Humeurs

L’anglais et moi

Partir vivre à Budapest va créer un grand changement dans mon mode de vie : je ne vais plus parler anglais au quotidien. Je viens en effet de passer cinq ans (avec une année d’interruption) dans différents pays anglophones (trois ans en Angleterre, un au Canada, un en Australie) qui ont chacun à leur tour façonné mon amour et ma connaissance de la langue. 

L’anglais et moi, c’est une love story un peu tardive. On me demande souvent comment j’ai appris l’anglais. Voici la réponse !

Ma maîtrise de la langue ne date pas d’un apprentissage précoce. En fin de primaire, on n’a qu’une heure d’anglais par semaine, je m’amuse bien mais sans réel coup de coeur. En sixième ça devient sérieux et on utilise un manuel qui s’appelle Apple Pie. Je me fais disputer par la prof parce que je m’avance dans la lecture du bouquin. Je suppose que tout le collège je devais avoir un accent terrible mais après tout on ne parle pas tellement en cours de langue et j’ai de très bonnes notes aux contrôles de grammaire.

À 13 ans, je découvre Buffy. C’est une révélation, je deviens complètement accro, achète tous les DVD, recouvre les murs de ma chambre de posters, ne parle que de ça. Mais tous ces épisodes que je regarde, je les mets en anglais parce que je déteste les voix en VF. Aujourd’hui, treize ans plus tard, Buffy est toujours ma security blanket – comme un souvenir rassurant. Je viens de recommencer l’intégrale… C’est vraiment grâce à cette série un peu ridicule que j’ai façonné ma connaissance de la langue : syntaxe, vocabulaire, phonétique, accent américain.

Tout au long du lycée Buffy me suit et l’anglais devient une sorte de jeu. J’ai une excellente professeur qui nous apprend énormément de choses, nous fait découvrir beaucoup d’aspects culturels, malgré son épais accent français. C’est aussi le moment où je découvre le vieux rock et écoute Stones et Beatles en boucle. Traduire les paroles me permet d’apprendre des centaines de mots de vocabulaire et surtout de l’argot.

Je rentre en fac de lettres, mais mon tout premier voyage à Londres me fait découvrir les merveilles de ce pays qui sera le mien.  L’anglais n’est qu’une matière accessoire entre littérature classique, grammaire et latin. Chaque mercredi après-midi cet horrible prof nous fait traduire des textes, inlassablement. Je m’ennuie. Mais en deuxième année, j’ai une jolie prof, jeune et dynamique, qui nous insuffle sa passion. Lorsque naît mon projet de commencer une licence d’anglais, elle m’encourage et je m’inscris en double cursus lettres-anglais.

En septembre 2008, je rentre en LLCE et je découvre l’histoire américaine, la civilisation britannique, la phonétique, le thème. On nous fait apprendre des listes interminables de vocabulaire, la liste des rois depuis Guillaume le Conquérant, les règles de prononciation et des tas de trucs farfelus. J’ai un accent correct, que je rêve britannique, bien que trop teinté d’inflexions américaines. Cette licence est un succès, je dépasse le 16 de moyenne et l’année d’après, je monte dans l’Eurostar pour York.

Je vis en anglais, malgré mes deux colocataires francophones, je travaille en anglais, je socialise en anglais, je bois en anglais. Je ne me souviens pas avoir eu de difficultés, tellement habituée à regarder des séries tous les jours. Mon accent se teinte enfin de ces sonorités britanniques que j’aime tant et quand je prononce mal un mot, mes élèves sont les premiers à me corriger. Pourtant j’échoue toujours lamentablement aux examens de phonétique.

Deux ans plus tard, j’ai fini ma licence d’anglais et je suis allée vivre à Jersey. Je suis devenue la parfaite Britaninque : accent du Sud, robes, talons de dix centimètres, gin and tonic ou Pimms au pub tous les week-ends. Quand je parle anglais, il est impossible de déceler que je suis française et c’est le moment où je m’amuse avec les touristes bretons (en ciré jaune) qui bredouillent souvent lamentablement des phrases mal apprises. J’attends que la personne finisse avec un rire intérieur… et je réponds en français. Ca marche aussi en Australie.

