Prof de FLE

Enseigner le français à l’étranger #3 : en Irlande

Après une longue pause,  la rubrique enseigner à l’étranger revient aujourd’hui ! Pour rappel, car ce n’est pas du tout clair pour tout le monde, ici, je vous présente une interview de prof de FLE. Je me contente de poser les questions, ce n’est absolument pas moi qui raconte mon expérience, car la mienne se trouve… sur toutes les autres pages de ce blog ! Donc si vous souhaitez contacter l’enseignant(e) pour plus d’informations, il vous faudra regarder la dernière question de l’entretien.

Et si vous, vous aviez compris le principe et souhaiteriez participer, envoyez-moi un mail ! Je suis en train d’organiser le planning des prochains mois, vous recontacter suite aux premiers mails reçus, je prends toutes vos expériences !

En attendant, pour le mois de janvier, on va en Irlande avec Caroline.


Pourquoi as-tu décidé de devenir prof de FLE ?

Depuis toute petite, j’ai toujours voulu devenir prof. Je donnais des cours d’anglais à ma grand-mère en 6ème devant le grand tableau noir qu’on m’avait offert à Noël, des cours particuliers un peu plus tard, dans toutes les matières… Au départ, je voulais être professeur des écoles, mais après plusieurs séjours en Irlande, pas de doute, c’est là-bas que je voulais vivre. Et en Irlande, pour être professeur des écoles, il faut pouvoir enseigner le gaélique. Euh oui. Alors certes, j’ai quelques bases, mais de là à l’enseigner, ça allait être compliqué ! Je me suis donc tout naturellement tournée vers le FLE qui me permet de conjuguer deux passions : l’Irlande, et l’enseignement ! Maintenant, j’adore tout autant enseigner aux enfants qu’aux adultes, donc c’est vraiment parfait !


Tu habites en Irlande depuis un moment maintenant. Qu’aimes-tu dans ce pays ?

J’ai emménagé en Irlande il y a presque sept ans, après une année Erasmus à Cork et deux séjours au pair à Dublin. Je suis tombée amoureuse de l’Irlande lors d’une colo à la fin de mon année de 3ème, et je suis rentrée en disant à mes parents que plus tard, j’y vivrai. [Oui bien sûr… ont-ils répondu] Ce que j’aime en Irlande, ce sont les gens : accueillants, sympathiques, toujours prêts à aider, « laid back » : ils sont simples, sans se prendre la tête et auront toujours un petit mot gentil, et quelques mots de français en apprenant que vous êtes français. La culture irlandaise est aussi passionnante, que ce soit la musique traditionnelle (et la culture de la musique live dans les pubs), la danse irlandaise, l’histoire…  Et pour finir les magnifiques paysages (Là bas… au Connemara… On sait…) ! On s’y sent vraiment bien, et je ne connais d’ailleurs personne qui soit venu me rendre visite qui n’ait pas apprécié l’Irlande et les Irlandais !

Paysage Irlande

(ça donne envie)


Quelles sont les spécificités éducatives de l’Irlande ?

Le système scolaire irlandais est assez proche du système français : école primaire de 6 à 12 ans, puis école secondaire (une seule école) de 12 à 17/18 ans. À 15 ans, on passe le Junior Certificate, équivalent du brevet, et à 17 ou 18 ans, on passe le Leaving Certificate, équivalent du bac.

Le français est la première langue étrangère choisie par les étudiants (après le gaélique bien sûr, qu’ils apprennent dès la maternelle). Après le Junior Cert, les étudiants doivent choisir 7 matières qu’ils passeront pour le Leaving Cert. Anglais, gaélique et maths sont obligatoires, et la plupart des universités irlandaises imposent 3 langues comme critère d’entrée. Les étudiants choisissent donc pour la plupart anglais, irlandais et français, ce qui veut dire que même les élèves « scientifiques » devront continuer le français jusqu’en 6th year (terminale), pour leur plus grand bonheur…

Pour entrer à l’université, les élèves doivent faire une liste de choix. Selon les points qu’ils gagnent au bac, ils peuvent entrer dans telle ou telle université. Par exemple, pour faire médecine à Trinity College Dublin, il leur faudra 500 points. Pour médecine à l’université de Galway 450 points. Et ainsi de suite. Un étudiant qui gagne 480 points au bac pourra donc choisir Galway, ou ses choix suivants. Pour viser la meilleure université, il leur faut donc un maximum de points, et donc réussir l’épreuve de français haut la main !


