Europe

Auschwitz

J’ai un peu hésité. Quand j’étais en première, les terminales avaient été en voyage scolaire en Pologne et avaient visité Auschwitz, ils en étaient revenus marqués, autant qu’on peut l’être quand on a dix-sept ans. On en parlait avec mes copines avec de la peur dans la voix en se demandant comment on réagirait. Finalement, nous n’y sommes pas allés. À une période, probablement la fin du lycée, j’avais lu toute la littérature concentrationnaire que j’avais pu trouver, obsession un peu morbide.

Dix ans plus tard, je décide de partir en vacances à Cracovie et c’est en regardant ce qu’il y a autour que je place Auschwitz sur la carte. Le camp est à soixante kilomètres de la ville. Y aller, ne pas y aller ? Je me suis posé la question plusieurs jours. Et j’ai décidé que oui, pour le devoir de mémoire.

Aller à Auschwitz.

Il y a plein de tours opérateurs qui organisent des visites au départ de Cracovie et il est aussi possible d’y aller par ses propres moyens. L’entrée sur le site est gratuite mais je ne voulais pas être seule, je ne voulais pas garder mes questions et mes sentiments pour moi alors j’ai opté pour une visite guidée. Pas besoin de réserver pour celles en anglais mais en français il y en a deux par jour, une à 10h et une dans l’après-midi et elles se remplissent vite, surtout en période de vacances scolaires. Via le site officiel d’Auschwitz, j’ai payé quarante zlotys, dix euros, et j’ai reçu un ticket électronique. Il est demandé d’arriver un quart d’heure à l’avance, j’ai pris un billet pour une navette qui partait de la gare routière à 8h pour arriver à 9h30.

J’étais vraiment anxieuse. Je me demandais comment j’allais réagir, ce qu’on allait voir, comment ça allait passer, si j’allais me mettre à pleurer. L’estomac noué, je grignotais sans âme les délicieux bretzels polonais qui m’ont nourrie pendant ces cinq jours. Le trajet se passe sans encombres jusqu’à…. ce qu’on tombe dans des embouteillages gigantesques.

La ville d’Oświęcim (Auschwitz est la traduction allemande du nom polonais) est une petite ville de banlieue tranquille…sauf le matin. Tous les cars de touristes se suivent sur une petite route menant au camp. La circulation est très mauvaise, les minutes avancent. Tout le monde s’agite dans le bus, car les visites commencent à dix heures dans toutes les langues. Un groupe de Français à côté de moi appelle, furieux, pensant qu’on les attendra. Moi, je suis nerveuse aussi, je déteste arriver en retard, mais je relativise assez vite : que sont cinq minutes de retard par rapport à l’horreur qu’on va voir ? je demanderai simplement à passer sur un autre tour.

Il est 10h05, le bus se gare, les gens partent en courant. La foule est omniprésente, je ne sais pas où aller ni que faire. Je me dirige vers le stand d’informations, j’explique mon cas et on me dit de me dépêcher, la visite a déjà commencé. Bon. Je me dirige vers la file pour passer les portiques de sécurité. Il est interdit d’entrer avec un sac plus grand qu’une feuille A4. Je patiente, je passe. Et là je ne sais pas où aller. Je tourne en rond, on m’oriente vers le comptoir des audio-guides et on me donne un sticker bleu. Je ne comprends pas pourquoi on me donne un casque audio, mais je fais ce qu’on me demande, on branche la piste audio et on me dit de me dépêcher, d’aller au point 4. J’avance, je rentre dans le camp, passe sous la célèbre porte qui est plus petite que ce que j’imaginais, et je comprends alors les écouteurs. Il y a des groupes partout, de vraies fourmis qui suivent des guides qui parlent une douzaine de langues. Je m’approche de quelques groupes avant de trouver le mien. J’ai manqué le début, tant pis.

Entrée d'Auschwitz


On parcourt un peu l’extérieur avant de visiter quelques blocks. C’est surréaliste, c’est une belle journée d’automne, le soleil brille sur les feuilles de toutes les couleurs et à première vue, il ne reste aucune trace de l’horreur qui s’est passée ici. En fait si, quelques traces de balles, quelques signes ça et là.

