Australie

Fraser Island, île de sable, patrimoine de l’Unesco

Toujours en road-trip sur la côte est de l’Australie

Reprenons. Nous sommes en janvier 2015, sur la côte est australienne. Les Whitsundays, récif majestueux d’archipels paradisiaques, sont derrière moi. Avec des coups de soleil douloureux – jusque sur les lèvres –  et du sommeil à rattraper, je quitte Airlie Beach pour Rainbow Beach par un bus de nuit.

Je vous avais expliqué qu’il y avait deux compagnies de bus qui se partageaient le marché juteux des backpackers en Australie : le célèbre Greyhound et son concurrent, Premier Motors Service. Acheter un pass Cairns – Sydney chez Premier coûte presque deux cents dollars de moins, j’avais donc opté pour cette solution même si les bus n’ont ni wifi ni flexibilité. Je pensais que ce n’était pas grave. Se retrouver dans un bus sans climatisation alors que la température extérieure à 21h est de 33 degrés, c’était moins cool. Se retrouver dans un second bus car le problème n’était pas réparable avec quelque chose qui explose sous le capot, c’était pas cool du tout.

Tant pis. A 7h30 après une nuit dans le bus sans autres problèmes, nous sommes arrivés. Rainbow Beach est constitué de trois rues, d’une plage et de trois auberges de jeunesse. Il y a un café et une supérette. Mais c’est l’un des deux points de départ avec Hervey Bay pour se rendre sur Fraser Island.

Fraser Island ?

Fraser, c’est l’île de sable la plus grande du monde : elle fait 123 kilomètres de long sur 25 de large. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco et abrite la population de dingos la plus pure du monde. J’avais hésité à l’inclure à mon itinéraire, et puis je m’étais laissée convaincre par une recherche Google Images – est-ce efficace ? est-ce réel ? on va voir !

Parmi les différents tours, j’avais choisi celui du backpacker cool : être dans un groupe d’une dizaine de personnes qui roulent en 4×4 pendant trois jours (l’île est interdite à la circulation aux voitures à cause du sable). Une de mes amies venait de faire le même tour (celui de Dingoes’ Backpackers) et elle m’avait mis en garde. J’aurais dû l’écouter… c’est tout simplement du vol. On vous demande de payer $400, 285€, pour manger du pain de mie et dormir à même le sol. J’y reviendrai.

Jour 1 : traversée et lac McKenzie

Je passe sur l’organisation lamentable. Je découvre avec stupeur que dans mon groupe de neuf personnes, il y a deux Danoises et six Allemands. Très vite, personne ne me parle et je suis exclue des conversations et des décisions. J’en ai parlé ici : le voyage en solitaire n’est pas toujours la carte postale qu’on imagine. J’ai passé ces trois jours sur Fraser Island seule, et j’ai prononcé peut-être quinze phrases au total. Ce n’est pas un bon souvenir.

fraser-island-transports

Lors de la traversée en bac, nous passons à travers une mer de méduses. Elles sont des milliers sous l’eau, c’est très impressionnant. Celles-ci ce sont des jelly blubbers et elles ne sont a priori pas dangereuses pour l’homme.

L’île est majestueuse. L’autoroute est sur la plage, la 75-Mile Beach. La végétation, le sable, l’eau. C’est magnifique.

 75-Mile-Beach-Fraser-Island

Fraser-Island-rainforest

Le temps était couvert ce jour-là, presque pluvieux, et nous avons passé l’après-midi au Lac McKenzie. L’eau est turquoise, transparente et reflète les nuages. Je manque de mots pour décrire la magie de l’endroit et j’ai un pincement au coeur de ne pas pouvoir partager ça avec les dizaines de gens autour de moi. Il y a des amis, des familles, des couples, des nouvelles connaissances mais je reste seule. Est-ce ma faute ou celle des autres ? Probablement les deux.

fraser-island-lake-mckenzie

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La nuit a été mauvaise… très mauvaise. Les conditions d’accueil sont inacceptables et celles de sécurité encore plus. De très mauvaise humeur, le second jour du tour commence.

Jour 2 : Champagne pools, Indian Head, Maheno shipwreck, Lake Wabby

Les Champagne Pools, ce sont des bassins dans des cavités rocheuses… et le seul endroit de l’île où vous pouvez vous baigner sans danger. En effet, la côte accueille des dauphins et des baleines comme animaux mignons, mais aussi les requins-tigres en période de reproduction et des milliers de méduses. On en voyait des dizaines échouées sur le sable en conduisant, alors que des familles avec des enfants se baignaient comme si de rien n’était. A une demi-heure de bateau de l’hôpital le plus proche, je n’aurais jamais osé. En Australie, tout peut vous tuer…

Champagne-Pools-Fraser-Island

Lorsque les colons sont arrivés sur l’île, ils ont comme d’habitude chassé les aborigènes et déclaré que le gros rocher noir à la pointe de l’île leur ressemblait. Le nom un peu raciste d’Indian Head reste encore aujourd’hui.

Indian-Head-Fraser-Island

Il y avait une centaine de mètres de rochers à escalader, ce que je déteste, mais la vue faisait oublier la montée. Les photos ne sont pas saturées. J’ai pu appréhender toute la diversité de l’Australie, qu’elle ne se résume pas aux buildings et aux tramways de Melbourne, qu’il y a un monde out there. Oui voyager coûte cher, surtout ici, mais ce sont des paysages qu’on ne verra pas ailleurs et surtout qui m’ont aidée à changer ma perception de ce pays (ça aussi je vous en reparlerai)

Fraser-Island-Australia

Fraser-Island-Australia

Fraser-Island-Australia

Une autre photo carte postale de l’île, à part les lacs et les dingos (je n’en ai pas vu un seul – mais à Uluru oui) c’est l’épave du Maheno. En plein milieu de la plage, il y a un bateau qui rouille. Ca peut sembler un peu saugrenu mais le contraste des couleurs ajoute à la beauté un peu sauvage de cette île.

