Le retour en France.

J’avais raison : je n’ai pas pleuré.

Jeudi, j’étais dans une sorte d’état second. C’était le jour des valises. A 15h, une copine m’apportait une balance pour vérifier si mon tri effectué le lundi tenait sous les trente kilos. On pourrait croire que j’ai l’habitude mais c’est vraiment un moment que je déteste, plus que les au-revoirs. J’ai commencé soigneusement puis j’ai tout tassé, m’asseyant presque sur la valise pour qu’elle ferme.

Julie est arrivée avec sa balance. On devait aller manger un gâteau chez Babka (je vais prendre le temps d’écrire un article sur mes endroits préférés de Melbourne) mais finalement lorsqu’on a levé la valise et que le chiffre indiquait 33 kilos, ce n’était pas possible. On s’est assises dans le couloir et j’ai rouvert les pochettes, le sac aspiré et resoupesé chaque objet, chaque vêtement.

Ma valise et mon backpack n’avaient jamais été aussi vides. Moins qu’en venant en Australie, moins qu’en rentrant du Canada. J’étais sûre de ne pas avoir atteint les 30 kilos maudits, auxquels s’additionnaient les 7 du bagage cabine, rempli de papiers, chaussures et livres.

Au diner je répétais un peu nerveusement « c’est demain c’est demain » tout en buvant l’excellente bouteille de vin offerte par une étudiante qui avait travaillé dans ce vignoble. Un dernier merci, un hug, je suis rentrée chez moi. Ma coloc n’était pas là alors j’ai passé l’aspirateur à 23h pour ne pas la réveiller le lendemain matin.

Vendredi, c’était le jour J. Remettre les choses en place dans la chambre, dernier petit déj, changer les draps pour la fille qui m’avait loué sa chambre et qui revenait de vacances le lendemain. J’étais prête, j’ai appelé un Uber à 10h.

Le ciel était bleu sans nuages, la dentelle des maisons toujours aussi jolie, un dernier coup d’oeil à la skyline. Goodbye Melbourne.

Retour en France

Je suis arrivée à l’aéroport avant même l’ouverture du check-in, toute heureuse que la course ne m’ait coûté que dix dollars. Et j’ai trouvé une balance en libre-service. 20,6 kilos. 12,3 kilos. 8,9 kilos. Mon tote-bag plein. Surpoids. A 180 dollars les trois kilos, j’ai eu envie de rouvrir ma valise mais je ne voyais pas quoi jeter de plus. En plus, cela serait partie à la poubelle et pas aux organismes caritatifs. Je suis allée m’installer dans la queue.

Ouverture du check-in. J’ai du mal à trainer toutes mes affaires mais il faut donner l’illusion que je maîtrise le poids. J’observe ce qui se passe autour et un homme fait tomber le bouchon de sa gourde. Une hôtesse le récupère. Il revient dix minutes plus tard et je lui indique quelle hôtesse a son bouchon. Plus tard à la porte il vient me remercier et me demande si je suis une étudiante professeur qui part en échange. C’est presque ça.

Je tombe sur l’hôtesse qui pèse tout. Un sac, deux sacs, trois sacs. Elle me demande simplement si j’ai un laptop et les questions habituelles, oui ce sont mes affaires, non je n’ai pas d’objets dangereux. Elle ne m’a pas fait payer de surpoids ! Je me dis que Malaysia Airlines essaye de récupérer la confiance de leur clientèle et je suis rassurée.

Sécurité, immigration, des officiers gentils et demandant sincèrement « are you sure you’ll never come back » lorsqu’ils tamponnent mon passeport. Petit café, lunch rapide, le temps passe vite.

Et on embarque. Les 8h30 de vol sont longues, je ne veux pas dormir, le catalogue de films est minuscule, mais on nous nourrit tout le temps et une prière s’affiche ponctuellement sur l’écran. Tout se passe bien. J’étais déjà passée par Kuala Lumpur en février dernier et j’avais choisi d’y faire escale pour le confort et la modernité de l’aéroport. Par contre, j’étais venue avec Air Asia et j’avais dû repasser deux fois les contrôles de sécurité. A l’intérieur de ce terminal, pas besoin. Je prends le petit métro pour m’emmener aux portes C et je Facetime ma famille assise dans un coin.