Baraques à Auschwitz

Auschwitz

Auschwitz. Block 6.


La guide est sobre et efficace, notre groupe pas trop nombreux. Chaque baraquement a un thème particulier, un aspect de la vie du camp ou l’histoire d’une population précise. On n’en visite que quelques-uns, et une fois que l’on commence à pénétrer à l’intérieur, mon ressenti change immédiatement. Il y a tellement de monde que des cordons ont été installés, c’est une chorégraphie minutieuse de groupes et de guides qui changent de place à la seconde près. On n’a pas le temps de réfléchir à ce qu’on voit ni à ce qu’on nous dit, pressés de chaque côté par les autres et le temps qui passe, on va perdre notre place dans ce ballet minuté. On ne peut parfois pas s’approcher des vitrines, les salles, les escaliers, les couloirs sont noirs de monde. Il y a aussi des restes humains, sacrés dans la religion juive et considérés comme ne trouvant pas le repos. Ils sont bien sûr par conséquent interdits de photographier. Tristement, les gens s’en fichent. Je ne comprends pas.

La visite est édifiante, les chiffres le sont tout autant, les faits bruts et douloureux. J’encaisse, j’observe rapidement puisqu’on n’a pas le temps. Je voudrais retenir les nombreuses citations, en anglais et en polonais, une a particulièrement accroché mon regard :

Those who do not remember the past are condemned to repeat it – George Santayana.

Dehors, tout est tellement calme. On se dirige vers les chambres à gaz. Certains prennent des photos (…)

Auschwitz


Et juste après survient un moment complètement WTF. La visite d’Auschwitz comprend également le camp de Birkenau, qui se situe trois kilomètres plus loin. Les détenus faisaient le trajet à pied matin et soir, par tous les temps. Si j’avais été seule, je pense que j’aurai marché aussi, pour prendre la mesure de ce qui m’entoure et de ce qui s’est passé ici. Mais en ces temps touristiques, un bus gratuit fait la liaison entre les deux sites, avec un départ toutes les trente minutes le matin et tous les quarts d’heure l’après-midi. Le bus allait partir… La guide nous a fait courir.

Oui, courir, comme des dératés dans l’allée centrale car elle ne voulait pas manquer le bus et patienter une demi-heure. Je peux la comprendre, elle a sûrement des impératifs, besoin d’être revenue pour la visite guidée de l’après-midi, un emploi du temps chargé. Mais nous forcer à courir, quelque soit l’âge et la force physique des gens du groupe, être au milieu de l’horreur mais revenir à nos préoccupations futiles d’être à l’heure, de se dépêcher, vite vite vite, j’ai trouvé ça vraiment déplacé.

Lors de la visite de Birkenau, je la voyais donc d’un oeil moins bienveillant. Birkenau a été presque complètement brûlé lors de la libération des camps. Ne reste que l’entrée, quelques baraquements (dont celui d’hygiène et un dortoir de femmes) et la trop célèbre voie ferrée. Cela faisait extrêmement bizarre d’avoir vu des photos prises en 44 ou 45 de cet endroit et de s’y tenir quelques instants plus tard, délavés par le temps. Impossible de s’imaginer ce que ça avait pu être.

Birkenau


Le devoir de mémoire ?

En rentrant à Cracovie, je me suis empressée de télécharger Si c’est un homme de Primo Levi. Et je l’ai relu d’un trait, bien loin de la première lecture effectuée à quinze ou seize ans. Le récit a pris une toute autre ampleur. Je ne regrette pas d’être allée à Auschwitz, d’avoir vu l’indicible. Mais en en parlant autour de moi, les réactions ont été mitigées.

Il y a tout d’abord ceux qui n’osent pas, par peur, par gêne, par réserve, et je comprends. On m’a dit que j’étais courageuse mais je ne suis pas d’accord, ce n’est pas une question de courage. Et puis on m’a rétorqué : ni Juif, ni polonais, ni allemand, ce n’est pas ma mémoire. Non, effectivement, ce n’est pas la mienne non plus personnellement. C’est notre mémoire à tous. Au Cambodge, j’avais aussi visité la prison de Tuol Sleng et les Killing Fields, ces lieux font partie de l’histoire des peuples, d’abord des locaux puis de tous les autres. Oublier, prétendre qu’il ne s’est rien passé, c’est ouvrir la porte pour que ça recommence. Après… au musée d’Oscar Schindler, la dernière salle est basée sur le concept du choix, du libre-arbitre, du noir et du blanc qui font du gris. On vous pose devant des phrases un peu chocs et vous demande ce que vous, vous auriez fait dans cette situation, bourreau ou victime, collabo ou résistant ? Je ne pense pas qu’on puisse savoir avant de devoir le vivre… qu’en pensez-vous ?

