Bilans

Deux mille seize

Un peu en avance, c’est l’heure du bilan de l’année. Je m’excuse d’avance si vous n’aimez pas ce passage obligé un peu narcissique, mais je trouve intéressant de réfléchir à ce qui s’est passé, ce qui a été accompli ou non, aux envies assouvies et aux coups du sort, les miens et ceux du monde aussi. 

Pour 2016, je voulais plein de choses. Publier des tas d’articles sur le blog, faire du sport, cuisiner plus varié, oser un changement capillaire, prendre soin de mes amis, ne plus m’occuper de ceux qui n’en sont plus, refaire du postcrossing, quitter la Hongrie, trouver l’endroit où je veux vivre, lire aller au musée voir des documentaires, moins procrastiner, être une meilleure prof, profiter de Budapest et voyager.

Il y a des objectifs que j’ai ratés, d’autres que j’ai atteints. Ce bilan pourrait contenir des listes, de ce que j’ai fait ou pas fait, de ce que j’ai osé ou pas. J’aurais pu l’organiser par mois, par sentiments, par domaines. Mais finalement je vais écrire comme ça, un peu en vrac !

bilan 2016


2016, c’est avant tout l’année où je me suis perdue, métaphoriquement, dans presque tous les domaines. Je ne me ressemble plus. Je me suis enfoncée dans des spirales de négativité, j’ai vu la vie en noir, détesté chaque instant de mon quotidien à Budapest puis à Paris. J’ai encore du mal à me retrouver. Je me cache derrière beaucoup d’excuses et je développe une asocialité anormale. J’attends chaque tournant de vie (qu’il s’agisse d’un déménagement ou d’un nouveau travail) pour recommencer à zéro comme si de rien n’était, en vain. Le plus gros dilemme, celui qui m’accompagne presque au quotidien, c’est cette hésitation à me forcer à faire quelque chose (me promener, voir quelqu’un, aller au ciné, entre autres) et la culpabilité qui me ronge quand je décide que non et reste chez moi. Il faut que j’arrive à composer avec ces deux sentiments.

Le retour en France n’a pas été facile, a amené avec lui une certaine impression de régression. Revenir chez mes parents, dans le quotidien, le métro, dans cette vie parisienne que j’avais fui avant de vraiment la connaître (avant de m’expatrier ces cinq dernières années, j’étais étudiante, je n’ai jamais vraiment travaillé en France). Je voulais tester, revenir vivre ici. Et la réponse est claire : je ne pourrais pas rester. On m’a encore posé la question la semaine dernière et mes mots durs ont engendré des grimaces dans la petite salle des profs. C’est vrai que j’adopte pourtant à mon tour ces comportements que je rejette, je fais la gueule dans les transports, je manque de courtoisie, je me dépêche, je râle et je bouscule parfois. Mais ma place n’est plus ici. Il a aussi été difficile de se réinsérer dans mes cercles sociaux. Quand vous prenez l’habitude de voir vos amis une fois par an une poignée d’heures car vous n’êtes jamais là, revenir et être tout le temps ne vous remet pas en première place du carnet d’adresses et c’est normal. Travailler tout le temps n’est pas bon non plus pour la socialisation.

Je me suis demandée à plusieurs reprises si je n’aurais pas dû repartir à l’étranger, aller quand même vivre en Espagne ou anticiper mon départ au Canada au lieu de rester à Paris mais j’ai appris à accepter cette décision qui semblait être la meilleure au moment où je l’ai prise. Je continue de relever la tête quand j’entends du français dans le métro (donc souvent, cette habitude est trop ancrée en moi), je perds mon accent anglais, j’ai oublié tout mon hongrois et surtout je garde tout cela soigneusement au fond de moi, ces cinq ans m’ont construite. Le retour à Paris est une parenthèse, provisoire, avant de retrouver la vie à laquelle je suis habituée : à l’étranger, en anglais, dans un pays qui me plait, entourée de gens qui me font du bien, avec un travail que j’aime (rien que ça).

