Ces habitudes de prof au quotidien

On m’a récemment fait remarquer que j’agissais beaucoup en prof. Et… c’est vrai. Si on me prend souvent pour une étudiante à cause de ma baby face, il n’est pas faux de constater que j’ai toujours un lien avec l’école. Je ne sais pas si c’est mon look ou mon air studieux mais il y a effectivement des habitudes que je garde dans ma vie quotidienne.

1. Tout expliquer

J’adore apprendre des choses aux gens… surtout parler de Melbourne et d’Australie en ce moment, mais aussi de mes expatriations précédentes, des comparaisons que je peux tisser entre les différents pays, cultures, systèmes éducatifs. Du chiffre super sérieux à l’anecdote marrante j’ai toujours quelque chose à raconter. D’ailleurs, souvent quelques jours après mes interlocuteurs ne manquent pas de me dire à grands couverts de on… ce que je leur ai dit. Mais je n’oublie pas que je suis la source !

2. Tout corriger – à l’oral comme à l’écrit

Je déteste les fautes de français. Si je les accepte chez mes étudiants, je ne peux pas fermer les yeux quand j’en vois sur les réseaux sociaux. J’adore corriger les mémoires, CV, lettres de motivation de mon entourage. Chercher le petit truc bancal, prêter attention au détail, aux oublis. Mon souci de perfection s’applique aussi à l’oral – pour l’anglais cette fois. Je ne peux pas m’empêcher de corriger la prononciation de mes amis si nécessaire. Ou leurs petites erreurs qui en fait ne sont pas si petites.

3. Ne pas laisser les gens finir leurs phrases

C’est plus fort que moi et j’essaye vraiment de me corriger. Dans… 80% des cas je sais ce que l’étudiant va me dire et pour quelles raisons il va se retrouver bloqué. Plutôt que d’attendre et de le lancer sur la bonne piste, il est tellement plus facile de tout simplement avancer le mot qu’il cherche. Autour de moi c’est la même chose. Dès que les gens hésitent un peu, je finis leurs phrases pour eux.

4. La patience

Après la dixième explication sur le principe de la conjugaison et des verbes en -er au présent (on a vu plus difficile donc) je ne perds pas mon sourire et mon envie de faire passer le savoir. Je suis en général très patiente – même dans les transports. Etre prof m’a appris à attendre, les autres comme les choses.

5. L’aplomb

J’ai réponse à tout. Même si c’est que je ne sais pas, je saurai vous l’affirmer de façon irrévocable. Sans parler du célèbre “c’est comme ça” que je suppose les profs partagent avec les mamans après d’incessants pourquoi. Avoir été au milieu d’adolescents avec la sensation d’être jetée dans la fosse aux lions me permet aujourd’hui de me sortir de n’importe quelle situation un peu difficile. Et aussi de très bien mentir.

6. L’improvisation

Décider en dix secondes de quoi faire ensuite, c’est facile. Une fois qu’on est entré dans une salle de classe avec soixante yeux qui guettent votre prochain mouvement, vous apprenez non seulement qu’il faut toujours venir préparé mais aussi savoir sérieusement improviser. L’ordinateur ne marche pas ? La salle est verrouillée ? Allons faire cours dehors !

7. Le ton de maîtresse

C’est le principal trait de caractère que je garde en permanence je pense. Le ton de maîtresse, un peu froid, un peu directif, un peu sec, qui peut vouloir dire plein de choses de “je te crois pas” à “mais bien sûr” en passant par “tu ne m’impressionnes pas du tout”. Pour moi il s’associe aussi à mon côté parisienne.

8. Le regard de maîtresse

Il va avec le ton. Je peux tout exprimer d’un regard : l’encouragement, la désapprobation, l’incompréhension, la fierté, l’ennui. En général j’utilise ce regard de prof pour signifier que je ne comprends pas et que j’ai besoin de plus de développements ou bien qu’il ne faut pas me prendre pour une idiote. Mes amis se moquent souvent de moi à cause de ça.