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46 Commentaires

  • Répondre Tameï

    Quel dommage que le côté touristique prenne le dessus sur le reste. J’ai visité Auschwitz il y a 9 ans lors d’un voyage scolaire (j’avais 14 ans). Je n’avais pas pris de photos trouvant que ce n’était pas respectueux. Il n’y avait pas beaucoup de monde, on a eu le temps de tout regarder et notre guide n’était pas pressé.

    10 décembre 2015 à 20h14
    • Répondre Kenza

      La guide disait que le nombre de visiteurs avait triplé en un an !Il y a eu 1,5 millions de visiteurs en 2014, c’est un site inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, ça a un impact majeur sur la fréquentation d’un site et d’après ce que je suis en train de voir sur Internet, les 70 ans de la Libération aussi ont augmenté l’affluence. Les photos, je me suis posé la question aussi mais je savais que je voulais illustrer l’article, donc j’ai pris seulement des bâtiments.

      10 décembre 2015 à 20h30
      • Répondre Tameï

        Tu m’apprends quelque-chose. Du coup je suis allée regarder sur google et depuis ma venue il y a plus de 300 000 visiteurs supplémentaires par an, c’est énorme.

        10 décembre 2015 à 22h18
  • Répondre Pomdepin

    A te lire, je me pose encore la question (c’est récurrent): faut il y aller ou pas? Le côté attraction touristique comme tu le décris si bien avec la foule, les guides pressés, les gens qui photographient tout me gêne énormément. Et je suis complètement d’accord avec toi, c’est facile d’avoir des certitudes sur ce qu’on aurait fait tant qu’on ne le vit pas.

    10 décembre 2015 à 20h20
    • Répondre Kenza

      Je ne regrette pas malgré les conditions, c’est une « piqure de rappel » bien nécessaire, visualiser les lieux permet de mieux appréhender l’horreur que ça a dû être. Et se souvenir. Après… y avait énormément d’ados britanniques à Cracovie, tes enfants y iront peut-être en voyage scolaire à un moment ?

      11 décembre 2015 à 18h46
  • Répondre Ophélie G.

    Je n’ai jamais lu « Si c’est un homme » de Primo Levi, j’attends le bon moment pour ça. Mais y en a-t-il vraiment un ? Le devoir de mémoire, c’est quelque chose d’important, mais je ne pense pas que j’aimerais aller à Auschwitz, principalement à cause de cet aspect touristique que tu décris si bien. D’ailleurs, les lieux de mémoire tels que celui-ci soulèvent de nombreux débats parmi les spécialistes de la période ; on ne sait plus très bien où le devoir de mémoire s’arrête et où l’aspect monétaire/touristique commence. Bref, merci de nous avoir emmené à Auschwitz avec ton récit. xx

    10 décembre 2015 à 20h21
    • Répondre Kenza

      C’est une bonne remarque que tu fais là ! Pour privilégier la mémoire non touristique, la première chose serait la gratuité des sites… (au Cambodge, ils ne le sont pas, à Hiroshima je ne sais pas).

      11 décembre 2015 à 18h48
  • Répondre Frenchie in Canada

    Je ne suis jamais allée a Auschwitz, mais je me souviens aussi avoir lu beaucoup de littérature sur le sujet au lycée. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait qu’il s’agisse d’un devoir de mémoire pour tous, pas seulement pour un certain « peuple ».
    Et je suis choquée du comportement de la guide, mais aussi de ces gens dans le bus. Apres j’imagine que c’est dur de faire des visites calmes et propices à la réflexion quand tant de gens se rendent sur le site.