Troisième dichotomie de l’année, travailler à temps plein versus ne rien faire ou presque. J’ai vraiment oscillé entre hyper-activité et procrastination ultime. En Hongrie pendant six mois, je me suis ennuyée comme jamais à un poste inintéressant d’assistante de français dans des écoles où j’étais mal intégrée, pour ne pas dire ignorée, avec un salaire misérable. Puis j’ai travaillé à temps plein (tendance intensif) en juillet dans un camp linguistique pour jeunes ados fortunés. Après août au soleil, j’ai enchaîné deux contrats de FLE en septembre et la moitié d’octobre, sans temps libre ni sorties. Puis en novembre je me suis retrouvée au chômage technique ou presque, n’enseignant que de 19h à 21h chaque jour. Et j’ai cumulé en décembre cours normaux et cours du soir. Je n’ai fait que deux semaines à mon nouveau poste de prof d’anglais dans l’Éducation Nationale mais je suis ravie de la transition : les gamins sont difficiles mais les conditions sont bonnes, les horaires excellents et le salaire à la hauteur du travail fourni. Je mets donc ma carrière de prof de FLE en pause jusqu’au moins fin mars et plus probablement jusqu’à mon départ au Canada, où un poste m’attend.

Le Canada justement a été le gros fil rouge de mon année. Après une inscription sans trop y croire au PVT en décembre de l’année dernière, j’ai été tirée au sort un matin de mai fébrile, où je me levais à 3h pour aller attraper un vol pour l’Italie. Paperasse compliquée, lectures hâtives, démarches en hongrois, je n’étais pas sûre que ça passe. Et j’ai reçu ma lettre d’invitation à la porte d’embarquement du Budapest-Paris fin juin. Le Canada (oui, je le personnifie) m’a fait un joli clin d’oeil. Je parsème mon quotidien d’objets feuilles d’érable en attendant le moment où je vais remettre le pied dans ce pays qui me manque tant depuis deux ans et demi. Et j’ai hâte, tellement hâte !

En 2016, parmi les jolies notes, il y a eu les voyages. Bratislava et Athènes en février, Berlin en mars, Belgrade en avril, Florence-Milan-Bologne en mai, Prague en juin, un coin d’Espagne en août, les Pays-Bas et Madrid en octobre. Et pas mal d’endroits en Hongrie, un gros circuit touristique à Paris, une journée à Rouen. J’avais toujours un oeil sur les sites de Ryanair et d’Easyjet et un énorme calendrier dans ma cuisine avec les week-ends à prendre. Les voyages des six premiers mois ont été réalisés sur mes économies, mais sans regrets. Chance, opportunités, un peu des deux, je vous laisse décider !

Sur le calendrier de ma cuisine, je notais aussi les dates des amis qui sont venus me voir ou que je suis allée voir. C’est pour ça que je voulais vivre en Europe de l’Est, pour la proximité avec la France ou les autres endroits où sont installés mes proches. C’était des retrouvailles trois ans après, des histoires canadiennes dans un pub néerlandais, des bêtises de Hongrie dans plusieurs pays, l’accent australien en Italie, des centaines de desserts, le lit des invités fait fait et refait, le circuit touristique bien rodé. Merci ! 💜

Et en 2017 ? Ce que j’espère et attends sera dans un prochain post mais ce blog continuera à faire partie de ma vie, et (in)directement vous aussi !

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18 Commentaires

  • Répondre travellingpetitpain

    Quel bilan!
    C’est toujours aussi agréable de te lire. Je me reconnais pas mal dans ce que tu racontes, notamment le fait de ne pas être en tête du carnet d’adresse quand on revient ou l’impression de régression quand on retourne chez papa/maman. C’est assez difficile de trouver sa place en tant qu’expat: la France est le pays de nos racine et en même temps on ne s’y sent plus vraiment à notre place…J’espère que tu trouveras la sérénité et le bonheur au Canada.

    Bonne continuation à toi et une bonne année 2017 😉

    29 décembre 2016 à 3h02
    • Répondre Kenza

      Merci beaucoup ! J’ai vu une fille qui te ressemblait énormément dans le métro l’autre jour, j’ai vraiment pensé un instant « mais elle est rentrée du Japon ? » ! Du coup, pour pallier ce manque de place, on repart s’en créer une autre ailleurs 🙂

      31 décembre 2016 à 16h29
  • Répondre lolli15

    Tu as réalisé tes principaux objectifs, tu as quitté Budapest et tu vas retourner vivre au Canada, pays de ton coeur. Je suis heureuse pour toi 🙂 Et finalement, tu as pas mal voyagé en 2016 , tu vois tu as fait des choses 😉

    29 décembre 2016 à 10h21
    • Répondre Kenza

      Oui, je pense que ce sont les deux accomplissements majeurs, même si l’un se réalisera proprement dit l’année prochaine ! Les voyages, toujours, mais 2017 sera moins fourni ! (les deux semaines de congés payés au Canada, ça calme tout de suite)

      31 décembre 2016 à 16h30
  • Répondre Ophélie G.

