Good morning Budapest

Cet article, vous me le réclamez… alors le voici, un peu en vrac, un peu au hasard des impressions et des idées sur le clavier.

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Le matin quand j’ouvre le rideau trop court, il y a cet immeuble jaune, juste devant mes fenêtres. La lumière inonde ma grande pièce et c’est la première fois que je vis seule (ou presque : quand j’étais au Canada, j’étais en résidence étudiante mais  je n’avais pas de cuisine). Mon appartement et ses cinq pièces, la petite entrée et son placard mural, les toilettes qui ont des autocollants de super-héros, la cuisine sans fenêtre ni ventilation, la salle de bain au milieu et la pièce principale. Lit-canapé, bureau, chaises, tables, télé des années 60, bibliothèque, commodes et les deux matelas au sol. Chez moi.

On m’avait dit que c’était très bien et promis qu’il y avait tout. Mais problèmes de perception ou de communication, je suis arrivée dans un espace sale, défaillant, loin d’être à la hauteur. Une petite cuillère et une assiette abandonnées tristement, la machine à laver moisie, le linge de lit parti à la poubelle, des tiroirs remplis d’un bordel qui n’est pas le mien.

J’ai attendu pour m’en occuper, j’ai dû deux fois traverser le Danube pour parler de la Hongrie.

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J’ai trouvé la ville polluée et ses contours un peu flous, mais je longeais la voie rapide, c’était sûrement pour ça. Il a fait près de quarante degrés aussi cette dernière semaine, le retour de températures normales a dû rendre à la ville sa netteté.

Du côté chic à Buda, on nous a expliqués. Le système scolaire, les notes sur 5, les années linguistiques, les examens. L’histoire de ce petit pays qui était grand et qui porte encore la rancoeur des traités du début du siècle. La francophonie et notre rôle soit-disant crucial pour la diffusion du français en Europe de l’Est. La sécurité sociale, la banque, la carte d’immigration et toutes les paperasses qui sont pourtant facilitées par l’UE. Comme je vous le mentionnais dans mon article précédent, on m’a dit quand j’ai voulu aller acheter une carte sim chez T-Mobile que non, ce n’était pas possible, toutes les cartes sim avaient été vendues.

Ca fait mal de se prendre du racisme comme ça à la figure, de se retrouver dans la position de l’étranger qui ne parle pas la langue, de voir l’air blasé des commerçants qui doivent passer à l’anglais, de supporter les rendez-vous manqués, aller venir et repartir bredouille à la banque.

(mais je ne vous parle pas de la situation des migrants. Les photos défilent sur les groupes Facebook Budapestois auxquels je suis abonnée. Ca remet quand même mes petites misères à leur place)

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J’ai l’impression d’avoir un ton un peu triste mais je suis simplement dans l’attente, de mon emploi du temps, de mes habitudes, de la carte bancaire d’une routine, de vie sociale, de visites, de découvertes et de voyages.

Je ne veux pas me prononcer trop vite, je ne sais pas encore si j’aime Budapest, je l’ai à peine aperçue. Elle est belle, de nuit et d’en haut :

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Et au coucher de soleil.

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Ses prix me surprennent, j’ai payé mes carottes vingt-cinq centimes le kilo et mon fromage local moins d’un euro, dans le métro on ne composte pas mais on montre son pass au monsieur devant l’escalator, escalator qui va trop vite, et la ligne jaune ressemble au métro new-yorkais. Il y a H&M et Promod, C&A et Camaïeu et toutes ces enseignes familières alors qu’au supermarché je retourne les étiquettes pour déchiffrer le moins compliqué entre le hongrois, le slovaque et le tchèque. Faire les courses est déstabilisant, je ne sais pas ce que j’achète, le hasard réussit parfois mais d’autres moins. Je cherche encore le parfait yaourt grec, il y a un demi-rayon de chocolat Milka et ça fait bizarre de voir de l’alcool dans les supermarchés, dans les mains, dans les transports, partout. J’ai appris à dire salut, merci et au revoir et ce n’est vraiment pas assez.

 budapest-st-agnes-church

Projets de voyage, de visites, il faut attendre un peu pour que tout se mette en place !