    10 décembre 2015 à 21h06
    • Répondre Kenza

      Oui, c’est vrai, et finalement la foule permet de moins s’attarder et de moins « penser » à tout ce qui s’est passé là. Si la visite était calme, le côté dramatique aurait vraiment été accentué.

      11 décembre 2015 à 18h49
  • Répondre Steph

    j’ai lu Primo Levi l’année dernière, je ne l’avais jamais lu au lycée.
    Un peu comme toi j’ai une espèce de fascination morbide/obligation de devoir de mémoire et j’ai vu de nombreux films et lu pas mal de livres qui traitent du sujet et je suis à chaque fois retournée!

    Je ne pense pas aller à Auchwitz, je l’avoue j’ai peur des fantômes en fait, je sais que je serai hantée toute ma vie si j’y vais.

    Dans un autre genre, perso j’aimerais voir Tchernobyl mais le côté touristique me gêne aussi…

    10 décembre 2015 à 21h28
    • Répondre Kenza

      Les films, je trouve ça moins « authentique » (avec des guillemets, trop hollywoodiens) – mais j’ai envie de revoir La liste de Schindler, vue en dix-huit coupures en cours d’éducation civique, je ne m’en souviens pas et d’avoir été sur les lieux rendra le film plus vrai. Je n’aurais jamais imaginé que visiter Tchernobyl est possible… J’ai cherché des liens, ça m’a donné la nausée rien que de lire la description :/

      11 décembre 2015 à 18h53
  • Répondre Lou

    La période me passionne, je lis et regarde énormément de choses à ce sujet et me sens profondément investie du devoir d’en parler, encore et toujours. J’aimerais aller sur place… mais pas comme ça. Je ne pourrais pas, je crois, le décalage est trop grand entre ce que je ressens dans ma tête et ce que tu décris, cette espèce de safari/marathon. Même si, au fond, je pense que beaucoup de visiteurs ressentent un profond respect et sont bouleversés par le lieu.

    A vrai dire, ce n’est pas Auschwitz qui m’intéresse mais plutôt une envie de faire perdurer la mémoire de ces gens qui ont souffert pour rien, de me projeter dans un espace en 3 dimensions à une époque où il ne nous reste que du papier et des images pour comprendre ce que ça a été. Merci pour ce partage, tes photos sont très belles et très touchantes.

    10 décembre 2015 à 23h14
    • Répondre Kenza

      Coucou Lou ! Tes mots sont malheureusement bien choisis… mais en effet, la plupart des visiteurs ressentent cette émotion et l’impact de ce qui s’est passé à cet endroit. Mais voir permet de mieux appréhender, ça rend les témoignages plus « réels », sans la distance qu’on y met via le papier ou les images.

      13 décembre 2015 à 11h39
  • Répondre Sabine

    Merci de nous avoir partagé ta visite. Le devoir de mémoire oui mais c’est triste de voir que le côté commerciale prend le pas sur tout…

    Je ne suis jamais allée à Auchwitz mais j’ai visité (sans guide) la prison de Tuol Sleng et les Killing Fields au Cambodge. C’était très dur, je peux donc comprendre que certaines personnes ne se sentent pas le courage d’y aller, mais je suis d’accord avec toi, le devoir de mémoire c’est important. Après aller sur place c’est très bien lorsque l’on peut et veut mais lire, s’informer c’est aussi ne pas oublier.

    11 décembre 2015 à 0h15
    • Répondre Kenza

      Tu avais l’audioguide aux Killing Fields ? Je l’avais trouvé très bien fait, sobre et en retenue mais sans minimiser l’horreur ni les conséquences aujourd’hui (comme la pluie…) parce contre le stupa m’avait laissé un goût amer, c’était clairement pour les touristes.