9. La volonté à contrôler les mouvements d’un groupe d’adulte

Quand j’étais dans une association l’an dernier, j’avais malgré moi pris le contrôle et essayé de diriger tout le monde (comprendre vingt étudiants internationaux à l’anglais bancal) – assieds-toi, tais-toi, concentre-toi, font partie des choses que je dis à mes proches sans trop le réaliser. Je n’hésite pas à rappeler à l’ordre mes amis quand il le faut… en pointant le doigt, c’est encore mieux pire.

10. Savoir quand on parle de moi

C’est comme un sixième sens développé à force de travailler avec des ados. Je sais exactement quand on parle de moi – malheureusement je ne sais pas toujours ce qui se dit mais les signes ne trompent pas. Ca marche aussi avec mes étudiants actuels qui se mettent à m’inventer une vie et me donner des surnoms affectueux. La paranoïa peut ne pas être loin non plus mais quand vous observez des adolescentes qui gloussent, vous voient et partent en courant, les chances quelles parlaient de vous sont fortes…

11. Critiquer les profs à la télé

Quand il y a des profs à la télé, surtout américaine, ça me fait un peu hurler. Avec tous les règlements sur les comportements à avoir avec les élèves, les no-touching, les séries sont à des milliers de kilomètres de la réalité : dans l’un des derniers épisodes de Girls, Lena Dunham devient prof et emmène son élève préférée se faire piercer la langue. C’était tout sauf réaliste. Je me demande si elle se fait virer dans l’épisode suivant.

12. Ecrire en cursive

Ca c’est aussi dû à notre éducation française je crois mais avoir une jolie écriture, c’est bien un truc de prof. Evidemment certains écrivent super mal mais quand j’ai de petits élèves qui dans le système anglo-saxon écrivent en script, j’adore les impressionner avec un alphabet d’école française. Mes m ont laissé des dizaines d’étudiants perplexes…

Et vous ? est-ce que votre travail transparaît dans votre personnalité ? choisit-on telle profession parce qu’on a le caractère pour ?

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16 Commentaires

  1. 4 avril 2015 / 18h43

    HAN mais c’est trop ça!!! l’autre jour dans le train il y a avait un mec qui se curait le nez, pendant tout le trajet je me suis mordu la langue pour ne pas lui dire “va prendre un mouchoir dans le fond de la classe parce que c’est dégoutant ce que tu fais!”
    Prof un jour, prof toujours.

    bises ma Kenza!
    Steph

    • Kenza
      11 avril 2015 / 19h30

      J’aurais bien aimé voir sa tête !

  2. 4 avril 2015 / 20h10

    Je me retrouve sur certains points. Par contre, c’est depuis que je suis prof en primaire ici que j’ai appris à ecrire en caractères detaches, et je me surprends à la faire en dehors!

    • Kenza
      11 avril 2015 / 19h31

      Je t’avoue que moi aussi, ça dépend pour qui j’écris et à combien de pourcent je veux être comprise…

  3. 6 avril 2015 / 20h48

    Moi aussi je me retrouve dans plusieurs exemples. Le côté directif avec l’entourage, une vraie déformation professionnelle!!!

    • Kenza
      11 avril 2015 / 19h32

      Je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule !

  4. Aurélie
    7 avril 2015 / 22h58

    Super article, c’est très intéressant de dresser le portrait de soi-même avec de l’auto-dérision, et ce sujet me parle beaucoup,
    dans mon métier le caractère et la personnalité joue beaucoup, et doit répondre idéalement à deux traits : être quelqu’un de réfléchi et calme pour garder son sang-froid car on est constamment dans l’urgence et soumis au stress, rester poli et courtois, analyser la situation avec du recul… et être quelqu’un d’extraverti, à l’aise devant un auditoire, savoir être agressif pour s’imposer. Je fais partie de la première catégorie, en me disant que l’expérience m’apprendra également à m’imposer.
    Pourtant parfois je me demande si j’ai bien fait de choisir ce métier car je ne colle pas exactement aux deux facettes.
    Donc dans quelle mesure fait-on un métier car on a telle personnalité, ou a-t-on telle personnalité en apprenant un métier ?