20 Commentaires

  1. 4 septembre 2015 / 19h20

    Le sphtos sont superbes, mais ton humeur n’ a pas l’air de l’être…laisse toi du temps, je super que ca ira mieux.

  2. 4 septembre 2015 / 19h58

    Avec tout ce qu’on voit à la TV j’ai l’impression que c’est pas trop le moment d’être à Budapest. Je ne sais pas si le centre ville est aussi encombré que le quartier de la gare et si tu y fais face au quotidien mais ça a l’air tendu. Bon j’espère que ta routine va se mettre en place et que ça va te plaire.

    • 4 septembre 2015 / 22h34

      J’avais commencé à en parler et puis j’ai effacé. J’habite dans le 9e arrondissement et mon quotidien (écoles, supermarché, logement) y tourne, sans avoir besoin d’aller à la gare centrale ni dans l’hyper centre. Et je pense honnêtement que l’accueil froid qu’on nous réserve (comme mon histoire de carte sim) est en partie dû à la situation. Les gens se déchirent, certains veulent les aider, d’autres non, mais les migrants sont cantonnés à la gare, ils ne sont pas du tout sur les lieux touristiques. Tous les trains avec l’Europe de l’ouest sont annulés depuis hier et jusqu’à nouvel ordre, ça n’aide pas à se sentir bien non plus. J’ai rendez-vous mardi pour aller faire ma carte de séjour, on va pouvoir comparer la tendance par rapport aux années précédentes.

  3. Sophie
    4 septembre 2015 / 21h42

    Courage, quand tu en sauras plus ne serait-ce que sur ton emploi du temps ça ira mieux. C’est tjs pénible d’être dans l’expectative mais quand tu y repenses, ça a un petit goût de « magie » non ? Quand on est arrivé dans notre appartement en chine c’était la nuit et pareil, je croyais qu’on arrivait chez qqn. J’avais demandé « c’est juste pour la nuit »? et on m’avait juste dit « non ». Ah bon, pourtant il y a des tasses sales sur la table du salon, des chaussures dans le placard et un cartable de petite fille.
    Hâte d’en savoir un peu plus en tout cas.

  4. 4 septembre 2015 / 21h54

    J’attendais cet article avec impatience, si tu savais ! A travers tes mots, on sent bien la difficulté de se sentir étranger dans un nouveau pays.. J’espère quand même que le moral est là et que tu vas te faire à ta nouvelle vie. Des bisous !

  5. 5 septembre 2015 / 4h13

    Woaw, c’est sur que ça n’a pas l’air facile ! J’espère que tu vas prendre tes marques et te faire peu à peu à ta nouvelle vie ! Je pense à toi !

    A.

  6. 5 septembre 2015 / 14h50

    De grosses pensées pour toi Kenza ! Je te souhaite le meilleur pour ton installation dans ce nouveau pays.

  7. 5 septembre 2015 / 16h29

    J’ai vécu quatre mois à Budapest pour mes études, je te comprends vraiment. J’imagine effectivement que la situation actuelle n’aide pas à te sentir à l’aise.

    Ne pas parler la langue est tellement handicapant. Comme tu l’écris, déchiffrer les étiquettes ou par exemple dans les boulangeries (comment faire la distinction entre viennoiserie au chocolat, nature, à la cannelle, au fromage ? est un questionnement qui m’a suivi assez longtemps d’autant plus que les formes variaient parfois d’un jour à l’autre 😉 Même si c’est probablement accentué aujourd’hui, il y a quelques années j’ai quand même ressenti ce froid lorsque je parlais anglais.