Tu es arrivée en Irlande avec un programme d’assistants de français. Tu peux nous en parler ? Et ensuite, qu’as-tu fait ?

Après mon master 1 en Didactique du FLE, je suis partie comme assistante de français via le programme européen Comenius (qui n’existe plus aujourd’hui). J’avais demandé l’Irlande comme seul choix, et Dublin ou Cork si possible. J’ai reçu ma lettre d’acceptation pour l’école primaire de Slane, un petit village du comté de Meath. Cette année d’assistanat a été extrêmement enrichissante : travaillant dans une école primaire, je n’étais pas vraiment « assistante », mais bien professeur, puisqu’il n’y avait aucun prof de français ! J’ai donc pu préparer mes cours et le curriculum de chaque classe de A à Z, enseignant aux élèves de 3 à 12 ans.

Lorsque les neuf mois se sont terminés, j’avais bien l’intention de rester en Irlande. J’ai envoyé CV et lettres de motivation dans toutes les écoles primaires des alentours, et l’une d’entre elles souhaitait ajouter le français au curriculum. En Irlande, il n’est pas obligatoire de commencer l’enseignement d’une langue étrangère en primaire, mais c’est forcément un plus pour l’école, qui peut guider le choix des parents lorsqu’ils cherchent dans quelle école inscrire leurs enfants. J’ai donc travaillé dans cette école quelques heures par semaine, ajoutant à cela des cours particuliers pour ados et adultes. Parallèlement, j’ai suivi mon master 2 par correspondance.

Après deux ans, l’école n’a pas reconduit mon contrat : le budget venait de la coopérative des parents (les écoles n’ayant pas le budget nécessaire), et celui-ci n’était plus suffisant.

Les cours particuliers que j’avais ne suffisaient pas pour vivre, j’ai postulé pour un poste de spécialiste en soutien à la clientèle, en français (et ce n’est pas ça qui manque en Irlande !). J’ai changé d’entreprise au bout de neuf mois, et suis restée dans la seconde presque deux ans. C’était bien joli tout ça, mais je n’avais pas obtenu un master en Didactique du FLE pour répondre au téléphone, bien que cette expérience m’ait beaucoup appris !


Tu as récemment franchi le pas de l’entreprenariat et ouvert ta propre école de français. Que retires-tu de cette expérience ?

C’est donc comme cela qu’au mois de juin 2016, lorsqu’on a commencé à annoncer une « restructuration » de l’entreprise, j’ai pris la décision de démissionner pour me déclarer comme self employed (travailleur indépendant) et ouvrir ma propre école de français. Je recevais plusieurs demandes de cours particuliers (que je ne pouvais accepter faute de temps), et il n’existait pas d’école de langues ou de français dans les environs (la plus proche étant l’Alliance française de Dublin, à une heure de route). Je ne serais certainement pas restée beaucoup plus longtemps dans l’entreprise, mais c’est ce qui m’a décidée à la quitter rapidement, malgré tous les avantages qu’elle offrait (j’avais monté tous les échelons, reçu deux augmentations, la mutuelle était couverte par l’entreprise – et en Irlande, tout ce qui a trait à la santé est très cher !, la (délicieuse) cantine gratuite et j’en passe…). Et puis il était plus logique d’ouvrir une école à la rentrée scolaire qu’en plein milieu de l’année.

Entre juin et fin septembre, date à laquelle je suis partie, j’ai donc passé mes journées entre deux jobs : celui que j’avais (sans grande conviction) et celui de monter ma petite entreprise. Certaines tâches ont été bien plus amusantes que d’autres : créer mon site internet, mes affiches et flyers, mon business plan… Le côté administratif (impôts, déclarer son nom d’entreprise etc.) m’a nettement moins passionnée, bien qu’il soit certainement bien plus facile de monter son entreprise en Irlande qu’en France.

En quatre mois, j’ai atteint les objectifs que je m’étais fixés en 9 mois, mais rien n’est jamais acquis. Cela demande beaucoup de travail : il ne suffit pas de préparer les cours, et de les donner, il y aussi tout le côté administratif : les factures, les emails à envoyer aux inscrits, la newsletter, l’organisation d’événements culturels, les inscriptions, les tests de niveau, le marketing (sur Facebook, en mettant des affiches en ville, sur le site internet etc.). Mais quatre mois plus tard, je ne regrette absolument pas ce « saut dans le vide ». Oui, c’était risqué, mais comment savoir si un projet peut fonctionner si l’on ne prend pas la peine d’essayer ? (note : exactement !)


