Humeurs

Les questions et les déceptions

Après de nombreux teasers, il est temps de venir vous dire la vérité, et raconter tout ce qui va autour. Les questions et les déceptions qui entourent ces prochains mois et qui restent encore sans réponse.

Il y a un an, j’atterrissais en France, sonnée par les vingt-quatre heures d’avion. Il y a deux ans, je préparais mon départ à Melbourne. Il y a trois ans, je fêtais mon anniversaire à Jersey, vingt kilos en moins et des rêves plein la tête. Il y a… etc. Je vais fêter mes cinq ans d’expatriation en continu alors que je quitte mon cinquième endroit.

La question est comme d’habitude récurrente et quotidienne. Tu fais quoi l’an prochain ? depuis déjà quelques temps, comme si le schéma n’était voué qu’à se recommencer. Comme si le présent ne méritait pas qu’on s’y attarde trop, car autre chose attend quelques instants plus loin.

Je ne fais rien l’an prochain. Pour l’instant.

Tout s’est décanté la semaine de mon voyage en Italie, mi-mai. Je devais me lever à 3h30 pour prendre l’avion de 6h, et après une mauvaise nuit ponctuée de ces inquiétudes de ne pas se réveiller, à 3h20 j’ai vu que j’avais un message du Canada. J’avais reçu une invitation à présenter un PVT.

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Vous savez à quel point je veux retourner là-bas. Instantanément réveillée, j’ai eu envie de pleurer de joie et de soulagement, un peu. Mais j’ai été très vite rattrapée par la réalité : l’avion à ne pas manquer mais pas que, les dix jours pour accepter alors que j’allais en passer sept en vadrouille et les vingt autres pour entasser nombre de papiers. J’étais terrifiée. J’ai jonglé entre les bureaux, les scanners, les impressions et les courriers internationaux.

La même semaine, j’ai aussi reçu un mail me disant que j’étais acceptée en Espagne pour devenir assistante de langue en Castille-la-Manche, mon deuxième choix régional.

Tout s’alignait, karma, planètes, j’avais un avenir assuré pour les trois ans à venir. Je comptais enchaîner les deux départs, car le contrat espagnol court d’octobre et à mai et une fois le PVT délivré, il y a douze mois pour partir. C’était un poids en moins qui m’a aidé à vivre les derniers jours ici. On a dit que j’avais le sourire, que j’avais l’air mieux. Pas seulement parce la fin devenait perceptible, parce qu’il y avait une porte de sortie.

Le 1er juin j’ai validé ma demande de PVT, sans y avoir inclus le casier judiciaire australien pas encore reçu à cause des délais de traitements de la poste. Il manque aussi un autre truc à mon dossier, il y a donc une possibilité que mon visa soit refusé. Ce même soir, j’ai aussi passé un entretien pour une école de langues en Espagne. Car j’avais parlé à de nombreuses personnes sur Facebook, et le job d’assistant est… un job d’assistant, même dans les écoles pour adultes. Le professeur titulaire dicte ce qu’il y a à faire, fournit le contenu, souvent ne quitte même pas la classe. Ce sera ma septième rentrée, je ne supporterais pas une année supplémentaire à faire des photocopies et le robot à prononcer. Je veux mes propres classes. Donc j’ai un peu cherché autre chose. Et ce centre proposait, toujours pour adultes, des cours de français tous niveaux et de l’anglais précoce. Deal. L’entretien s’est très bien passé même si son organisation a été assez chaotique.

Depuis, ils ont mis vingt jours à me faire une proposition qui n’est pas du tout à la hauteur de mes attentes. Vingt jours de mails avec des questions de mon côté et des réponses expéditives de l’autre, promettant plus d’infos tout à l’heure, demain, demain, pour des lendemains qui duraient des jours entiers. La communication passe très mal et le salaire est bien trop bas.

Je me voyais déjà vivre dans cette petite ville andalouse, revivre même, oublier l’expérience hongroise et réapprendre doucement à sortir, vivre dehors, être sociable et ne plus détester l’école. Je reparlerai de cette année, bien sûr, de ce qu’elle m’a apporté et surtout de ce qu’elle a détruit. Je n’aurais pas dû venir vivre ici.