Je suis fatiguée, il est plus de minuit heure australienne et les 13h de vol pour rejoindre Paris me font peur. Je finis par raccrocher et je suis les nombreuses personnes qui parlent français que je voyais passer devant moi. Sécurité, portique, et je donne mon billet. La borne devient rouge, declined. Mon coeur s’arrête de battre trois secondes – mais pourquoi ? Parce que c’est l’embarquement du vol Air France pour Paris qui part dix minutes avant le mien, pas celui de Malaysia… je sors honteuse, heureusement que les portes n’étaient pas éloignées.

Je retrouve la bonne porte, queue, dernier passage de sécurité, ils nous font jeter l’eau que nous avons alors qu’il n’y a pas de fontaine à l’intérieur. On devait partir à 23h40 heure locale, on embarque rapidement malgré le nombre de passagers. L’A380 est magnifique, spacieux, un chef-d’oeuvre de design et d’architecture. Mais à 23h35 un passager au fort accent français vient se plaindre : I can’t stay at my seat, the person next to me is too fat.

Il faut à l’équipage vingt minutes pour lui trouver un siège qu’il accepte et vingt minutes pour retrouver une place dans la queue des avions qui décollent. On part. Je suis fatiguée, je me prépare pour dormir mais ils annoncent qu’ils vont servir à manger et j’ai l’estomac vide, je sais que je dormirai mieux si je mange. Je dîne et m’endors. Je me réveille six heures plus tard. Ce n’est pas si mal. J’allume Orange is the new black tout en faisant attention à ce que mes voisins ne puissent pas voir mon écran – je ne veux pas me faire accuser de regarder de la pornographie sur une compagnie aérienne musulmane – regarde un peu puis me rendors. Je me réveille vers 4h du matin heure française, alors qu’on nous sert le petit déjeuner. Je mange et j’attends impatiemment.

7h du matin, Roissy. L’A380 a trop de portes et ils ne savent pas sur laquelle connecter la passerelle. Mon voisin m’a demandé si j’étais from Paris et j’ai répondu oui d’une voix un peu trop fière. Je descends, passeports s’il vous plaît, un militaire avec une mitraillette qui court dans les couloirs. Second contrôle, les Français ne savent pas faire la queue, pas de bonjour merci au revoir, je croise un ancien collègue au carrousel des bagages et j’attends mes deux valises, tout en faisant des signes à ma mère de l’autre côté de la vitre.

J’ai retracé exactement les pas que j’ai fait en rentrant du Canada il y a treize mois les yeux gonflés de larmes. Là, dans le terminal 1, je souriais. I was home.

Mes sacs sont arrivés, j’ai retrouvé ma mère, mon père en bas, dix minutes de voiture, un petit déj croissant-baguette, une douche et j’ai accompagné mes parents au supermarché… les faisant remplir leur caddie de tous ces produits que j’avais terriblement hâte de manger. Le soir, on devait aller voir le spectacle à Versailles.

Mais non. Car j’ai attrapé une intoxication alimentaire avec la nourriture de l’avion. J’ai passé mon week-end recroquevillée de douleur, espérant comme mon père le suggérait que ce n’était pas l’appendicite car je n’ai plus de sécurité sociale. Assommée de sommeil et de souffrance, j’ai dû annuler tous mes plans, les jolis rendez-vous, inquiétant mes amis car je n’avais pas eu le temps de poster sur Facebook que j’étais bien arrivée – et j’avais bien insisté que je prenais Malaysia Airlines donc qu’il fallait vérifier où j’en étais.

Je n’avais pas été malade depuis un an et demi, depuis une petite grippe en mars dernier quand les moins 40 sont devenus positifs. Ces dernières semaines, j’ai côtoyé des enfants et des adultes malades tous les jours, sans rien attraper. Mais mon corps a fini par céder. Cela correspond bien à la décision que j’ai prise : je ne travaillerai pas en juillet. Vacances, repos, blog.

Welcome back me!