      13 décembre 2015 à 11h41
      • Répondre Sabine

        C’était il y a 7 ans déjà. Je ne me souviens absolument pas d’un audioguide ! Mais je me souviens des photos dans la prison… Ce sont les photos aussi qui m’ont marquées au musée des vestiges de la guerre du Vietnam à Ho Chi Minh.. Quand j’y pense, je vois encore certaines d’entre elles aussi bien que si j’y étais allée la semaine dernière…

        14 décembre 2015 à 1h47
  • Répondre tarab2014

    Etonnant ce contraste entre ce lieu si lourdement chargé et ces visites millimétrées où il n’y a de temps ni pour la réflexion ni pour l’émotion (mais peut-être est-là justement ce qui est recherché : que ferait la guide avec un groupe bouleversé ? Elle ne saurait sans doute pas quoi faire de toute cette émotion…).
    Quant aux réflexions de ceux qui pensent que ça ne les concerne pas, les bras m’en tombent. Si on a inventé le crime contre l’humanité à l’issue de cette guerre c’était bien pour signifier que cela nous concernait tous. Enfin tous les humains, peut-être certains ne s’incluent ils pas dans l’humanité après tout…

    11 décembre 2015 à 0h28
    • Répondre tarab2014

      PS : je me demande d’ailleurs si les gens qui prennent des photos devant des restes humains ou des chambres à gaz ne le font pas aussi pour se protéger de leurs émotions. L’objectif ça met à distance, ça protège, ça remet à plus tard le moment d’être bouleversé…

      11 décembre 2015 à 0h30
      • Répondre Kenza

        Tu soulèves des points super intéressants ! d’abord, oui, c’est une bonne question : les guides ont-ils une formation en psychologie ? comment gèrent-ils les émotions ? et leurs propres émotions, quand tu récites ces chiffres trois fois par jour ou contemplent ça au quotidien ?
        J’aime bien ton idée pour l’appareil photo. Moi je voyais plutôt le côté « montrer ses photos de vacances à Tatie Josette au déjeuner du dimanche » mais une interdiction est une interdiction… et ceux qui se disent que « ouah des cheveux il me faut une photo », est-ce que quand ils mettent la carte mémoire sur leur ordi ils sont frappés parce qu’ils ont vu (et fait : photographié un truc interdit et irrespectueux) ? ou bien ils enfouissent la photo au fond d’un dossier ? Je ne sais pas !

        13 décembre 2015 à 11h45
  • Répondre Miss Mangosteen

    En 2009, alors que j’étudiais en Suède, il y a eu des promos Ryanair, nous nous sommes envolés pour Cracovie et nous sommes allés à Auschwitz. En pleine semaine et hors période scolaire, il n’y avait pas beaucoup de monde, on a pris notre temps et j’ai trouvé la visite guidée vraiment très bien faite. Ces couloirs avec les photos des détenus, avec date d’arrivée et date de décès (l’hécatombe en hiver était flagrante …), ces salles ont sont entreposées valises et autres affaires personnelles confisquées aux détenus, et même des cheveux laissent sans voix.

    L’année dernière et parce que je suis à moitié cambodgienne, j’ai visité Tuol Sleng, un moment très fort de notre voyage. J’ai trouvé la salle des portraits « avant Pol Pot / pendant Pol Pot / maintenant » particulièrement instructive. Dire que c’était un lycée, un lieu d’éducation et d’apprentissage et que les rires qui devaient s’échapper de ces murs tous les jours avant Pol Pot ont fait place au silence et à la torture pendant ces années noires …

    On m’a critiquée dans ma famille pour ces visites, m’accusant d’avoir une obsession pour ces évènements. Je dirais simplement que même en sachant ce qui s’est passé, même en ayant lu des livres, même en ayant vu des films, fouler le sol où l’Histoire s’est passée et voir de ses propres yeux l’endroit permettent, plus que des livres, plus que des chiffres, de prendre conscience de la mesure et de la gravité des évènements.

    Pour ma part, et même si ce n ‘est pas gagné (Rwanda, Arménie, Syrie, …), j’en suis ressortie plus convaincue que jamais que nous devons trouver un moyen de vivre en paix, pour que plus jamais.

    As-tu déjà visité le musée de la terreur communiste à Budapest ? C’est édifiant aussi.

    11 décembre 2015 à 3h09
    • Répondre Kenza

      Merci pour ton super commentaire ! Je pense qu’en 2009 il y avait beaucoup moins de visiteurs à Auschwitz, ça joue sur la façon dont on appréhende sa visite. Les couloirs avec les photos étaient effectivement très impressionnants. Les ustensiles de cuisine aussi… ces gens qui croyaient recommencer leur vie… Pour Tuol Sleng, même sensation que toi, le fait que ce soit une école a touché mon coeur de prof… Je ne suis pas encore allée au musée de la Terreur de Budapest, c’est en projet ! Celui de Cracovie était édifiant aussi, surtout les cellules…

      13 décembre 2015 à 11h48
  • Répondre Nekanas

    À l’occasion, vois le film Saul Fia qui contribue brillamment à ce devoir de mémoire (à ne pas conseiller aux personnes dépressives).