L’Espagne n’est pas meant to be. Je vous ai déjà expliqué mes critères de recherche. Je veux un travail de prof de FLE, varié, avec des conditions honnêtes, dans un pays sécurisé et sans choc linguistique majeur. Je ne postule donc à presque rien. Et en discutant ce week-end, on m’a posé la question… mais pourquoi l’Espagne alors que tu veux tellement retourner au Canada ? c’est vrai et je n’ai pas su quoi répondre. J’attends donc. Le visa canadien tout d’abord, une autre réponse britannique ensuite, et en attendant, je reste en France, c’est tout. J’ai trop peur de commettre les mêmes erreurs, de continuer à vivre dans l’incertitude, de ne pas être heureuse. Je voudrais me retrouver un peu. Ce soir, je suis déçue et inquiète, et j’ai l’impression que n’importe quelle décision sera mauvaise. Je ne sais plus si je dois partir ou rester.

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23 Commentaires

  • Répondre Eleanor

    Ces dernières semaines ont dû être très éprouvantes pour toi en effet. Toi seule peut savoir ce qui est bon pour toi, alors, écoute toi, fais-toi confiance. A te lire, j’ai cependant vraiment l’impression que tu as besoin de faire une pause en France, de ne pas forcément repartir tout de suite, de retrouver des repères, des environnements familiers. Partir pour partir n’est pas forcément une bonne solution. Surtout si c’est pour retrouver des conditions qui ne te satisfont pas…et à ce que je lis de cette offre espagnole, je pense en effet que tu risques d’être frustrée / déçue. C’est une excellente nouvelle pour ton PVT canadien, c’est ce dont tu rêvais, alors je croise les doigts pour que cela aboutisse et que tu puisses débuter cette nouvelle aventure dans quelques mois, quand tu seras plus apaisée et sereine.
    En attendant, je t’embrasse et te souhaite un bon retour en France dans les prochains jours <3

    20 juin 2016 à 19h04
  • Répondre lolli15

    Tu as raison de ne pas prendre un job qui n’est pas fait pour toi ou dans un pays qui ne te convient pas. Tu as été assez malheureuse comme en Hongrie . D’ailleurs c’est quelle date ton retour en France ?

    20 juin 2016 à 19h04
  • Répondre Alexandra

    Woaouw ça fait beaucoup de choses en même temps… je te souhaite vraiment le pvt ! Mais rien n’est jamais si sûr… alors d’ici la réponse, je te souhaite de calmer tes inquiétudes, de profiter du retour en France, d’attendre la fameuse réponse. Et si c’est non, tu pourras prendre le temps de te poser à Paris, de réfléchir à ce que tu veux pour la suite.
    On se sent tellement dans l’urgence alors qu’on a la vie devant nous ! Courage en tout cas.

    20 juin 2016 à 19h09
  • Répondre Frenchie in Canada

    Et bien, ça en fait des choses en même temps. J’imagine le stress pour toi de devoir tout jongler en même temps. Ça fait beaucoup!
    Je pense que tu as bien raison en tout cas de ne pas accepter quelque chose qui ne te convient pas! Tu as assez donné en Hongrie. Une pause dans toutes ces expatriations en série te fera certainement du bien en plus.
    Je te souhaite un oui pour ton PVT alors! Je croise les doigts 

    20 juin 2016 à 19h53
  • Répondre ifeelblue

    arf 🙁 je suis tellement triste pour toi quand tu dis que tu aurais préféré ne jamais venir en Hongrie. J’espère que rétrospectivement, tu trouveras l’expérience enrichissante. Et j’espère surtout que quoi que tu fasses, tu atterrisses dans un endroit qui te rendra heureuse.
    Je croise les doigts pour que ça marche pour le Canada. C’est vrai que si c’est vraiment la destination qui te fait rêver, tu pourrais peut-être viser sur du plus long terme et lancer les démarches pour la résidence permanente? Juste une idée comme ça 😉

    20 juin 2016 à 20h01
  • Répondre Pomdepin

    C’est peut etre que tu as justement besoin d’une pause. En tout cas, j’espère que ça ira pour le visa canadien, je croise les doigts.