48 Commentaires

  1. Marie | Les tribulations de Marie
    24 juin 2015 / 0h47

    Bravo pour le courage du retour, ce n’est pas simple et il t’est arrivé bien des choses! Bon retour en France, bonne acclimatation ! Profite bien de ton repos mérité 😀

  2. 24 juin 2015 / 0h57

    Ah merde c’est pas de bol pour l’intox alimentaire… bon repos!

    C’est sympa de voir que tu as quand meme l’air contente de rentrer 🙂

    • 26 juin 2015 / 1h46

      Oui je suis super contente d’être là ! La parenthèse australienne est fermée, la décision était prise depuis longtemps. Hâte de voir mes amis, profiter de Paris et découvrir Budapest !

  3. Anonyme
    24 juin 2015 / 1h39

    Quel périple… mais bienvenue à la maison et penses à toi, prends soin de toi

    • 26 juin 2015 / 1h46

      Merci beaucoup ! C’est prévu 🙂

  4. 24 juin 2015 / 1h42

    Bon retour en France !!! J’espère qu’il y aura le récit de la suite et de comment ça se passe en France pour toi 🙂
    Bises !

    • 26 juin 2015 / 1h45

      Je ne savais pas que tu passais par ici Laulinea 🙂 j’ai des milliers de choses à raconter, donc oui 😀

  5. 24 juin 2015 / 1h45

    Welcome back to Europe. J’espère que la suite se passera mieux que le retour.

    • 26 juin 2015 / 1h45

      Je pense 🙂 je ne mangerai plus jamais de nourriture d’avion !

  6. 24 juin 2015 / 2h07

    Bon retour en Europe! Moi j’attends avec impatience, retour le 17 Juillet mais pour un mois et demi par contre. 6e année d’expat en Angola de prévue. (enfin elle ne l’était pas…mais bon je me suis fait une raison).
    Je me reconnais là dans les valises sauf que moi elles sont pleines à craquer au retour vers l’Afrique, mais j’ai droit à deux valises de 23kg sur n’importe quelle compagnie. Par contre comme j’ai déjà perdu une valise soute je blinde ma valise cabine et je stresse comme toi que l’hôtesse la sous-pèse..
    Quand je rentre je dévalise aussi le supermarché avec mes parents 😉
    Je viens de découvrir il y a 3 jours orange is the new black. J’adore! Et enfin, je suis actuellement tordue en deux à cause d’une intoxication alimentaire..Sûrement parce que comme je n’ai pas d’eau potable ici, une bactérie a du passer entre les mailles..
    Bref, ton article me parle! Repose toi bien en Juillet!

    • 26 juin 2015 / 1h44

      Que de similitudes ! J’espère que tu vas mieux depuis hier !

  7. 24 juin 2015 / 2h23

    Bon courage ! Prends le temps, et laisse ton corps se faire à ce nouveau changement 🙂

    • 26 juin 2015 / 1h44

      Oui tu as raison, c’est un nouveau changement même si on retrouve tout ce qui est familier autour de soi. Le temps est pris 🙂

  8. 24 juin 2015 / 2h46

    Remets-toi bien ! Profite de ton mois de juillet et de Paris !
    Bises
    Laura*

    • 26 juin 2015 / 1h43

      Merci Laura et peut-être à ce week-end ? je t’écris !

  9. 24 juin 2015 / 2h50

    Welcome back to you!!!!!!!!!!! Ah cet avion quand on rentre. On en pleure pas, on n’a pas le temps. Pareil pour les bagages en plus j’avais un chien donc ils n’ont rien pese a part le chien! et heureusement j’avais mes valises a 33kg au lieu de 32kg et mon sac a dos a au moins 15kg au lieu de 12kg! Repose toi bien!

    • 26 juin 2015 / 1h43

      Je suis confuse Mademoiselle A, tu as un chien en plus de Penny ?!

  10. 24 juin 2015 / 3h32

    ohh alors welcome back !! un peu honteux la reaction pour mon voisin est trop gros…
    en tout cas tu m’as fait rire pour l’histoire du supermarche, je fais pareil !!!! et je te dis c’est pas juste juillet les vacances, meme aout et septembre je dirais !! reposes toi bien bisouuus

    • 26 juin 2015 / 1h42

      Coucou Ferdy ! Août vacances, mais septembre nouveau travail à Budpaest 🙂 et toi, tout va bien là-bas au milieu ? 🙂

    • 26 juin 2015 / 1h42

      Merci Mathilde ! On s’est manquées encore une fois… next time!