    11 décembre 2015 à 6h40
    • Répondre Kenza

      Je vais essayer de le trouver, merci pour ta suggestion !

      13 décembre 2015 à 11h49
  • Répondre Marion

    Je trouve que tu n’as pas eu de chance : quand j’y suis allée, il y avait moins de monde, c’était moins la bousculade, moins la course pour commencer le premier tour ou pour aller à Birkenau.
    J’avais trouvé la visite un peu surréaliste car je ne me sentais vraiment pas bien à la vue des effets personnels, en pensant à toute l’horreur qui a eu lieu entre ces murs… et autour de moi des gens se prenaient en selfie, même à l’entrée des chambres à gaz!!! je ne regrette pas d’y être allée, mais quelle journée… bizarre!!! (je ne trouve pas d’autres mots)
    Ton article est bien écrit en tout cas, perso je ne pense pas en écrire un sur ce sujet (et en plus je n’avais pas pris une seule photo^^)

    11 décembre 2015 à 6h51
    • Répondre Kenza

      Comment peut-on se prendre en photo à un endroit pareil ?! ça dépasse l’entendement…
      (si tu veux une photo, sers-toi !)

      14 décembre 2015 à 12h10
  • Répondre lauween

    Intéressant ton témoignage. Même si le lieu est devenu une attraction touristique, il n’en demeure pas moins que c’est un lieu historique, je trouve que c’est reconnaitre ce qu’il s’y est passé que d’y aller. Oui c’était il y a 70 ans, non ce n’était pas des membres de ma famille ou une communauté à laquelle je m’identifie, mais oui c’est arrivé, c’est horrible, et il ne faut pas oublier, sans pour autant le ressasser. J’aime la fin de ton article, je ne supporte pas les gens qui prétendent être au-dessus de tout le monde en clamant qu’ils n’auraient jamais collaboré, jamais dénoncé, jamais ci et jamais ça. Comme toi, je pense qu’on ne peut jurer de rien tant qu’on ne se retrouve pas en situation.

    11 décembre 2015 à 10h29
    • Répondre Kenza

      Entièrement d’accord avec toi <3 (tu vas bien ?!)

      14 décembre 2015 à 12h11
      • Répondre lauween

        🙂 ca va, j’ai été sur mon pauvre blog à l’abandon, corrigé quelques fautes oubliées sur mes derniers articles ya plus d’un an et je me suis demandé comment y revenir.. Ah ah ca traîne dans un coin de mon esprit mais je suis bien occupée alors je remets au lendemain. Allez, résolution de 2016, je publie un article d’ici fin janvier!

        14 décembre 2015 à 13h19
        • Répondre Kenza

          Et je serai là pour le lire 😀

          14 décembre 2015 à 17h00
  • Répondre Eleanor

    J’ai beaucoup aimé lire ta note, je trouve tes réflexions très justes et intéressantes. Je ne suis jamais allée à Auschwitz, mais c’est une visite que je souhaite faire un jour. J’ai lu de très nombreux livres, témoignages sur cette période sombre de l’Histoire, et en tant que professeur d’Histoire, c’est une visite qui m’intéresse à plusieurs titres. Un collègue a visité le camp l’hiver dernier dans le cadre d’un voyage organisé par le Rectorat, donc dans un groupe constitué uniquement d’enseignants d’Histoire-Géographie, il a moins ressenti le côté « tourisme de masse » dont tu parles, mais c’était en plein hiver et en semaine, il y avait sans doute moins de monde.
    Concernant les dérives du tourisme de masse, j’ai lu plusieurs articles à ce sujet et c’est un phénomène qui me gêne considérablement. Je ne sais pas si tu te souviens notamment de l’histoire de cette ado qui avait pris un selfie et qui l’avait relayé sur les réseaux sociaux. Il y a tout un volet éducatif à revoir là-dessus je pense.
    Visiter Auschwitz participe pour moi au devoir de mémoire, c’est important que ce lieu continue d’exister, d’être visité, connu, qu’on en parle, qu’on explique. Mais il faut trouver un juste milieu et ne pas basculer dans le tourisme de masse comme, malheureusement, cela semblait être le cas de la guide qui a réalisé ta visite. J’aurais été moi aussi très choquée par son attitude.
    Et, pour finir, je partage tout à fait ta conclusion. Je crois qu’on ne peut jamais savoir comment on réagirait dans de telles situations, dans ces situations de guerre, de violence. Il y a une chanson de Goldman d’ailleurs sur ce thème (Né en 17 à Leidenstadt) que je trouve très juste. Et comme il le dit si bien, espérons n’avoir jamais besoin de savoir la réponse à ses questions…