Le bateau était remorqué vers le Japon pour y être détruit quand un cyclone l’a jeté sur Fraser en 1935.

maheno-shipwreck-fraser-island

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Enfin, la journée se termine au Lake Wabby. Pour y accéder, il faut marcher 45 minutes dans la forêt et à travers des dunes de sable, le tout sous un soleil de plomb. Je ne comprends pas pourquoi nous laisser en plein soleil par plus de quarante degrés à deux heures de l’après-midi alors que la veille nous étions allés à un lac situé à trente secondes du parking par temps couvert. C’est une des nombreuses raisons pour lesquelles ce tour n’est pas sérieux du tout.

lake-wabby-fraser-island

Jour 3 – Eli Creek et le retour

La nuit est meilleure (mais interrompue par les bruit d’un couple dans la tente voisine – les backpackers m’étonneront toujours) et la journée se passe. Je n’ai pas de photos, nous avons seulement descendu une petite crique à l’eau fraîche et je n’ai pas d’appareil photo waterproof. De retour à Rainbow Beach, le management de l’auberge de jeunesse doit penser que les voyageurs sont devenus les meilleurs amis du monde et j’ai dû encore supporter les Allemands et la solitude dans la chambre.

Heureusement, je peux m’échapper dans l’unique café de la ville où vous ne pouvez avoir le wifi et le droit de charger vos appareils que si vous dépensez dix dollars de consommation (#nimportequoi)

Pourquoi vous ne devez pas prendre le tour Dingoes’ Backpackers.

Si l’île n’avait pas été aussi belle et surprenante, j’aurais haï chaque seconde de ce tour.

Les voyageurs sont traités comme des porte-monnaies sur pattes : vous payez les 400 dollars pour le tour, mais aussi une surcharge pour un sac de couchage, pour l’assurance du 4×4 et pour du bois pour faire du feu – il fait plus de trente même la nuit, personne ne fait de feu. Le camp est vétuste, il y a trois douches pour deux cents filles dont deux qui ne ferment pas à clé. La nourriture fournie pour les trois jours pose des problèmes sanitaires – une simple glacière est fournie pour contenir de la viande et des produits laitiers, la glace fond avant le retour – et les quantités sont insuffisantes. Pour le dernier déjeuner dans mon groupe de neuf personnes il nous restait exactement 26 tranches de pain de mie, ce qui a d’ailleurs valu une dispute. Vous dormez à même le sol dans une tente sans matelas de sol. Les backpackers boivent du goon (rappel : le vin en cubi) toute la nuit jusqu’au petit matin mais on les laisse prendre le volant à huit heures alors que leur taux d’alcoolémie doit toujours être haut. Le guide qui conduit la voiture principale enchaînait son cinquième voyage sans jour de repos. C’est une arnaque, comme on trouve beaucoup en Australie. Et je regrette de ne pas m’être mieux renseignée avant de réserver.

Pour la prochaine étape, je vous emmène à Brisbane !

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9 Commentaires

  • Répondre carrie4myself

    En effect ca fait peur tout ce constat; vraiment dommage. Mais tes photos sont superbes; les méduses….gloubs!!

    11 mai 2015 à 17h16
    • Répondre Kenza

      J’adore les méduses, je les trouve fascinantes ! Récemment j’ai revu Nemo et après avoir vu tous ces animaux marins de près, ça change tout 😀

      13 mai 2015 à 9h07
  • Répondre Sabine

    … Je me méfie toujours des tours… Surtout que pour 400 dollars tu peux louer un 4×4 sur la journée, moi je suis passée par spot à Dingo, les véhicules sont vieux mais ce sont de très très bons 4×4, pas de soucis pour la conduite même pour des débutants, il y a un briefing le matin ou le jour d’avant d’une heure et tu fais l’itinéraire avec l’agence en fonction de la marée et des conditions (du sable..) sur l’île ! J’y retourne bientôt toujours avec eux 😀 j’ai hâte 🙂

    11 mai 2015 à 18h39
    • Répondre Kenza

      Oui j’ai bien appris ma leçon. Mais voyageant seule et sans le permis de conduire, je n’avais pas d’autres options que de joindre un tour malheureusement…

      13 mai 2015 à 9h07
  • Répondre S.

    J’ai hâte de lire ton article sur ta vision de l’Australie. Tu dis qu’elle a changé ? Tant mieux !

    12 mai 2015 à 19h21
    • Répondre Kenza

      Oui 🙂 tout n’est rose non plus (et il pleut encore !) mais j’ai pas mal relativisé.

      13 mai 2015 à 9h06
  • Répondre Louisette

    Superbes paysages et photos, dommage pour l’esprit trop lucratif du tour.

    7 juillet 2015 à 16h02
    • Répondre Kenza

      Bonjour Louisette, bienvenue par ici. Oui c’est dommage que de nombreux tours gâchent l’expérience des paysages magnifiques.

      9 juillet 2015 à 4h56
  • Répondre Florence

    Je viens de relire cet article pour la préparation de mon trip entre Brisbane et Cairns en octobre (peut-être avec un détour vers Tribulations), et cela me fait vraiment hésiter à me rendre ou non sur cette île. En tout cas merci pour le partage de ton expérience.

    12 juillet 2015 à 2h33
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