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Source


Quand je suis allée vivre au Canada, j’ai dû perdre mon accent et mon vocabulaire britannique. Même si les Canadiens utilisent la même orthographe que la mère-patrie (colour et pas color comme en américain par exemple) de nombreuses incompréhensions persistaient. Lorsque j’ai demandé à mes amis où était mon jumper, on m’a rétorqué que ça voulait dire « cerf » là-bas. Je me suis donc mis à utiliser des mots américains, sweater and elevator and fries and thrift store…

Je ne sais pas à quel moment je suis devenue bilingue (#modestie). Quelque part entre une énième conversation en anglais sans fautes, sans hésitations, et une centième remarque « I don’t believe you’re French you have no accent at all ». Être bilingue pour certaines définitions, c’est utiliser équitablement deux langues qu’on maîtrise de la même façon. Vivre dans deux langues a des côtés négatifs, je perds mon français, surtout à cause de mon job – à force de parler français à des débutants toute la journée, adapter mon lexique et mes intonations, je ne sais plus interagir parfois. Je dois stopper mes copines quand elles parlent trop vite. Après, selon d’autres définitions, un bilingue doit être capable de tout comprendre et pouvoir parler de tout, de biologie moléculaire comme de moteurs de voiture. Ce sont des sujets avec lesquels j’aurais du mal en français aussi à vrai dire…

En Australie, l’anglais est un peu étrange. L’accent est paraît-il compliqué mais je me suis habituée assez vite. On dirait du Texan avec des mots bizarres et systématiquement raccourcis : afternoon devient arvo, Melbourne Melbs, breakfast brekkie. Je me souviens qu’au début j’utilisais les mots américains alors que c’est le côté britannique qui prévaut : on mange des chips et des crips Down Under.

Ca crée des quiproquos assez drôles de parler trois variétés d’anglais. En Australie, les tongs s’appellent thongs, alors que dans tout le reste du monde ce même mot désigne un string. Lorsque j’ai demandé sur Whatsapp à mon ami brésilien de me ramener des black thongs, il n’a pas compris que je voulais des chaussures… je me demande ce qu’il va mettre dans sa valise.

En cinq ans, mon accent a aussi changé et est devenu un énorme bordel mi-britannique mi-canadien mi-australien (ça fait trois mi, je sais). Quand je rencontre des nouvelles personnes, ils sont incapable de dire d’où je viens. J’aime bien cette idée d’avoir pris un peu de tous les pays où j’ai habité, en valeurs mais aussi en langue. L’anglais va me manquer.

(et sinon j’ai une histoire d’amour/haine avec l’espagnol, j’ai commencé sans jamais aller très loin l’italien, le latin, l’allemand, le néerlandais et l’arabe mais je compte bien me mettre au hongrois, ce qui me terrifie par sa complexité et encore plus parce que je suis prof de langues. J’en parle ici !)

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34 Commentaires

  • Répondre d'ici et ailleurs

    J’avais une histoire d’amour/haine avec l’espagnol…jusqu’à ce que je parte 10 mois au Chili ! J’ai eu du mal à me faire à cette langue avec leur accent, mais j’ai fini par devenir la « chilenita » du bureau. Je me suis rendue compte que je maitrisais vraiment bien la langue un matin où, en arrivant à la fin d’un article sur le net, je me suis demandé si je l’avais lu en espagnol ou en français, et en ouvrant de nouveau la fenêtre de l’article, je me suis rendue compte qu’il était en espagnol et que 5 minutes après mon réveil je l’avais lu sans même m’en rendre compte !

    Mon anglais n’est pas terrible et en ce moment j’ai très très envie de partir travailler à Londres pour enfin maitriser cette langue que j’aimerais tant parler… (d’ailleurs si jamais tu es dispo pour répondre à quelques questions et me donner quelques conseils, j’aimerais beaucoup t’envoyer un petit message concernant ce projet…).

    Bonne chance à Budapest !

    11 juillet 2015 à 23h07
    • Répondre Kenza

      Hello ! La lecture sans savoir de quelle langue il s’agit ça me fait sourire, ça m’arrive aussi ! Pas de de problèmes pour le mail 🙂

      12 juillet 2015 à 10h04
  • Répondre sophiemeven

    Oh la la quelle chance d avoir un accent parfait ! J ai fait llce anglais, habité londres et glasgow… Et on sait tjs d’où je viens. #tropjalouse

    12 juillet 2015 à 3h40
    • Répondre Kenza

      Oh t’inquiète pas ! Ca se travaille, ça vient beaucoup par mimétisme aussi.

      14 juillet 2015 à 21h53
  • Répondre carrie4myself

    En 14 ans en GB je n’ai pas perdu mon accent; j’ai toujours été nulle pourchasser ma voix de toute manière!
    Je me considere omm ebilingue, meme si comm etoi certains sujets me sont completemnt étrangers: disserter sur la médecine, la mécanique pointue etc. m’est impossible, aussi bien en français qu’en anglais! 😉

    Quant au hongrois…courage, car d’après mes amis hongrois, vivant a Oxford, c’est une langue tres compliquee….mais si tu veux je peux te refiler leur nom, si tu veux leur demander quelques infos 😉
    Ils t’aideront avec plaisir!