    11 décembre 2015 à 11h23
    • Répondre Kenza

      Ton commentaire est parfait, on voit la prof derrière 😀 ce doit être très intéressant d’y aller avec un groupe scolaire, à la fois pour les ados et les accompagnateurs. Mais ça revient à ce que disait Tara plus haut, comment gérer les émotions ? On avait une hypersensible dans notre classe, dès qu’on parlait de morts (guerres, littérature, textes de langue) elle fondait en larmes. On se demandait si le voyage était prévu comment elle supporterait tout ça… tu n’avais pas pu/voulu te joindre à ce voyage ?

      14 décembre 2015 à 17h03
      • Répondre Eleanor

        Gérer les émotions d’un groupe, et d’adolescents oui ça doit être difficile dans ces circonstances… On avait visité le Mémorial de Caen avec des élèves il y a un an ou deux, et il y a des salles très touchantes et certains élèves ont été très marqués par tout ça. On a aussi eu la chance de rencontrer un ancien déporté qui est venu témoigner devant nos élèves, c’était un moment vraiment inoubliable. Quant au voyage à Auschwitz de l’an dernier, il y avait très peu de places offertes et comme c’était mon collègue (un grand passionné de la 2GM et du Débarquement notamment) qui avait organisé tout notre projet « devoir de mémoire » en 2014 (d’où le Mémorial de Caen, la visite du déporté et plus tard il a réussi à emmener une 10aine d’élèves aux plages du Débarquement le 6 juin 2014) je n’avais pas candidaté car le nombre de places était limité (une quinzaine pour toute l’Académie) et pas plus d’une personne par établissement donc je lui avais laissé l’opportunité 😉

        14 décembre 2015 à 17h15
  • Répondre Béné

    Je n’oserais pas y aller, rien que de lire ton article, mon coeur s’est serré.

    11 décembre 2015 à 12h01
    • Répondre Kenza

      Je comprends Béné. Je suppose que tu n’es pas allée / n’iras pas à Hiroshima ?

      14 décembre 2015 à 17h05
  • Répondre Catwoman

    J’ai lu quelques livres sur cette période de l’histoire. Pour ce qui est de visiter Auschwitz, je ne sais pas. D’un côté, j’aimerais voir de mes yeux. D’un autre, ça me semble un peu voyeur et puis la description de l’hyper affluence touristique que tu en fais me rebutent …

    En tous cas merci pour cet article.

    11 décembre 2015 à 13h42
    • Répondre Kenza

      Je t’en prie Catwoman. Je comprends ces deux aspects que tu évoques, c’est vrai que c’est voyeur, mais on l’a déjà vu, en photos, en films… mais voir permet de « mieux » appréhender ce qui s’est passé et est une piqure de rappel efficace. Si l’occasion se présente, le choix s’imposera à toi de lui-même 🙂

      14 décembre 2015 à 17h08
  • Répondre Hanae

    Bonjour,
    Je m’apprête en 2016 à faire un voyage similaire, sur les traces de mes ancêtres à Cracovie puis à Auschwitz, pour le devoir de mémoire, car c’est ma mémoire d’européenne.
    C’est le livre d’Imre Kertesz, Être sans destin, dont la lecture m’a bouleversée, qui m’a convaincue qu’il fallait se souvenir. Je te le conseille, car c’est un témoignage magnifique sur les camps et sur l’humanité, différent de celui de Primo Levi.
    Merci pour ce partage.