    • Kenza
      11 avril 2015 / 19h33

      Ce que tu décris a l’air très demandant ! Je pense qu’on s’adapte facilement, quitte à revêtir un masque lorsqu’on travaille…

  5. lauween
    8 avril 2015 / 19h47

    Portrait d’enseignant assez bien vu ! La patience est quand même la vertu n°1 indispensable pour le métier et comme les précédents commentaires, je me retrouve beaucoup dans les traits décrits (sauf que j’ai pas de télé donc je critique pas les profs des films ou séries). Moi mon truc bien caractéristique, c’est la petite anecdote sur la langue, j’adore souligner aux étudiants les trucs comme “eh oui, le mot biscuit que vous utilisez également en anglais, vient du latin et veut littéralement dire ‘cuit deux fois’ !” et je fais même parfois des cours d’histoire pour expliquer l’influence du français dans la langue anglaise 🙂 Le jour où je me remets à mon blog, j’essayerai de compiler ces petites anecdotes… En attendant, c’est plus rigolo de venir commenter tes articles qui font mouche !

    • Kenza
      11 avril 2015 / 19h34

      Tu m’apprends un truc ! moi aussi je fais souvent ça. On devrait échanger nos anecdotes historico-linguistiques…

  6. 14 avril 2015 / 19h44

    Excellent cet article Kenza ! quel recul sur toi-même, je suis impressionnée. Je ne sais pas répondre á ta question finale, dans le sens où j’ai fait des etudes de commerce et que mon métier a toujours été dans le marketing et les ventes… je ne pense pas qu’il faille absolument avoir une vocation pour faire ce type de métier. En revanche, j’ai été quelques fois très très étonnée de voir à quel point certains profs ou certaines infirmières/sage-femme faisaient leur métier avec force et s’engageaient totalement. Dans ces cas, leur métier leur collait à la peau !

  7. 18 avril 2015 / 0h28

    Ah ah ! Pas encore prof mais j’ai postulé et je vois que j’ai déjà certains traits du métier !!! Désolée de ne pas passer plus souvent par chez toi, ce n’est pas l’envie qui me manque mais c’est dur de tout suivre… A défaut, je passe une tête de temps en temps 😉

  8. Eliz
    12 septembre 2015 / 19h28

    Je suis tombée par hasard sur ton blog. Des années plus tard, c’est marrant ! (Peut être que tu ne te souviens pas de moi, d’ailleurs)
    J’ai fait du FLE aussi et je suis maintenant institutrice au Koweït (dans une école francophone) ! Je me reconnais dans le portrait… Mais quand je sors de l’école, je perds vite mes habitudes d’enseignante : je parle mal, je fais des fautes, mon ton est moins assuré (et je suis moins assurée, globalement) Ceci dit, je parle souvent doucement, et parfois mes amis doivent me rappeler que ce sont des adultes et qu’ils n’ont pas 5 ans ! J’ai aussi du mal à ne pas demander si je suis bien comprise (voire parfois à carrément demander à mon entourage de reformuler ce que j’ai demandé !)

    En ce qui me concerne, je crois que le métier s’est collé à ma personnalité mais que je n’avais pas vocation à faire ce métier (que, finalement, j’adore !)

    • 19 septembre 2015 / 14h24

      Le monde est tout petit, bien sûr que je me souviens. Je ne t’aurais pas du tout imaginé prof ! Mais je suis contente que ça te plaise.

  9. Alicia
    3 janvier 2016 / 19h03

    mais…c’est TELLEMENT ça 😀 ! (moins le ton strict et sec et la jolie écriture pour moi je pense)
    Ha dis donc je découvre votre blog aujourd’hui et ça me fait un bien fou de lire vos articles *pars tranquillement continuer sa lecture*

    • 3 janvier 2016 / 21h01

      Bienvenue Alicia ! Je suis contente que tu te reconnaisses. J’espère que la suite de la lecture t’a autant plu 🙂

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