Assistante de français : marre

I love FrenchIl m’a fallu un an et demi, mais la prise de conscience est arrivée : je n’ai plus tellement envie d’être assistante de français.

Quand je pense au système tel qu’il existe ici, que ce ne sont pas des jeunes qui n’ont que la fête pour objectif mais des femmes d’un certain âge, qui s’occupent en enseignant leur langue sans diplôme, juste parce qu’elles la parlent, je ne comprends pas comment elles ont pu rester dix ans, vingt ans à faire la même chose, mais il y a l’implicite : on attend la même chose de moi. Que je sois fidélisée, que je ne parte pas.

Etre assistante de français, c’est un drôle de job un peu fourre-tout. Travaillant dans deux écoles, l’une plus qu’excellente et l’autre dont le niveau est au ras-des-pâquerettes, la comparaison est d’autant plus intéressante. Pour être honnête, la plupart du temps, j’attends. J’attends mes lycéens, qui sèchent leurs cours de conversation. J’attends que les examens soient finis, parce que je ne sers à rien durant ces moments-là, sinon à surveiller. Je fais plein de choses, des photocopies au café, de la correction de copies à la conception d’examen, du renforcement avec les bilingues, des jeux débiles pour passer le temps aux séances formelles.

Les élèves sont pour la plupart des êtres ingrats. Ou alors c’est l’adolescence, je ne suis pas sûre. J’aime surtout quand ils font semblant de ne pas me voir, pour pourtant s’en vanter devant leurs amies deux jours plus tard : « I saw you in town/at the cinema/at the beach/at the coffee shop with your friends ». Ma réponse ne varie jamais : « then why didn’t you say hello?« 

Au lycée, je faisais de l’anglais, de l’espagnol et de l’italien. Nous n’avions pas d’assistant, d’aucune langue. Je ne savais même pas que ça existait. J’aurais pourtant adoré cette opportunité, de discuter avec quelqu’un qui parle en VO, loin de l’accent ridicule des enseignants, qui est juste un peu plus âgé pour connaître plein de choses mais sans être une figure d’autorité tutélaire non plus. Quelqu’un avec qui parler, apprendre de l’argot et demander des conseils de films, séries, bouquins. Mais non.

Certaines sont gentilles bien sûr, intéressées, motivées. Mais toute cette énergie et tout ce temps perdu (donc utilement mis à profit pour mes devoirs de master) et la difficulté de ce mois de janvier en général, où j’ai aussi enfin compris qu’être prof de FLE, ça veut dire ne pas avoir de vie, tout cela me fait questionner ma présence ici. Je ne veux pas trop en parler encore, mais il faut attendre que l’hiver finisse, rendre le printemps et l’été inoubliables.

(Par contre, mes cours de FLE, je viendrai en reparler, car c’est un plaisir constant)

7 Commentaires

  1. Proserpine
    31 janvier 2013 / 22h39

    Oui bien sûr ce n'est qu'un travail. Heureusement qu'il y a l'Institut à côté pour avoir de vraies heures, de vrais élèves, du vrai enseignement (tu me comprends hein !!)Caroline, merci de venir par ici ! Pas de vie c'est une histoire d'horaires. Prof de FLE = être libre quand les gens le sont, donc avant et après le travail. Mes collègues ont des trous énormes dans la journée, rentrent chez elles, cuisinent… moi je suis à l'école toute la journée et à l'A*F le soir donc c'est un peu dur parfois. Des plans oui plein !! Nina, pose tes questions, je t'en prie !!

  2. 31 janvier 2013 / 18h34

    bah le secret c'est de ne pas faire l'assistanat sa vie, mais un support ou tremplin.. Je l'ai été 2 ans et j'en suis sorti, grandi 🙂 Eh oui les élèves sont ingrats, donc il ne faut pas TROP s'investir, juste ce qu'il faut, car au fond, ce n'est qu'un taf.

  3. 31 janvier 2013 / 19h00

    Oula, c'est pas la joie cet article !Assistante, c'est sûr que c'est un peu "ingrat", surtout quand tu es en master de FLE et que tu es déjà prof. Quand je vois ce que me raconte l'assistante de français à Navan, je ne suis pas sûre que je supporterais ^^! Pour ce qui est des élèves ingrats, je connais ça… Je pense que c'est l'âge et le fait qu'ils ne comprennent absolument pas l'intérêt d'apprendre une langue étrangère. On devrait peut-être commencer par un cours là dessus !Tu as d'autres projets pour la suite ?(Et sinon, bien sur que si, on peut avoir une vie en étant prof de FLE, non mais !)

  4. 31 janvier 2013 / 19h23

    Je venais justement te demander des avis sur le master à distance de FLE de la Sorbonne et je tombe sur cet article. Ca fait peur.Je partage tellement ton avis sur le fait d'avoir un assistant natif, capable d'enseigner l'argot, de conseiller des films, etc. J'adore avoir des professeurs qui enseignent leur langue maternelle, de ce côté là, je n'ai pas à me plaindre de mon université.Courage et je suis sûre que tu trouveras quelque chose où tu t'épanouiras plus !

  5. 1 février 2013 / 19h37

    Oui dans ce sens là, je te comprends! Quand je bossais avec P., je pouvais travailler de 15h à 21h30, sauf que ce ne sont généralement pas les horaires de la plupart des gens ! Mais quand en plus tu as la journée remplie, et la soirée aussi, pas évident…

  6. Steph
    10 février 2013 / 9h34

    En même temps on peut pas être assistante toute sa vie, au bout d'un moment on a envie que nos compétences d'enseignantes soient reconnues à 100% et on veut avoir notre propre classe, c'est complètement normal!! Moi je m'y reverrais pas!

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