  11. 24 juin 2015 / 7h08

    intense ce petit retour ! Mais tu es à la maison ! Welcome back et repose toi bien ! Bises

    • 26 juin 2015 / 1h41

      Merci ! et vous alors, j’attends la réponse au secret australien 🙂

    • 26 juin 2015 / 1h40

      Merci beaucoup Chantal, pour les souhaits et l’invitation !

  12. 24 juin 2015 / 14h37

    Ça ressemble fortement à mon retour en France ha ha ha c’est sûr qu’avec Malaysia Airlines tes proches ont dû s’inquiéter ! Bon retour en France, ce beau pays qui me manque parfois énormément… 🙂

    • 26 juin 2015 / 1h39

      Je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à vivre des retours… mouvementés ! le choix de prendre Malaysia Airlines était purement financier, le billet coûter $600 de moins que chez les concurrents.

      • 29 juin 2015 / 13h24

        J’imagine !!! Avec toutes les catastrophes qu’ils ont subi dernièrement, valait mieux pour eux qu’ils baissent les tarifs ! $600 c’est énorme !

        • 30 juin 2015 / 19h37

          Oui ! Ca donnait du 800-900 dollars pour un aller simple Australie-France avec une seule escale contre 1300-1400 pour toutes les autres compagnies avec parfois deux escales… ça a motivé mon choix (et l’aéroport de Kuala Lumpur est vraiment super)

  13. 24 juin 2015 / 7h55

    I miss you already! And I totally just read this whole thing in French rather than being lazy and using Google translate and I’m feeling proud! Hope you are feeling loads better ❤️

    • 26 juin 2015 / 1h39

      You need to practise! (teacher forever) – you’re so cute but I’ll see you soon!!

    • 26 juin 2015 / 1h38

      Merci ! Il faut que je prenne de tes nouvelles bientôt.

  14. tiphanya
    24 juin 2015 / 19h09

    Prend soin de toi et profite bien de Paris !

  15. Elé
    24 juin 2015 / 21h50

    Bon je suis pas mécontente d’avoir attendu quelques jours avant de venir aux nouvelles, je me suis dis que tu aurais besoin d' »atterrir ». J’espère que ça va mieux du coup. Là je crois que tu as une semaine de beau temps devant toi, lalala !

    • 26 juin 2015 / 1h37

      J’étais tellement pas bien que je n’ai parlé à personne… mais c’est bon, ça va mieux ! on se voit quaaaand ?

  16. 25 juin 2015 / 0h44

    Le trajet du retour, c’est toujours particulier : nostalgie, excitation, fatigue… enfin, ça, c’est fait, tu vas maintenant pouvoir te reposer avant de rêver à ta nouvelle aventure en Hongrie. Bonne continuation.

    • 26 juin 2015 / 1h36

      Ne dis pas « bonne continuation », c’est comme un au-revoir ! et ce n’est pas fini !

  17. 25 juin 2015 / 1h51

    Bon retour et bon rétablissement ma belle. Profites ben de Paris 🙂

    • 26 juin 2015 / 1h35

      Merci Mme Gaou ! Je vais essayer de faire abstraction des côtés négatifs pour profiter du positif 🙂

  18. 25 juin 2015 / 5h17

    En te lisant, j’avais l’impression de revivre mes départs de l’étranger. Chaque fois c’est ce même sentiment un peu étranger entre la hâte et la nostalgie. Bon retour !

    • 26 juin 2015 / 1h35

      Oui chaque départ et chaque retour se ressemblent un peu. Tu le décris bien. Merci Bérénice !

    • 26 juin 2015 / 1h34

      Merci beaucoup Mathilde ! Des bons souvenirs ou des mauvais ? 🙂

  19. 25 juin 2015 / 14h56

    Tu m’as fait rêver avec les courses au supermarché 🙂
    Bisous copine <3 et welcome back !

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