    12 juillet 2015 à 8h56
    • Répondre Kenza

      Tu avais appris le néerlandais un peu ?
      Je pense que ça ira, merci ! Je pars avec un programme donc ils font les démarches administratives pour nous, j’aurai une prof référente et j’ai une très bonne amie hongroise rencontrée à Jersey qui s’occupera bien de moi 🙂

      14 juillet 2015 à 21h58
      • Répondre carrie4myself

        Non pas du tout, juste 2,3 mots :/
        Pas de pb pour la Hongrie; mais si t’as besoin, maintenant ou plus tard, n’hésites pas! 🙂

        14 juillet 2015 à 22h02
  • Répondre limacechenillepapillon

    Pffff je suis trop jalouse, en trois ans je pense que mon anglais est bien bien rouillé!! Il est peut-être temps de repartir…

    12 juillet 2015 à 11h06
    • Répondre Kenza

      Ca reviendra ! en attendant je peux te vendre du rêve avec mon accent australien…

      14 juillet 2015 à 21h58
  • Répondre jaiecrit

    Tu sais déjà que je suis jalouse de ton anglais, mais pour le hongrois, je trouve ça assez chouette. J’ai appris le cambodgien, je suis loiiiiin d’être bilingue mais cela m’aide pour le marché, les tuktuk, la petite dame du linge ou l’épicerie et les locaux voient que l’effort est fait même si l’accent loin d’être parfait, et je crois que ça leur plait.

    12 juillet 2015 à 11h43
    • Répondre Kenza

      C’est exactement pour ces raisons que je veux apprendre. Et boire un café et discuter un peu avec les élèves aussi.

      14 juillet 2015 à 21h59
  • Répondre tiphanya

    Ah, les examens de phonétique anglaise. J’ai abandonné ma licence à force de m’entendre dire que je devais changer d’accent, changer d’anglais. Mais pendant cette licence (à paris 3), j’ai sympathisé avec une autre étudiante qui avait chois comme option « hongrois ».
    Bon courage.

    12 juillet 2015 à 14h04
    • Répondre Kenza

      Oui, les licences d’anglais ont ce côté trop… lisse. Les étudiants doivent rentrer dans le moule. Je ne savais pas que Paris 3 proposait hongrois ! Je viens de regarder, je vais noter la référence du manuel qu’ils utilisent « centré sur la vie quotidienne » et passer chez Gibert. Merci !

      14 juillet 2015 à 22h02
  • Répondre Ophélie G.

    Tu vas donc devoir parler hongrois à Budapest ? Pas d’anglais du tout ? Ça doit être super stressant, surtout après une expérience comme la tienne ! xx

    12 juillet 2015 à 20h06
    • Répondre Kenza

      Je pense que dans les endroits touristiques la population parlera anglais, mais pas forcément tout le monde. Les collègues à l’école devraient parler anglais ou français selon la langue qu’ils enseignent. C’est une grosse inconnue !

      14 juillet 2015 à 22h03
  • Répondre cestmoijasmin

    BUFFY…je me revois avec ma frangine regardant la trilogie sur M6. Et moi aussi, je me suis refait l’intégrale. Normal.

    Bon sinon, je veux parler sans accent. Tu peux m’aider?!

    13 juillet 2015 à 0h01
    • Répondre Kenza

      Buffy c’est la vie <3 et attention, je pourrais te prendre au mot 😀

      14 juillet 2015 à 22h05
  • Répondre Les Bazos

    J’envie ton anglais 😀
    Le fait d’être ici me conforte dans l’idée que j’adore cette langue, d’ailleurs, depuis que je suis ici je ne lis plus qu’en anglais et je suis super contente !
    Mais je cherche encore trop mes mots, et je suis tellement stressée de ne pas comprendre que je ne prends pas bien le temps d’écouter et je fais répéter ><
    Après, le truc sympa, c'est que je me sens quand même beaucoup plus à l'aise, et j'hésite moins avant de prendre la parole. J'espère qu'à mon retour, je ne vais pas perdre tout ce que j'ai appris ici.

    A.

    13 juillet 2015 à 6h03
    • Répondre Kenza

      L’accent kiwi n’est pas évident du tout ! Lire est un excellent pas en avant. Je pense que les gens jugent beaucoup moins aussi et feront davantage pour t’aider à communiquer. Et quand tu reviendras, tu trouveras d’autres façons de pratiquer : lire, regarder des séries ou des films, participer aux meetings couchsurfing, faire visiter la ville à des voyageurs, garder le contact avec les gens rencontrés cette année… 🙂

      14 juillet 2015 à 22h07
  • Répondre Lucie

    Bon courage avec le Hongrois, j’ai eu une colocataire hongroise pendant quelques mois et vraiment il n’y a aucune similarité avec le français, l’anglais – ou n’importe quelle autre lange indo-européenne. Ca a l’air assez difficile, bonne chance!

