Et la peur, et après.

Demain, je pars en vacances. Chose toute normale, habituelle. Mais toute la journée, on m’a répété de faire attention, d’être prudente. Je crois que c’est autant lié au voyage solo qu’à la situation. Et pourtant. 

Je vais mettre mon passeport et ma carte d’identité dans mon sac, parce que l’Europe est morte. Parce qu’avant, je prenais le Thalys sans aucun contrôle, sans questions ni retards. Maintenant je ne peux plus traverser de frontières sans que le train ne s’arrête pour laisser entrer des policiers. De longues minutes, stoppés en Pologne, Autriche, Slovaquie, Hongrie, alors que passeport contrôle police papiers résonne en plusieurs langues.

Avant de passer au clavier, j’écris les articles dans ma tête. Oui, c’est un peu bizarre, tant pis. Et je voulais parler des aéroports, des avions, du voyage en général. Mais vous savez tout cela aussi bien que moi. L’aéroport est un endroit plein d’émotions contradictoires, de larmes, de joie, de tristesse. Comme tout le monde, j’y ai embrassé, frémi, stressé, pleuré, attendu.

Il y a eu des câlins à Leeds, tellement de fatigue à Kuala Lumpur que j’ai tenté d’embarquer sur le mauvais vol, l’interrogatoire et la fouille à Winnipeg par des douaniers américains qui ne voulaient pas me laisser passer, cet état second, tétanisée, à Edmonton au moment de quitter le Canada pour de bon, le rire timide quand le douanier de Montréal ne trouvait pas ma ville du Manitoba dans son fichier pour me faire le permis de travail, de l’appréhension à Jersey après une longue peur de dix années. Des histoires comme des milliers d’autres, souvenirs heureux de retrouvailles ou de découvertes souvenirs tristes des adieux.

Et demain dans le terminal 2 de l’aéroport de Budapest, je penserai à tous ces gens au mauvais endroit au mauvais moment, qui allaient travailler, voyager, boire des cafés.

Je n’ai pas peur ici, en Hongrie. À Paris, oui, j’ai eu un peu peur, le soir du réveillon surtout. Dans le métro. Avant je pouvais réciter les stations de presque toutes les lignes par coeur et maintenant j’écoute ma mère de l’angoisse de la voix dire que ça va recommencer en réfléchissant rapidement à quelles amies empruntent quels grands axes au quotidien. Auber, Gare du Nord, le A, le B, la 4, la 13. Et St Michel, comme en 1995. Je n’avais que trop bien compris, toutes les sorties scolaires annulées, les poubelles qui avaient disparu dans la rue, les ombres dans ces couloirs.

Le Monde avait cessé de diffuser les visages en noir et blanc du 13 novembre et on avait commencé à oublier. Une nouvelle fois, rivée devant Twitter et les directs, à actualiser les pages sans cesse. Ce n’est pas Paris, ce n’est pas ma ville, mais ça a fait mal aussi. Sois forte Bruxelles. On se moque de toi mais on t’aime quand même.

bruxelles

20 Commentaires

  1. ML
    23 mars 2016 / 23h34

    Bonsoir, cet article me touche. Demain je pars aussi voir ma famille et j’ai peur. J’ai pris le train aujourd’hui et les contrôles étaient obligatoires, avec ce sentiment bizarre de regarder partout autour de soi, d’être à l’écoute d’un quelque petit son qui nous entoure … Comment est-ce possible qu’à notre époque, nous ayons cette angoisse en France pays des droits de l’homme, en Belgique capitale de l’Europe, ou même dans n’importe quelle partie de cette planète. Dans quelques mois je pars en République Tchèque, j’ai peur de quitter ma famille, d’apprendre une fois de plus une mauvaise nouvelle. Espérons que cela ne recommence pas, même si malheureusement c’est un infime espoir.

    • 24 mars 2016 / 12h50

      N’aie pas peur ML. Je comprends les regards suspicieux mais la vie va reprendre son cours et la peur passer en sourdine. Ne repousse pas ton départ, il peut arriver n’importe quoi aux familles ou à nous-mêmes, un accident de la route, une maladie. Ca fait partie du risque et même si on habitait dans le même pays, ça se passerait aussi. On apprend à vivre avec cet épée de Damocles au dessus de la tête. Courage.

    • 24 mars 2016 / 12h51

      Non 🙂 des Belges plutôt 🙂

  2. 24 mars 2016 / 10h32

    Très bel article 🙂 Et surtout, continuons d’aimer, de rire , de partager et de voyager. Pour que l’amour et l’envie de vivre sa vie triomphent 😉

  3. Marie
    24 mars 2016 / 10h42

    Merci pour ce bel article! J’ai peur, en ce moment, partout… Je prends les transports en commun tous les jours, le même métro que celui où il y a eu l’attentat. Heureusement, à cette heure-là, j’étais déjà au travail.
    Mais aujourd’hui, il a fallu reprendre le chemin du travail, trouver des alternatives car la ligne de métro est évidemment fermée depuis l’attentat. Donc, je prends un autre bus, puis un second bus, un tram et le reste à pied… et tout le monde se regarde avec un air suspicieux (pourquoi cette personne a-t-elle un gros sac à dos? Pourquoi celle-ci a le regard fuyant? Pourquoi l’autre porte des gants?, …). Cette atmosphère est horrible mais je suis chanceuse et n’ai pas le droit de me plaindre car je suis en vie!

    • 24 mars 2016 / 12h52

      Courage Marie, ce ne doit pas être facile. Plaintes ou non. En vie mais marquée et soucieuse aussi, c’est normal. Des bisous.

    • 24 mars 2016 / 12h52

      Merci beaucoup ! et pour le petit coeur aussi 🙂

  4. 24 mars 2016 / 13h33

    Superbe article… Essayer de ne pas avoir peur en se baladant, en prenant les transports. Tous les pays sont terrifiés à l’idée qu ‘il puisse se passer quelque chose… Mais essayer de vivre, et parfois de ne plus y penser. Profitons! Bonnes vacances 😉

    • 30 mars 2016 / 16h56

      Merci pour les compliments et encouragements Garance ! A très vite ! <3

  5. 24 mars 2016 / 19h43

    ambiance lourde dans les transports c’est vrai. Pas un jour sans que l on apprenne un attentat ici ou la. C’est difficile de conseiller les autres mais qd les gens gens veulent remettre un voyage à plus tard mais maintenant cela pt arriver malheureusement n importe où aussi bien en France où n importe où sinon on fait quoi on se terre chez soi.
    Tu me diras que c’est facile de dire ça car je n ai pas eu de proches touchés. Sentiment ambivalent en fait je n y pense pas au quotidien en tout cas j essaies un max sinon ca serait impossible.
    Il faut aller travailler tous les jrs et prendre les transports en commun tout en sachant qu une grosse menace plane.
    bonne vacances à toi!

    • 30 mars 2016 / 17h00

      Je crois que c’est ça, il ne faut pas oublier mais ne pas penser au risque. J’imagine bien l’ambiance dans les transports parisiens… courage !

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