    20 juin 2016 à 20h45
  • Répondre Florence

    Moi je pense fort à toi ! <3 Ce n'est pas une période évidente mais j'espère que tu trouveras ton chemin. Avec mon mec, on est tous les deux en recherche de job en France ou ailleurs. Pour le moment cela penche plus vers le "ailleurs" mais rien est encore sûr. Tout ça est bien flou. L'avenir est aussi fait d'incertitude mais on prend le temps de voir les options, de réflechir aux choix qui peuvent être faits et on ne se précipite pas. Je continue de croiser les doigts pour le Canada, vraiment ! Grosses bises

    20 juin 2016 à 20h54
  • Répondre Lucie

    Wahou, quel article, qui reflète tellement de mes préoccupations personnelles.
    Je termine une année en Espagne, où professionnellement tout s’est bien passé (un stage de m2 de 6 mois en AF qui s’est suivi d’un contrat, avec plein de responsabilités et dans une super équipe, après une année à faire l’assistante-perroquet à Rome).
    Mais dès mes premières semaines en Espagne, ça a été très dur pour moi. J’avais le moral au plus bas, j’ai très vite fait le tour de la ville où je vivais, je m’y suis sentie enfermée. Le fait de ne pas parler la langue et de ne pas progresser aussi vite que prévu me renvoyait à une situation d’échec, je m’en voulais d’avoir quitté l’Italie… bref c’était dur et je ne l’assumait pas car pour moi une expatriation choisie est synonyme d’épanouissement, donc ne pas la réussir c’est impensable, je me sens encore aujourd’hui nulle pour ça même si j’ai décidé d’arrêter de me culpabiliser.
    Maintenant, face à une nouvelle opportunité de boulot que j’ai acceptée, je me pose la question : est-ce que j’ai bien fait ? Est-ce que c’est ce que je veux ? Le poste n’est pas dans la ville où je rêve vraiment de vivre, est-ce que c’est une erreur de l’accepter ? C’est dur aussi parce qu’avec le métier qu’on fait, on s’engage pour une année scolaire et c’est vraiment difficile d’abandonner en cours d’année, sur le plan humain, moral etc. Mais plus le temps passe, plus je grandis et plus je me demande : jusqu’à quand ?
    Pour ton poste en Andalousie, sache que les salaires sont très très bas en Espagne et calculés selon des méthodes vraiment bizarre. Il m’est arrivé, certains mois, de réaliser que je ne touchais que 5,30€ de l’heure… euh ?!
    Merci pour tes mots. Je te souhaite plein de bonnes choses pour la suite 🙂

    20 juin 2016 à 21h14
  • Répondre Margarida

    Coucou,

    Je crois comprendre ce que tu ressens… parfois on a juste envie de « ne plus rien faire » et de juste vivre sans penser à faut faire ceci si je veux aller là, envoyer cela si je veux avoir ceci, juste « vivre » et tu sais, ça peut cacher de bien belles choses. Peut-être que cette pause est en fait incontournable !

    Courage et bises

    20 juin 2016 à 21h16
  • Répondre Tameï

    Je te souhaite de recevoir ta LI rapidement pour que tu puisses faire ton choix de rester, partir cette année ou l’année prochaine. On ne m’avait pas demandé le certificat de police des USA, je ne ‘lavais pas donné de moi-même car il est très compliqué à obtenir. J’ai eu mon PVT malgré tout.

    Je comprends ta déception vis à vis de cette année. Aussitôt rentrée j’ai vite tourné la page de mon aventure en Pologne qui n’aura été que déceptions.

    Bon retour en France et bon courage !

    20 juin 2016 à 21h48
  • Répondre carrie4myself

    J’espere que ca va aller. Une pause peut faire du bien 😉

    20 juin 2016 à 21h53
  • Répondre Virginie

    Suis ton instinct. Ne prends pas ce poste que tu ne sens pas. Il y a des moments où rien ne semble avancer et d’un coup, parce qu’une réponse arrive, qu’un élément se débloque ou alors que notre cerveau a rassemblé toutes les pièces du puzzle, c’est plus clair. Ta prochaine année sera belle, où qu’elle soit !