    11 décembre 2015 à 15h26
  • Répondre Sandrine

    J’ai aussi visité Auschwitz il y a deux mois et on a aussi eu des problèmes de guide, mais pas du même ordre que le tien. Durant ma visite, il a plu. Imagine la tristesse qui a été ajoutée… C’est prenant d’être sur place. Mais j’ai eu aussi l’impression de ne pas me rendre assez compte d’être sur place, là où tout s’est déroulé, car comme tu dis, il faut suivre le groupe, écouter. On ne sait pas l’instant. Mais je pense que visiter ces camps fait partie du devoir de mémoire. Si on a l’occasion de pouvoir le faire, on doit le faire.

    PS : j’ai également fait un article sur mon blog si cela t’intéresse.

    11 décembre 2015 à 16h20
    • Répondre Kenza

      Je vais aller lire ça tout de suite ! Que s’est-il passé avec le guide que tu as eu ?

      14 décembre 2015 à 17h09
  • Répondre Melle Bulle

    Je me retrouve pas mal dans ton témoignage.
    Je ne suis jamais allée là bas, je ne sais pas si j’irai un jour …
    Lors d’un voyage en Allemagne, j’ai visité avec ma classe, un camp de transit … j’avais déjà eu le souffle coupé … L’odeur, la froideur … on croyait même entendre des cris, des pleurs, des gémissements. Des noms, des milliers de noms … Des effets personnels. Ca a été une expérience à la fois très difficile, et à la fois enrichissante. Je suis ressortie de cet endroit en me disant « plus jamais ».

    Je trouve juste dommage la façon dont tu parles de cette visite, qui semble avant tout touristique, express … Je n’aurai jamais pensé que c’était ce genre d’ambiance. J’aurai plutôt vu un accueil et une visite sobre, dans le calme, voire le silence (à l’exception de la parole du guide). Je pense que c’est un aspect qui me décevrait beaucoup de ma visite au final … Ce n’est pas une attraction !

    11 décembre 2015 à 18h59
    • Répondre Kenza

      Je n’y allais pas dans un but touristique, mais pour apprendre, réfléchir, rendre hommage aux personnes disparues. Mais malheureusement, faire une visite solennelle, dans le calme, la dignité et le temps, ce n’est pas possible avec l’affluence qu’il y règne. Le simple fait que la visite guidée soit payante montre aussi que c’est le business importe plus que l’histoire, et c’est dommage…

      14 décembre 2015 à 17h15
  • Répondre chloe

    Ah ce genre de visites… C’est pour cela que je préférerais la faire seule, pour ne pas courir après un guide, et pour au contraire passer rapidement les lieux qui me font le plus de mal… Je pense aussi au film La Vie est Belle, en lisant ton article, qui m’avait beaucoup fait pleurer…

    12 décembre 2015 à 11h49
    • Répondre Kenza

      Je l’avais vu il y a longtemps, je le regarderai de nouveau pendant les vacances, comme la Liste de Schindler. En général je préfère aussi visiter les endroits seule mais j’avais peur de me retrouver démunie face à mes questions et réactions, je n’imaginais pas du tout que ça se passerait comme ça malheureusement.

      14 décembre 2015 à 17h16
  • Répondre lolli15

    Cela m’aurait vraiment dérangé de devoir me presser, surtout dans un lieu pareil de mémoire, où l’horreur s’est produite tant de fois… C’est vraiment déplacé de la part des guides de faire ça. Dans un lieu pareil, on devrait tous prendre notre temps.

    13 décembre 2015 à 10h42
    • Répondre Kenza

      On devrait ! mais avec l’affluence, les groupes scolaires, les horaires… impossible malheureusement. Peut-être qu’à force de marcher sur les pas de l’horreur et répéter toutes ces atrocités, on se détache un peu… je ne sais pas.

      14 décembre 2015 à 17h18
  • Répondre Delphine / 7h09

    Très intéressant (et émouvant) cet article. Je me suis toujours demandée comment se passaient les visites… D’après ton témoignage, je suis peu déçue je crois (pas assez de recueillement, de silence…). Tu connais le roman graphique « Nous n’irons pas voir Auschwitz » ?

    19 septembre 2016 à 21h18
  • Un petit mot ?

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