    Tout n’a pas été triste (heureusement!) lors de mon séjour: tu parlais de la façade jaune devant chez toi, tu as vu comme les quartiers peuvent être multicolore ? Ces bars, ces cafés où tu t’installes avec plaisir. Ce parc dans les collines de Buda, aussi agréable en hiver qu’en automne. Ces boutiques de vêtements de seconde main, ces papeteries (tellement peu chères!)… Et puis humainement parlant, j’ai fini par rencontrer des gens beaucoup moins froids et beaucoup plus ouverts. Tu vas finir par prendre tes marques, encore plus vite si tu apprends la langue (mais je pense que je ne t’apprends rien vu ton « passé » en la matière)

    ps: haha! le chocolat milka. Je me souviens qu’il y en avait de toutes sortes, même des variétés que je n’ai pas retrouvées en revenant en France.

    • 5 septembre 2015 / 17h23

      Merci merci merci pour ton message ! si tu te souviens encore des endroits que tu aimais, même approximativement, je te prendrais des noms avec plaisir 🙂

  8. tiphanya
    5 septembre 2015 / 18h28

    J’ai une copine qui vit en Hongrie (je crois, elle a fait un article terrible sur le mur de barbelés), si tu veux je peux vous mettre en contact via facebook ?

    Aujourd’hui j’ai lu un article sur la différence entre « réfugié » et « migrant » et sur le besoin urgent que les médias face la distinction entre les deux. En te lisant, en voyant les réactions face à toi, je comprends encore plus le besoin de choisir le mot juste. (enfin, j’aime toujours choisir le mot juste par que dans cette situation sauf que ces deux mots là ne m’avaient jamais vraiment intéressés jusqu’ici).

    Bonne installation. Je n’ai aucune idée si ça vaut le coup de venir te rendre visite avec Nine, vue la situation, mais j’ai très envie de venir te voir.

  9. 6 septembre 2015 / 15h51

    C’est un debut, un peu complique mais tu le sais. Il faut du temps pour apprivoiser son lieu surtout dans une langue si difficile a apprendre! 😉
    Courage Miss! et n’oublie pas, si besoin est (pour l’admin, la langue, les produits etc. écris moi et je te refilerais l’emil d’amis hongrois/anglais, ayant de la famille a Budapest)

  10. Mrs O.
    10 septembre 2015 / 12h49

    Courage ! Ca n’est jamais facile de s’acclimater à un pays dont on ne parle pas la langue et qui a une culture un peu voire très différente de la notre… Mes débuts en Finlande n’ont pas été faciles pendant mon année Erasmus, mais j’espère pour toi que ça va évoluer et s’arranger ! xx

  11. 11 septembre 2015 / 1h59

    Bon courage, les débuts ne sont jamais faciles, mais clairement cela ne peut que s’améliorer 🙂
    Dès que tu auras un quotidien bien installé et des repères tu nous feras baver avec tes articles !
    Plein de courage 🙂

  12. 11 septembre 2015 / 15h15

    C’est toujours difficile de recommencer à zéro quelque part. Tu vas prendre tes marques, c’est sûr. Je suis allée en Pologne pour la première fois il y a quelques semaines et comme toi, j’ai ressenti un certain malaise – les gens étaient fermés, ne voulaient pas me parler. J’ai l’impression que les pays de l’Est sont encore traumatisés par leur passé et restent méfiants vis à vis des étrangers.

  13. 11 septembre 2015 / 23h06

    Merci pour ce bilan sincère et franc, même si on finit sur une pointe amer. Il faut un peu de temps pour s’habituer, prendre ses marques <3

  14. 17 septembre 2015 / 17h59

    Je découvre ton blog et en même temps ton nouveau pays d’expatriation. Les débuts sont toujours un peu compliqués, surtout si tu ne parles pas la langue. En tous cas, ça a l’air très joli !
    Bon courage à toi !

    • 19 septembre 2015 / 14h15

      Bienvenue alors ! Cela va un peu mieux depuis que j’ai écrit cet article à chaud, mais la situation reste très instable, difficile de se sentir accueilli en ce moment. Ca va passe, et en bien, j’espère !

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