    13 juillet 2015 à 10h24
    • Répondre Kenza

      Merci, j’ai besoin de chance ! Ca va me faire bizarre de me replacer en tant qu’élève aussi 🙂

      14 juillet 2015 à 22h04
  • Répondre Nina

    Buffy… Te lire me donne envie de regarder plein d’épisodes, enfouie sous une couverture avec une tasse de thé.
    Je ne savais pas que tu avais commencé le néerlandais, si jamais tu reprends, fais moi signe, je t’aiderai avec plaisir!

    14 juillet 2015 à 23h28
    • Répondre Kenza

      Il fait un peu trop chaud pour la couverture et le thé, mais c’est l’idée ! ça marche aussi dans le jardin avec du jus de fruit. Le néerlandais c’est une longue histoire, quand tu étudies le FLE en France tu dois toi aussi apprendre une lange étrangère pour te mettre dans la position d’un élève, et c’est tombé sur le néerlandais. Sauf qu’on suivait les cours des gens en licence de néerlandais, on devait apprendre des centaines de mots de vocabulaire… j’ai tout oublié avec plaisir 😀

      15 juillet 2015 à 10h17
  • Répondre reiyell

    Moi aussi je perds mon français avec les jeunes d’immersion 🙁

    18 juillet 2015 à 6h50
    • Répondre Kenza

      Tu vas parler québéfranglish 😀

      19 juillet 2015 à 15h23
  • Répondre Lu

    Je suis toujours effarée quand je vois la vitesse à laquelle on peut perdre la maîtrise d’une langue !
    J’avais un anglais loin d’être impeccable mais avec un vocabulaire fourni et je me rends compte à chaque fois que j’ai l’opportunité de parler anglais que tout ça est un peu rouillé. J’ai toujours eu un petit accent Français, même si 9 mois dans le Grand Nord m’avait fait prendre des tics de Northerner et que je disais « me bag » au lieu de « my bag ». En revanche, grâce aux séries et aux livres, mes compétences de compréhension écrite/orale se portent très très bien !

    Même combat avec l’espagnol. Ca me dépite de voir que j’ai au compteur six années d’espagol pour savoir seulement baragouiner trois pauvres phrases… J’ai commencé l’italien à la fac et grâce à une prof fantastique, j’ai appris plus en 3 ans d’italien qu’en toute une scolarité d’espagnol LV2.

    J’adorerais maîtriser plusieurs langues au point qu’on ne puisse plus distinguer quelle est ma langue maternelle quand je parle, tu as de la chance !

    21 juillet 2015 à 11h53
    • Répondre Kenza

      Excellent le « me bag » ! Tant que tu n’avais pas l’accent de Kelly dans Misfits, ça va 😀
      Pareil pour moi et l’espagnol, je m’y suis remise sérieusement cet été pour cause de vacances en Espagne. Il faut une raison comme déclencheur parfois. Et moi aussi je préférais l’italien LV3 à l’espagnol ! Après pour la maîtrise je ne sais pas si c’est de la chance seulement, cinq ans en pays anglophone ont beaucoup joué.

      21 juillet 2015 à 19h59
      • Répondre Lu

        Tu as raison dans ta dernière phrase, ce n’est pas de la chance, tu as bossé et t’es bougée pour en arriver à ce niveau là. Ca m’insupporte quand on me dit que j’ai de la chance d’en être où je suis alors que je me suis juste donnée les moyens et je vois que je dis la même chose aux autres, not cool.

        24 juillet 2015 à 19h04
        • Répondre Kenza

          Ce n’est pas ce que je voulais dire Lucie, j’espère que tu ne l’as pas mal pris.

          27 juillet 2015 à 14h45
          • Lu

            Absolument pas, bien au contraire ! J’étais sincère dans ma réponse, le travail a payé, la chance n’y est finalement pas pour grand chose et c’est bien de s’en rappeler.

            6 août 2015 à 17h38
  • Répondre Odile

    bon et bien moi après 4 ans de vie quotidienne en anglais, j’ai toujours du mal… pourtant j’essaie de lire, j’écoute… mais c’est vrai que je ne regarde jamais la TV ! me mettre a ta série peut être ? …. ce soir mon mari est revenu du boulot avec une expression  » so far it’s utter crap »…. c’est quand meme pas très poli n’est ce pas ?

    22 juillet 2015 à 22h44
    • Répondre Kenza

      C’est un doux euphémisme britannique 😀

      24 juillet 2015 à 16h57
  • Répondre unefamilleawinnipeg

    Merci kenza pour cette article.Maintenant que je vis à Winnipeg je vais devoir sérieusement m’y mettre car avec mes 3 mots qui se court après c’est pas simple :(! Bon en ce moment c’est mon objectif premier que d’apprendre l’anglais . si tu as d’autres astuces n’hésite .

    2 août 2015 à 5h16
  • Un petit mot ?

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