    Tes bilans sont toujours aussi plaisants à lire ! Bon courage pour la nouvelle année à venir. ♡♡ xx

    29 décembre 2016 à 10h39
    • Répondre Kenza

      Oh, merci ! Mais je ne crois pas qu’il faille du courage, sauf pour les affreux ados :p

      31 décembre 2016 à 16h31
  • Répondre Alex

    Ah quelle année riche en émotions! J’ai hâte de lire tes aventures au Canada en tout cas 🙂 Bonne année à toi!

    29 décembre 2016 à 11h40
    • Répondre Kenza

      Merci beaucoup Alex, bonne année à toi aussi ! Les aventures canadiennes vont se faire attendre encore un peu, je n’ai toujours pas de date d’arrivée !

      31 décembre 2016 à 16h33
  • Répondre Gladwood

    Toujours aussi agréable de te lire ! Je me doute que le retour dans notre pays a dû être dur… Surtout quand on a connu mieux, ailleurs.
    Il me tarde de suivre tes nouvelles aventures, de voyager au travers de tes partages .
    Bonne année 😉

    30 décembre 2016 à 14h26
    • Répondre Kenza

      Merci Gladwood ! Oui, effectivement, pas facile de se réadapter au moule français quand on l’a quitté longtemps. Pas mal de réflexes perdus à reprendre ou de remarques comme « mais pourquoi les gens savent pas faire la queue ici ? pourquoi on ne peut pas récupérer de l’argent au supermarché » ? » et tant d’autres ! (ça ferait un bon article tiens !)

      31 décembre 2016 à 16h34
  • Répondre Isa

    Je te souhaite le meilleur pour 2017, mais je suis certaine qu’il n’y a même pas besoin : ce retour au Canada va être grandiose 🙂

    31 décembre 2016 à 12h41
    • Répondre Kenza

      Grandiose, carrément ?! Je ne sais pas mais je vais essayer !!

      31 décembre 2016 à 16h35
  • Répondre Aurélie

    Les moments difficiles sont aussi ceux qui nous construisent, l’important étant d’en tirer des leçons… Je suis persuadée que ton expérience à Budapest, même si elle n’a pas été à la hauteur de tes espérances, n’a pas servi « à rien ». Tu as testé, tu as essayé…
    Je te souhaite tout plein de bonnes choses pour 2017, mais avec le Canada cette année se présente bien je trouve 😉 Bises et bon réveillon !

    31 décembre 2016 à 13h38
    • Répondre Kenza

      Oui, c’est exactement ça. Bon réveillon à vous deux aussi !

      31 décembre 2016 à 16h35
  • Répondre Lily's road

    Que de mots… Encore un réel plaisir de te lire. Hâte de lire ton prochain article alors 😉 et vivement que l’on se croise au Canada !!

    31 décembre 2016 à 19h57
  • Répondre Léonor

    Je me reconnais beaucoup dans certains de tes passages. On a déjà remarqué plusieurs fois la similarité de nos expériences cette année, toi à Budapest et moi à Prague, mais là où je me retrouve aussi c’est dans ton retour à Paris. Ayant fui la Belgique, je suis certaine qu’y retourner me donnerait les mêmes sentiments ! Mais voyons le positif : ce sont aussi les mauvaises expériences qui nous forgent, nous rendent plus forts et nous montrent ce qu’on veut. Et puis 2017 ne peut que être meilleure !! Bisous 🙂

    4 janvier 2017 à 14h48
    • Répondre Kenza

      Oui c’est vrai 🙂 et j’espère que tu n’auras pas à retourner en Belgique autrement qu’en vacances !

      9 janvier 2017 à 10h43
      • Répondre Léonor

        Merci ! Ça fait toujours du bien de rencontrer des personnes qui me comprennent sur ce point là 🙂 !

        9 janvier 2017 à 13h28

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