    20 juin 2016 à 23h52
  • Répondre Lucile

    Emotionnal rollercoaster !!
    J’espère que tu seras vite fixée pour le Canada… je croise les doigts !!

    21 juin 2016 à 0h53
  • Répondre Cécile

    Oh je ne pensais pas que c’était si compliqué… Je sais ce que c’est d’être dans le flou concernant l’avenir. Je croise fort les doigts pour le Canada !
    À titre personnel, je pense que ça ne sert à rien de s’engager dans quelque chose qui a de fortes chances d’être un échec (personnel et/ou professionnel). Donc ne vas pas en Espagne si tu ne le sens pas, tu te feras du mal plus qu’autre chose.

    21 juin 2016 à 1h05
  • Répondre Marion

    Revenir en France sans savoir où tu vas repartir après n’est pas une mauvaise chose! Ce n’est pas forcément necessaire de repartir en début d’année scolaire, pas mal d’écoles recrutent toute l’année, donc rien n’est perdu, peut-être que tu pourrais travailler quelques mois à Paris? et qui sait tu t’envoleras peut-être pour le Canada après! 🙂 Si tu n’es pas sure pour l’Espagne (et je peux te comprendre : des années d’experience pour retomber dans un job d’assistante…) alors tu as raison de ne pas y aller, ne te force pas à accepter ce job pour finalement ne pas y être heureuse 😉 tiens nous au courant de la suite des événements!!! Courage pour l’attente!!!!

    21 juin 2016 à 2h35
  • Répondre Diane

    J’attendais cet article avec impatience et maintenant, en te lisant, je me sens très triste pour toi! J’espère vraiment que tu auras ton pvt pour le Canada! Tu le mérites amplement.
    Réfléchis bien pour les autres offres et ne prends pas une si grande décision à la légère… Je pense que tu as besoin de temps pour toi, prendre du recul, analyser les différentes situations et surtout, oublier cette mauvaise expérience. Après, tu y verras plus clair…
    Moi-même, j’ai postulé sur un coup de tête pour un poste de FLE où les conditions salariales et autres sont misérables. Je m’en veux de ne pas avoir réfléchi et vais décliner l’offre car même si j’aime enseigner et que c’est une passion pour moi, je veux être reconnue un minimum et ne pas être considérée comme une bénévole ou une stagiaire…

    21 juin 2016 à 12h18
  • Répondre Ophélie G.

    Je comprends pourquoi tu as refusé l’offre en Espagne, qui aurait envie de redevenir assistant après avoir travaillé en autonomie pendant plusieurs années ?! En tout cas, je croise les doigts pour le PVT ! xx

    21 juin 2016 à 12h46
  • Répondre Mariel

    Bon courage! Ca a l’air émotionnellement épuisant tout ca. Prend soin de toi 🙂

    21 juin 2016 à 13h45
  • Répondre Tamia

    Oh, c’est très touchant. Au fil de tes billets, j’avais cru comprendre que tu étais dans l’incertitude et que ce côté instable ne semblait pas te convenir. Effectivement, c’est un choix difficile de refuser un poste. Cependant, accepter un poste qui ne te convient pas n’est peut-être pas le meilleur choix, parfois il est nécessaire de faire une pause. J’espère que ton PVT va être accepté !

    21 juin 2016 à 14h12
  • Répondre Savie

    Bon courage. C’est vraiment une situation difficile. Je te souhaite de belles choses pour la suite.

    13 août 2016 à 16h26
    • Répondre Kenza

      Merci beaucoup ! Ca va mieux, j’ai eu les réponses que j’attendais depuis cet article 🙂

      13 août 2016 à 18h22
  • Répondre Sanou

    Hello, je suis tombée sur ton blog par hasard, bon courage pour la suite.

    Je viens de recevoir mon invitation pour demande le PVT mais j’attends toujours le casier judiciaire Français, as-tu une idée du temps d’attente pour le recevoir?

    Merci pour ton aide,

    15 avril 2017 à 8h22
    • Répondre Kenza

      Normalement, ça ne met qu’une semaine mais il y a un long week-end donc peut-être un peu plus. Par contre, ce n’est vraiment pas nécessaire de le joindre !

      15 avril 2017 à 16h57

    Un petit mot ?

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