As-tu un blog ? des réseaux sociaux ? quelque chose à ajouter ?

J’ai un blog perso, qui le restera. On peut me suivre via la page Facebook de mon école Rendez-vous français, et sur le blog Sous notre toit, où j’ai publié un article sur les clichés irlandais ! D’autres articles sont à venir, dès que j’aurai un peu plus de temps !

enseigner le français en Irlande

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9 Commentaires

  • Répondre travellingpetitpain

    Quel super témoignage! ça donne envie de se lancer et d’ouvrir sa propre école de langues 🙂
    Je vais aller de ce pas zieuter son blog. Merci pour ce partage 🙂

    21 janvier 2017 à 7h24
    • Répondre Kenza

      Mais de rien ! Je crois qu’en effet, ouvrir sa propre structure est la continuité logique du parcours… (même si je ne pense pas que ça me conviendrait !)

      23 janvier 2017 à 10h58
  • Répondre Laurine

    Quel parcours ambitieux et en marge de la suite assistanat (mais Comenius était un programme plus professionnalisant que celui du ciep), je lui souhaite une belle réussite ! Bonne idée cette rubrique !

    21 janvier 2017 à 10h49
    • Répondre Kenza

      Oui, en effet ! Dommage qu’il ait disparu dans sa forme actuelle. Il y a des SVE de FLE notamment en Europe centrale, mais les postes ne sont pas du tout promus sur les plateformes appropriées et vont à des gens sans aucune compétence…

      23 janvier 2017 à 11h00
    • Répondre Caroline

      Comenius était en effet plutôt destiné aux futurs enseignants (c’était plus ou moins un critère pour être pris dans le programme, et si je me souviens bien, il y avait pas mal de questions « pédagogie » dans le dossier). Après, j’ai vraiment eu la chance d’être placée dans une école primaire : des amies en école secondaire avaient beaucoup moins de responsabilités et devaient vraiment suivre le programme du prof qu’elles assistaient, ce qui leur a forcément moins appris 🙁

      24 janvier 2017 à 14h07
  • Répondre Leslie

    Bonjour,
    Quel beau parcours! C’est incroyable, lorsque nous partons à l’étranger nous sommes étonnés de découvrir des personnes accueillantes et toujours prêtes pour nous aider. J’ai eu la même réaction en partant à Montréal, puis à Londres et à Dublin. Au final, j’ai l’impression que c’est en France que nous ne savons pas accueillir les personnes. En tout cas, très beau témoignage 🙂
    Bon dimanche, bisous

    22 janvier 2017 à 14h10
    • Répondre Kenza

      Ah toi aussi tu es en Irlande alors ? Je partage ta conclusion, même si j’ajouterai que l’accueil en Hongrie ne fait pas rêver non plus ! A très bientôt Leslie !

      23 janvier 2017 à 11h01
  • Répondre Carine

    Chouette cette interview! 🙂 Je suis en Irlande depuis deux ans et après avoir passé pas mal d’années à avoir occupé des postes « alimentaires » en France surtout et puis 1 an 1/2 ici je souhaite retourner à l’enseignement du FLE seulement je suis un peu perdue quant aux démarches à entreprendre. Peut-on encore envoyer son CV spontanément aux écoles ou faut-il passer par la voie « officielle »? Doit-on obligatoirement suivi un cursus ayant pour noyau la langue cible (au vu de documents récents il semblerait qu’il faille avoir étudier la littérature française etc alors que pour ma part, j’ai fait un Deug LLCE Anglais puis une Licence et une Maïtrise de FLE)? Beaucoup de questions à ce jour sans réponse pour moi…mais l’espoir fait vivre!

    9 mars 2017 à 13h57
    • Répondre Caroline

      Coucou Carine 🙂 Ca serait peut être un peu long de répondre ici, mais si tu veux on peut en discuter, mon email est caroline@rendezvousfrancais.com (tu peux m’envoyer le tien par email !)

      9 mars 2017 à 19h35

    Un petit mot ?

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