur… et le système de santé français, y a pas à dire, il est juste formidable. J’ai des tonnes et des tonnes d’histoires sur le système de santé du Québec (et je vais bientôt tester celui d’une autre province, je suis curieuse de faire la comparaison), la difficulté de voir un médecin, premièrement, puis la difficulté de voir un médecin compétent, deuxièmement, et enfin les coûts/les délais.
    On pourrait parler aussi des congés payés, parce que quand des amis se plaignent de n’avoir « que » 5 semaines par an, j’ai du mal à ne pas bondir.
    Enfin BREF!!! Bien sûr il y a des avantages et des inconvénients partout, et ça fait partie des grands enseignements de l’expatriation 🙂
    je vais arrêter là mon pavé ^^

    21 novembre 2013 à 18h12
    • Répondre Proserpinne

      Oui ! Par contre pour les vacances, je profite d’être prof 🙂

      Je crois qu’ils feront un récap dans l’émission de demain ou lundi ! Accessible sur le site de Canal sans restriction, ce qui est appréciable aussi !

      21 novembre 2013 à 18h27
      • Répondre ifeelblue

        ah oui c’est vrai! je me rappelle ma 1ere année au Canada, je regardais le zapping sur le site de Canal… j’ai arrêté car ça me déprimait!

        21 novembre 2013 à 18h29
  • Répondre Boeingbleu

    Le système de santé au Québec est loin d’être parfait mais j’ai été rarement malade donc je n’ai jamais eu vraiment de souci.

    En France ce qui me choque un peu c’est de toujours devoir avancer les frais, du coup quand j’ai dû le même mois avancer plus de 250€ de frais médicaux, j’ai dû demander un découvert le temps que la sécu+mutuelle remboursent. Après, c’est vrai que tout est éventuellement remboursé et j’ai surtout beaucoup de chance d’avoir une bonne mutuelle!

    22 novembre 2013 à 5h58
    • Répondre Proserpinne

      Oui tu as raison. Je ne suis pas malade non plus, j’ai besoin de pilules… et c’est l’ironie de mon assurance soi-disant pour les jeunes voyageurs ou actifs qui refuse de couvrir ce truc pourtant essentiel !

      22 novembre 2013 à 13h03
  • Répondre pomdepin

    Juste pour te dire que je t’ai taggé. Comme tu l’as déjà fait, ignore si tu veux…

    24 novembre 2013 à 6h56
    • Répondre Proserpinne

      Merci ! J’ajouterai les réponses à mon post initial 🙂

      24 novembre 2013 à 11h42
  • Répondre Ferdy Pain d'épice

    Salut, je découvre avec joie ton blog Grace a ton interview pour le coin des voyageurs 🙂 je voulais rebondir sur le système québécois, idem j’ai plusieurs choses a dire dessus, des médecins vraiment incompétents… Mais bon, on apprend a tomber moins malade aussi, c’est pas comme en France, au moindre bobo, on court chez son généraliste 😉 pour ce qui est de la pilule, je me la fait envoyé par poste tous les trois mois 🙂 merci maman !

    25 novembre 2013 à 9h17
  • Répondre jaiecrit

    C’est tellement ca. Beaucoup crache dessus, beaucoup veulent partir pour voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Elle l’est un certain temps, selon notre etat d’esprit, selon nos galeres aussi. Vivre dans un pays sous developpe, meme que 4 mois, m’a fait prendre conscience de toutes ces choses. Je ne dis pas que notre mode de vie europeen, occidental est normal, ou est le mieux a l’epoque de la mondialisation, surconsommation et j’en passe, mais on a de l’eau potable au robinet, l’eclairage public les transports publics, un gouvernement present, la securite sociale. Nos droits sont plus ou moins respectes, et meme si c’est pas rose tous les jours, meme si la crise nous touche aussi. On est pas si mal lotis, je dirais 😉

    28 novembre 2013 à 9h16
  • Un petit mot ?

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